Archives de l’auteur : Alex-Mot-a-Mots

Summer – Monica SABOLO

Il est beaucoup question d’eaux, de noyades, de corps flottant à la surface de piscines ou de lacs dans ce roman. Tellement, que j’ai bien failli me noyer.

Oui, le personnage principal imagine sa soeur disparue telle Ophélie, jeune fille magnifique couchée sur l’eau tel un grand lys. Il en rêve même la nuit, de sa soeur noyée. A tel point que je me suis demandé (vous connaissez mon esprit torturé) si ce n’était pas lui qui l’avait tué et fait disparaître, et refuserai de s’en souvenir.

Car Benjamin fréquente les psys depuis la disparition de sa soeur, sans jamais rien leur dire. Mais 25 ans après les événements, une odeur de peinture le replonge en plein drame et une crise d panique le contraint à s’arrêter de travailler pour dépression. Inutile de vous dire que les descriptions de ses symptômes ne m’ont pas passionné.

Vous l’aurez compris, je suis restée totalement hermétique à la petite musique de l’auteure, à l’ambiance glauque crée, et je n’ai fini ma lecture uniquement pour savoir ce que Benjamin allait devenir.

J’ai tout de même aimé le message de l’auteure : dans les familles, il est important, sinon vital, de se parler.

L’image que je retiendrai :

Celle de Summer avant de disparaître : une jeune fille blonde en short d’été avec un tee-shirt blanc.

JC Lattès, 23 août 2017, 320 pages

L’insoumise de la Porte de Flandre – Fouad LAROUI

Oui, elle est peu ordinaire Fati, de parents marocains installés à Molenbeek qui, trop vieux, ne sortent plus de chez eux. Elle a entrepris des études supérieurs mais, un jour, elle décide de les suspendre.

Fati sort de chez ses parents, dans le quartier, habillée en noir de pieds en cap, seul son visage est visible, musulmane en drap sombre qui tente de prendre le moins de place possible comme le lui a appris sa mère.

Mais sortie du quartier, Fati a une autre vie, une vie inimaginable pour son fiancé auto-proclamé Fawzi qui un jour décide de suivre cette jeune femme bien sous tout rapport. Sauf que Fawzi, qui, disons-le tout net a un petit poids dans la tête, va tomber sur un os.

J’ai adoré cette jeune femme indépendante et sûre d’elle, capable d’argumenter et qui cherche à retrouver son corps et la jouissance de celui-ci.

J’ai aimé le style de l’auteur, son humour, sa façon de nous décrire ce quartier sensible et ses lois, les rapports humains engendrés par cette situation.

Merci, M. Laroui, je découvre votre plume avec ce roman, et, en le refermant, je me suis sentie plus riche.

L’image que je retiendrai :

Celle de Fawzi qui crève un mannequin de vitrine de sous-vêtements à coup de couteau.

Julliard, 17 août 2017

Une partie rouge – Maggie NELSON

Ce récit de Maggie Nelson ne nous parle pas de n’importe quel crime : il s’agit celui de sa tante, et soeur de sa mère, Jane, survenu en 1969 dans le Michigan.

Alors que Maggie travaille sur un recueil de poésie autour de ce meurtre en 2004, elle apprend que l’enquête a été ré-ouverte et qu’un nouveau coupable est près d’être arrêté.

Au cours de ce récit, l’auteure nous parle de ses sentiments et de ses réflexions face à ce nouveau procès 40 ans après. Comment son enfance et celle de sa soeur ont été influencées par cet événement.

Mais elle revient aussi sur le décès de son père, arrivé de façon soudaine, alors que ses parents étaient séparés.

L’auteure s’interroge sur les fantômes qui peuplent sa vie, et nous amène à réfléchir sur notre propre psycho-généalogie, car nous ne sommes pas en mesure de changer ce qui a été fait.

J’ai aimé ce texte sans concession sur le crime et sur la propre vie de l’auteure.

L’image que je retiendrai :

Maggie Nelson ne met pas de photos dans son texte, mais nous décrit et commente quelques images projetées pendant le procès.

Editions du sous-sol, 17 août 2017, 224 pages

La serpe – Philippe JAENADA

De l’auteur, j’avais beaucoup aimé Sulak, et pas lu son précédent La petite femelle sur Pauline Dubuisson. Je savais donc que l’auteur écrit beaucoup sur les erreurs judiciaires, et je ne connaissais pas cette « affaire »-çi.

