Archives de l’auteur : Alex-Mot-a-Mots

Max et les poissons – Sophie ADRIANSEN

Max a 7 ans encore pour quelques jours et attend son anniversaire avec impatience. Malgré les tickets de rationnement, il sait que sa mère a économisé les oeufs et la farine pour son gâteau. Peut-être même que sa soeur lui a préparé un cadeau.

Mais le jour-dit, ce sont les gendarmes français qui arrivent et les emmènent, sa famille et lui. Sauf son poisson rouge. Max est bien triste de n’avoir pu amener son poisson reçu à son école pour ses excellents résultats.

Sophie Adriansen nous raconte en chapitres courts l’histoire de Max, à sa hauteur. Il ne comprend pas forcément tout ce qui lui arrive.

Des explications, en fin de roman, aident à mieux comprendre et remettre les événements dans leur contexte.

L’avis de mon Couassous qui l’a lu avec son école : il n’y a pas de moments joyeux. La fin est terrible pour les parents du petit garçon. J’ai appris qu’il y avait eu la Rafle du Vel’ d’hiv’.

Nathan, 5 février 2015, 64 pages

Merci Noukette et Jérôme pour cette pépite Jeunesse.

La daronne – Hannelore CAYRE

Il y avait trop longtemps que je n’avais pas lu un roman de Hannelore Cayre. Et, encore une fois, ce fut un régal.

Une bonne dose d’humour et d’auto-dérision du personnage principal ; des images qui font mouches ; des remarques toujours justes et intelligentes ; un oeil acéré sur la société et ses dysfonctionnements (notamment sur les maisons de retraite)

En excellente conteuse, elle nous raconte des histoires dans son histoire principale, nous tenant en haleine sans jamais nous perdre.

Sans oublier la touche glamour au milieu des conversations ras les pâquerettes de certains protagonistes.

Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de cette Juive intrépide.

L’image que je retiendrai :

Celle de la photo de La Daronne enfant devant une énorme glace et voulant devenir Collectionneuse de feux d’artifices.

Anne-Marie Métailié, 9 mars 2017, 176 pages

Prendre les loups pour des chiens – Hervé LE CORRE

Comment dire ? Comment vous donner envie de découvrir ce roman noir à l’écriture acérée. Même les répétitions participent au rythme du texte.

Comment vous expliquer l’ambiance qui ne vous lâche pas ; cette chaleur écrasante qui colle à la peau des personnages.

Comment vous dire les personnages tout droit sortis d’un roman de Zola qui serait écrit au 21e siècle : la misère, les petits trafiques (et les gros qui vous dépassent), la folie, la maternité non assumée, la prison, les bagnoles, la bière en canette, la violence et la torture.

Et cette petite fille, Rachel, qui ne parle pas mais qui a tout compris.

Pauvre personnage principal, embringué dans une histoire qui le dépasse, lui qui voulait seulement revoir son frère.

Et les chiens, menaçants mais n’attaquant jamais.

Un petit bémol tout de même (ou plutôt deux) : la rédemption du père (à la limite), et la fin en presque happy end.

Monsieur Le Corre, j’avais beaucoup aimé un de vos précédents romans Avant la guerre. Avec cette lecture, vous confirmer pour moi l’essai. Mais je vais me laisser tout de même le temps de reprendre ma respiration avant de me plonger dans un autre de vos précédent roman.

L’image que je retiendrai :

Celle de la scène de meurtre des parents de Jessica. Quand on sait qui a fait le coup….

Rivages, 11 janvier 2017, 320 pages

Les filles au lion – Jessie BURTON

J’avais aimé Miniaturiste, mais quelque chose dans le style de l’auteure m’a paru poussif.

Je devais être dans une meilleure disposition d’esprit à la lecture de ce second roman, car j’ai réussi à me laisser porter par l’histoire (j’ai noté quelques tournures grammaticales étranges, mais pas de quoi me décourager).

J’ai aimé Odelle, arrivée de Trinidad à Londres en 1967 : le froid qu’elle ressent, la pluie, et son premier travail dans un magasin de chaussures.

J’ai aimé Quick, étrange femme au caractère versatile qui fait tout pour cacher son passé.

