Archives de catégorie : Auteurs en A

Des coccinelles dans des noyaux de cerise – Nan AUROUSSEAU

Le personnage principal de ce polar est un petit Gaulois qui vit de petites combines illégales. Bien sûr, il se fait prendre et a pour compagnon de cellule un gros malfrat respecté.

Une fois sorti, François, notre héros, vit dans une caravane avec une femme peu avenante, mais qui va lui servir pour le gros coup qu’il prépare.

Mais le plus intéressant, c’est qu’un gendarme l’interroge à propos de disparitions étranges de femmes âgées qu’il a côtoyé peu avant leur mort. Là, le récit a commencé à devenir intéressant pour moi. Comment François allait-il s’en sortir ?

J’ai bien aimé la seconde moitié du roman, à partir de l’intervention de l’enquêteur. Avant, je trouvais que le récit se traînait un peu. C’est à partir de là que l’on comprend pourquoi les coccinelles sculptées dans des noyaux de cerise ont leurs importances.

J’ai aimé les astuces de François et son final grandiose.

L’image que je retiendrai :

Celle de la mère de François, enceinte mais dans le coma. Aurait-il absolument fallu la maintenir en vie pour sauver son fils ?

Buchet-Chastel, 3 janvier 2017, 220 pages

Merci Killing79 pour cette bonne idée de lecture

Le dernier frère – Natacha APPANAH

Vous avez aimé Tropique de la violence ? Vous aimerez ce précédent roman de l’auteure.

Nous sommes cette fois-ci sur l’île Maurice, et le narrateur se souvient de son amitié peu commune avec David pendant l’été 1945.

Le narrateur, Raj, a perdu ses deux frères : l’aîné et le troisième lors d’une crue subite de la rivière. Après ce drame, ses parents, pauvres décident de déménager. Le père trouve un emploi à la prison Beau-Bassin.

Un jour que Raj lui emmène son repas préparé par sa mère, il croise un jeune garçon tout blond prénommé David et qui dit venir de Prague. Nait alors une amitié hors du commun.

J’ai aimé la nature luxuriante mais aussi féroce, avec ces cyclones qui dévastent tout : paysages, habitations et vies.

J’ai aimé cette amitié entre un Juif tchèque et un hindou mauricien. J’ai aimé que le narrateur prenne du recul et analyse avec ces yeux d’adulte les liens qui l’unissaient à David.

J’ai aimé la mère de Raj qui, grâce à ses décoctions de plantes et ses massages sauve des vies.

Enfin, le narrateur porte un regard désabusé sur l’humanité.

J’ai eu des poissons d’eau au cours de ma lecture : un roman bouleversant.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’oiseau rouge que recueille la mère de Raj et qui va se nicher sur la tête blonde de David.

Editions L’olivier, 23 août 2007, 216 pages

Max et les poissons – Sophie ADRIANSEN

Max a 7 ans encore pour quelques jours et attend son anniversaire avec impatience. Malgré les tickets de rationnement, il sait que sa mère a économisé les oeufs et la farine pour son gâteau. Peut-être même que sa soeur lui a préparé un cadeau.

Mais le jour-dit, ce sont les gendarmes français qui arrivent et les emmènent, sa famille et lui. Sauf son poisson rouge. Max est bien triste de n’avoir pu amener son poisson reçu à son école pour ses excellents résultats.

Sophie Adriansen nous raconte en chapitres courts l’histoire de Max, à sa hauteur. Il ne comprend pas forcément tout ce qui lui arrive.

Des explications, en fin de roman, aident à mieux comprendre et remettre les événements dans leur contexte.

L’avis de mon Couassous qui l’a lu avec son école : il n’y a pas de moments joyeux. La fin est terrible pour les parents du petit garçon. J’ai appris qu’il y avait eu la Rafle du Vel’ d’hiv’.

Nathan, 5 février 2015, 64 pages

Merci Noukette et Jérôme pour cette pépite Jeunesse.

De nos frères blessés – Joseph ANDRAS

Actes Sud Editions, 11 mai 2016, 144 pages

Présentation de l’éditeur :

Alger, 1956. Jeune ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN, Fernand Iveton a déposé dans son usine une bombe qui n’a jamais explosée. Pour cet acte symbolique sans victime, il est exécuté le 11 février 1957, et restera dans l’Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d’Algérie. Ce roman brûlant d’admiration, tendu par la nécessité de la justice et cinglant comme une sentence, lui rend hommage.

Mon avis :

Le roman commence fort : arrestation, torture, Fernand subit les pires outrages de la part de l’armée française.

Puis le roman alterne entre le récit de la rencontre entre Fernand et Hélène, comme une respiration, et l’emprisonnement de Fernand et son procès.