On peut dire que j’ai appris pleins de choses qui n’ont pas forcément à voir avec le sujet principal : Maryline dormait avec son soutien-gorge ; le premier bébé élu Bébé Cadum est devenu un grand résistant déporté à Auschwitz ; Henri Girard, le principal inculpé dans l’affaire va devenir l’auteur à succès du « Salaire de la peur » Georges Arnaud ;Simone Signoret avec une maîtrise de philo la jouait proche du peuple ; l’auteur et sa femme ont un fils prénommé Ernest.

Si j’ai bien aimé la première partie du roman (mais est-ce un roman ?) qui nous décrit les faits tels que parus et perçus en lieu et place, j’ai moins aimé la seconde partie qui innocente Henri Girard – non pas parce qu’elle l’innocente, mais parce qu’il y a foule de détails et de longueurs, comme pour bien enfoncer le clou.

J’ai aimé les coïncidences qui jalonnent les recherches de l’auteur : les prénoms Pauline et Ernest qui reviennent, les lieux des précédentes enquêtes pas si éloignées de l’enquête actuelle. 

J’ai aimé les digressions de l’auteur, avec moultes parenthèses dans la parenthèse, mais je conçois que l’irruption des problèmes personnels de Monsieur Jaenada dans son récit peut agacer. Moi, cela m’a plu et fait sourire.

Me voilà partante maintenant pour lire son précédent roman.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’attachement d’un père à son fils, ce que personne n’a vu, à l’époque.

Julliard, 17 août 2017, 648 pages

La chambres des époux – Eric REINHARDT

Parfaitement, le narrateur écrit pour Marie un roman qui sera son mausolée. Atteinte d’un cancer, comme sa femme, le narrateur tombe amoureux de Marie, en rémission elle aussi.

L’occasion pour l’auteur de nous parler du cancer, comment il peut transformer, en bien, la vie et du malade et de son conjoint.

Mais Marie a une rechute qui lui sera fatale, et le narrateur décide de vivre ses derniers instants auprès d’elle.

Si j’avais beaucoup aimé L’amour et les forêts, le précédent roman de l’auteur, je dois avouer que j’ai beaucoup moins accroché à la poésie de ses phrases dans ce dernier livre.

Le procédé d’écriture consistant à répété ad nauseam les mêmes mots (la Scala de Milan jusqu’à l’écoeurement, entre autre) m’a rapidement lassé.

J’ai toutefois aimé le passage sur son intervention à la Villa Gillet qui m’a fait sourire. Pour le reste, le sujet principal du roman est plutôt triste, même si le thème de la mort est forcément sublimé par l’auteur.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’accoutrement de l’auteur anglo-saxon citant Joyce dès le début de son intervention sans répondre à la question posée.

Gallimard, 17 août 2017, 176 pages

Je remercie Babelio et les Editions Gallimard pour l’envoi de ce roman de la rentrée littéraire en avant-première

L’affaire des vivants – Christian CHAVASSIEUX

Pour une fois, le bandeau du roman signé Alice Ferney (excusez du peu) a raison : ce roman est un chef d’oeuvre.

Tout m’a plu : le style à la fois simple mais au vocabulaire recherché (l’auteur explique en fin de volume qu’il s’est servit de certains mots de la langue française tombés en déshérence).

L’histoire ensuite : celle de ce bébé que le grand-père prénomme Charlemagne et qui sera un homme à part, faisant plier tout le village devant lui. Un homme entreprenant et avide de s’élever socialement.

J’ai aimé tous les personnages, car l’auteur ne les dénigre jamais : ses deux frères rustauds et le troisième un peu révolté ; le fils gâté et exact opposé de son père ; la femme sachant reprendre les rênes ; l’associé un peu frileux….

J’ai aimé la conclusion de ce roman : notre rapport avec nos morts ; ce que la vie nous apprend.

Vous l’aurez compris, un coup de coeur.

L’image que je retiendrai :

Celle de la documentation que l’auteur a utilisé, et les explications qu’il donne en fin de volume, notamment sur la venue de Louise Michel dans le bourg.