J’ai aimé Olive et Teresa, qui se débattent qui avec son frère, qui avec son amoureux engagé communiste dans les premiers affrontements de la Guerre d’Espagne.

Les parents d’Olive ne sont pas en reste : son père, marchand d’art allemand, et sa mère, anglaise sous médicaments elle aussi amoureuse du frère de Teresa.

J’ai aimé les descriptions des tableaux d’Olive, pleins de vie avec un vrai sens artistique (contrairement à ceux du frère de Teresa, de facture plus classique et bien ternes).

J’ai aimé que Teresa ose faire découvrir le talent des artistes qu’elle croise. Elle est, pour moi, le vrai personnage principal de ce roman. Je l’ai quitté à regret.

Sont également abordés par petites touches le racisme envers les personnes de couleur dans l’Angleterre des années 60-70 ; la passion de Peggy Guggenheim pour les oeuvres d’art ; les vernissages d’expositions.

L’image que je retiendrai :

Celle de Teresa sur le bateau qui l’emmènera loin de son Espagne natale.

Gallimard, 9 mars 2017, 496 pages

Le Blues de La Harpie – Joe MENO

La Harpie est une petite ville de l’Illinois où Luce Lemay et Junior auraient pu couler des jours heureux après leurs sorties de prison. Ils y ont trouvé un job dans une station essence et un hébergement chez une vieille dame.

Si Junior a été incarcéré après avoir découpé une jeune fille en morceaux (la seule description n’est jamais gore), Luce l’a été pour avoir volé la caisse d’un débit de boissons et tué, dans sa fuite, le bébé Yacinth dans son landau.

Au fur et à mesure des pages, on sent Junior pas tout seul dans sa tête tandis que Luce essaye de maintenir la barre.

Mais il tombe amoureux, et ce sera pour lui le début de la fin.

J’ai aimé la présence des oiseaux, dans ce roman, même si ils ne vivent pas longtemps, ainsi que celle des images pieuses présentes ça et là dans la vie des personnages.

A lire le roman, on pourrait croire qu’il ne se passe rien dans ces petites villes, jusqu’à ce qu’éclate la violence, comme ça, sans prévenir.

Une lecture dont le Blues m’a bercé.

L’image que je retiendrai :

Celle de Junior chargé de composé le panneau publicitaire lumineux tous les jours et qui rajoute un poème de son cru.

Agullo, 26 janvier 2017, 308 pages

A toi – Claudia PINEIRO

Pour ne rien vous cacher, en commençant ce roman, j’avais peur de lire une bluette. Je fus heureusement vite détrompée : ça démarre tambour battant, et le rythme ne faiblit pas.

Nous suivons Inès, qui a découvert des lettres d’amour adressées à son mari par « A toi ». Le soir même, elle le suit et assiste au drame.

En femme pratique, elle élabore des plans pour disculper son mari.

En parallèle, nous suivons les conversations téléphoniques de sa fille enceinte qui ne veut rien avouer à ses parents et qui préfère s’en remettre à un inconnu rencontré à la gare routière.

La tension ne faiblit pas, jusqu’au final en apothéose.

Une belle découverte ; une lecture que j’ai adoré.

L’image que je retiendrai :

Celle des gants de vaisselle dont Inès se sert pour visiter l’appartement de « A toi » et qu’elle oublie d’enlever dans le café en face.

Babel, 1 mars 2017, 176 pages

Le Voyage des Pères, Tome 5 : Moshé – David RATTE

Où l’on découvre Moshé, le frère de Barabas qui vient juste d’être libéré, et pas Jésus.

Nous suivons et Moshé et Barabas, qui petit à petit s’ouvre à l’Esprit Saint.

Les personnages, même annexe comme le père de Moshé et Barabas, sont croqués avec beaucoup d’humour. Un humour toujours très fin, assez irrévérencieux et décalé par rapport aux canons catholiques. mais c’est ça qui est bon.

L’image que je retiendrai :

Celle du rideau déchiré le jour de la mort de Jésus : un fait raconté dans les Evangiles.