Libretto, 3 janvier 2017, 368 pages

Dracula – Bram STOKER

Je n’aime pas les histoires de vampires, mais il me fallait lire ce classique de la Littérature mondiale (après mon Grand qui l’a lu cette année pour le collège, la honte).

Bien m’en a pris (même si j’ai eu un peu peur au début du roman), car je pensais que toute l’action se déroulait en Transylvanie. Grave erreur !

Je savais pour les colliers d’ail, mais ce ne sont pas de simples chapelets comme on en trouve dans le commerce, que nenni, il faut que ce soient des fleurs d’ail.

J’ignorai également que le Comte avait un certain pouvoir sur les animaux.

Bref, ce fut une belle découverte, même si j’ai regretté le style ampoulé de certains dialogues quand les hommes s’adressent aux femmes (autres temps…)

L’image que je retiendrai :

Celle de l’odeur de l’ail frotté partout dans la chambre. Je n’ose imaginer au petit matin.

Le livre de poche, 30 septembre 2009, 605 pages

Mille femmes blanches – Jim FERGUS

Qu’ils sont inventifs, ces américains blancs, quand il s’agit de plumer son prochain.

En 1875, un chef cheyenne demanda au président Grant de lui faire présent de 1000 femmes blanches à marier à 1000 de ses guerriers afin de favoriser l’intégration. Sauf que le Président ne tiendra jamais sa promesse, car le territoire cheyenne se trouve sur la route de l’Or.

L’auteur imagine le journal d’une de ces femmes blanches partie pour deux ans auprès d’une tribu indienne.

J’ai aimé la nature omniprésente dans les pages du journal, moins le propos du personnage principal un peu trop manichéen à mon goût, et peu en adéquation avec l’époque du récit.

Même si j’ai trouvé le discours de l’auteur un peu lourd, j’ai aimé découvrir ce pan peu reluisant de l’Histoire de la conquête de l’Ouest.

L’image que je retiendrai :

La cérémonie de mariage, haute en couleurs.

Pocket, 22 juillet 2004, 505 pages

#Marcelforever

J’avais passé l’hiver en compagnie du narrateur le plus célèbre de la littérature française. J’ai commencé mon été avec ce recueil d’écrits de romanciers, biographes ou universitaires qui se sont passionnés pour l’Oeuvre.

Chacun évoque un aspect du roman à travers un thème : le temps, les personnages, Proust et son monde, l’amour, l’imaginaire, les lieux, Proust et les philosophes, les arts.

J’ai aimé retrouver des passages lus il y a quelques mois et dont je découvre qu’ils me sont restés en mémoire (pas au mot près, mais certaines scènes ou impressions, quelques détails).

Une bonne approche de l’Oeuvre, même si on ne l’a jamais lu.

Des Equateurs, 5 juin 2014, 235 pages

 

Je continue mon été avec cet essai intitulé L’humour du côté de chez Proust.

Car oui, il y a beaucoup d’humour dans les pages de La Recherche.

Encore une fois, j’ai aimé retrouver certains passages drôles, d’autres un peu oublié ou dont je n’avais pas spécialement saisi la portée.

J’ai aimé la conclusion de l’auteur : il est important, avant tout, de savoir rire de soi.

Hippolyte WOUTERS, Editions Glyphe, 3 décembre 2016, 160 pages

L’enfant qui – Jeanne BENAMEUR

Il m’a plu, cet enfant qui a perdu sa mère, cet enfant qui a vu son père n’utiliser que ses poings, cet enfant qui part en foret retrouver les mots de sa mère.

Comme souvent, Jeanne Benameur sait faire naître des images et des sensations avec peu de mots choisis. Sans en dire trop, jamais, de façon à nous laisser ressentir son texte.

J’ai aimé suivre l’enfant, mais aussi son père par cette journée particulière, et sa grand-mère. Chacun, à leur façon, trouveront leur voie pour sortir du chagrin.

Plonger dans un roman de cette auteure, c’est passer un moment de lecture hors du temps, dans un monde qui est le notre, mais pas tout à fait non plus. Il s’en dégage une certaine poésie.

Une belle réflexion sur la mort et les êtres disparus qui nous sont chers.

L’image que je retiendrai :

Celle de la jupe rouge délavée de la mère de l’enfant ; et ses bracelets de perles.

Actes Sud Editions, 29 avril 2017, 128 pages