Paquet, 8 mars 2017, 48 pages

Laëtitia ou la fin des hommes – Ivan JABLONKA

Dans ce livre, l’auteur historien-sociologue veut rendre vie à Laëtitia Perrais, jeune fille tuée et démembrée dans le pays de Retz en 2011.

Ivan Jablonka nous raconte son enquête, ses rencontres avec la soeur jumelle, Jessica ; leur enfance malmenée qui aboutit à un placement dans une famille d’accueil ; les attouchements et relations forcées que le père d’accueil fait subir à Jessica.

En parallèle, l’auteur pointe du doigt la manipulation médiatique de l’ancien Président Nicolas Sarkozy qui s’est servi de cette « affaire » pour accuser la justice de tous les maux, divisant ainsi la société.

Heure par heure, minute par minute, sans être jamais pesant, l’auteur nous fait revivre le drame de Laëtitia, en tirant des conclusions sur « le fait divers » en général, sur l’échec de la démocratie qui se transforme en tragédie grecque (p.348).

L’image que je retiendrai :

L’auteur a redonné vie à Laëtitia, qui l’écrit elle-même dans un texto : « La vie est fête comme sa« .

Prix Médicis 2016 – Prix Le Monde 2016

Le seuil, 25 août 2016, 400 pages

 

Eugène Onéguine – Piotr Illitch TCHAIKOVSKI

Oui, je pensais que la soirée n’allait pas être des plus gaie ce soir, à l’Opéra. Je m’attendais à un drame russe, sombre. Au final, la musique de Tchaïkovski fut un enchantement.

L’ouverture est particulièrement légère (il faut dire qu’avant d’assister aux spectacles, je ne me documente pas particulièrement sur l’histoire, je préfère découvrir in situ).

Quand le rideau s’ouvre, le décor, très design, est lui, sombre. Les jeux de lumière donnent du corps à la scène dépouillée. Les costumes en nuances de noir et blanc m’ont paru bien terne, sauf à l’acte 2, où ceux-ci sont en couleur (et j’adore la couleur).

Le drame est encore une fois un drame d’amour : il y a un mort, des lettres d’amour qui ne trouvent pas le coeur de l’aimé, un voyage de deux ans, et une déchirante déclaration d’amour éperdue.

Si j’ai eu du mal, au début, à me laisser porter par l’histoire et la musique, le charme a fini par opérer : les solistes n’ont pas démérité dans leurs longs monologues chantés (et ils sont longs….) et les passages où leurs voix s’emmêlent (jusqu’à 4 chanteurs différents pour certains passages, en même temps avec des phrases différentes).

Le choeur, très présent sur scène, exécute même certains pas de danse et chorégraphies scéniques symboliques.

Premier opéra que j’écoute en russe, il est aussi le premier où l’héroïne ne meurt pas à la fin. Un véritable hapax de l’opéra.

Le méchant au coeur dur est puni, tant pis pour lui ! Mais il a eut le mérite de ne pas induire en erreur sur sa personnalité celle qui l’aime.

Jugan – Jérôme LEROY

Jugan est finalement le personnage principal de ce roman onirique : le narrateur, en vacances en Grèce, rêve des événements qui ont marqué sa vie quelques années auparavant, quand il était un jeune prof frais émoulu à son premier poste.

Apparaît dans son horizon Joël Jugan, révolutionnaire condamné lourdement pour faits d’armes, défiguré après une action d’éclat.

Mais ses années de prison n’ont pas démotivé ce fils de bonne famille qui prône encore la révolution totale.

Entre dans l’équation fatale une jeune fille maghrébine, Samia, prise entre l’envie de faire des études et le besoin d’aider son père dans son commerce (son petit frère tient les murs dans la cité). Sans oublier les imams du quartier qui font pression pour que le père ne vende plus ni alcool ni porc.

Sans oublier la gitane qui, après avoir aidé le père, jette un sort à la fille.

Un roman riche, vous l’aurez compris. Un personnage de révolutionnaire  manipulateur que l’on n’oublie pas.

L’image que je retiendrai :

Celle du no man’s land dans lequel vivent les gitans et où se rendent Jugan et Samia.

Folio Gallimard, 16 février 2017, 224 pages

Merci Folavril pour cette très bonne idée de lecture