Le parti communiste reste étrangement muet ; les avocats de Fernand ont même audience chez le Président Coty ; Fernand répète qu’il ne voulait blesser personne avec ses bombes qui ne devaient que détruire du matériel ; ses bombes n’ont même pas explosé ; mais rien n’y fait.

Une citation en début de roman nous apprend que le destin tragique de Fernand Iveton est resté comme une blessure dans la vie de François Mitterand.

L’image que je retiendrai :

Celle d’Hélène se démenant pour rendre visite à Fernand à la prison, forçant l’admiration du directeur.

Tropique de la violence – Natacha APPANAH

tropiquedelaviolenceLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Il y a une immigration constante et tragique dont la presse française ne parle pas. Elle se déroule dans un coin de France oublié de tous, cette ancienne île aux parfums devenue peu à peu un lieu cauchemardesque : Mayotte.

C’est là que Nathacha Appanah situe son roman : l’histoire de Moïse, enfant de migrant rejeté par sa mère parce que ses yeux vairons sont signe de malheur. Recueilli et élevé avec amour par Marie, une infirmière, Moïse se révolte quand il apprend la vérité sur ses origines et décroche de l’école. A la mort brutale de Marie, il tombe sous la coupe de Bruce et de sa bande de voyous, issus du ghetto de Mayotte. Il a 15 ans, se drogue, vole et se bat. Humilié, violé par Bruce, il le tue. Pour échapper à la vengeance des amis de Bruce, Moïse…

Mon avis :

J’ai censuré la fin de la quatrième de couverture, elle en disait trop.

De Mayotte, je savais qu’elle subissait la pression d’un flux migratoire venu des Comores voisines. Mais j’ignorais que son lagon était si beau. Tant de misères et tant de beautés sur le sol français.

Un roman trop court, qui oscille entre description de la petite délinquance, compromissions politiques et volonté des ONG qui tentent de construire quelque chose.

Une fin émouvante mais si pessimiste, comme si il n’y avait aucun échappatoire possible.

Une lecture forte et marquante.

L’image que je retiendrai :

Celle de Moïse lisant et relisant L’enfant et la rivière de Bosco, lecture le reliant à sa mère.

club-lecture

Droit au but : 13 pour Nino – AGNELLO / DAVOINE / GARRERA / COLOMBO

droitaubutHugo BD, 9 juin 2016, 48 pages

Présentation de l’éditeur :

Les jeunes de l’OM sont toujours en lice dans le Mondial des clubs accueilli par la cité phocéenne. Après une défaite contre Santos et une victoire contre le New England Revolution, ils doivent gagner face à l’étoile du Sahel pour rester dans la course et passer en quarts de finale. Et c’est un sans faute ! Une brillante victoire 3 buts à 1 permet à l’OM de se qualifier pour les quarts. Avec deux buts inscrits et une passe décisive, Nino est l’homme du match. Tout lui sourit et le nouveau coach, le sévère et mystérieux Pepe, semble lui faire confiance.

À la fin du match, en se dirigeant vers les vestiaires, une équipe de la presse locale pose quelques questions à Nino. Tout Marseille s’intéresse à la coupe du monde des jeunes et parle des minots. Nino avoue qu’il est en forme, qu’il a beaucoup travaillé et qu’il est désormais meilleur qu’avant.

Pourtant, le lendemain, à l’entraînement, les coéquipiers de Nino sont froids et distants. Personne ne lui passe le ballon, tout le monde semble l’ignorer. Pepe lui-même est cassant avec lui, l’appelle  » la starlette « , lui donne des exercices supplémentaires. Nino, déboussolé par cette attitude, comprend bientôt ce qu’on lui reproche quand un de ses camarades lui tend le journal. Il est titré :  » Nino Fachetti :  »je suis le meilleur » ». Les ennuis ne font que commencer…

Comment Nino va t il se sortir de ce mauvais pas et comment va t il supporter cette pression et faire gagner l’OM ?

Mon avis :

Je découvre cette BD avec ce treizième volet (ben oui, le foot et moi, ça fait 3). C’est une BD destinée aux jeunes passionnés de ce sport, mais aussi les autres, dont moi.

Dans cet épisode, Nino découvre comment fonctionne la presse : une journaliste lui pose quelques questions auxquelles il ne veut pas répondre, mais le lendemain, il a droit à un article pleine page.

Si sa famille est aux anges, ses coéquipiers le sont moins, qui lui font la tête. Nino devra donc se racheter et passer par tous les postes pendant le match décisife.

Si tout ceci peut paraître un peu manichéen, j’ai aimé les parents et le grand-père. leurs attitudes m’ont fait sourire.

Une BD intelligente qui, au-delà du simple sport, fait réfléchir et sourire.

Je remercie l’opération Masse Critique pour l’envoi de cette BD, ainsi que la maison d’édition Hugo & Cie pour leur petit mot accompagnant l’ouvrage.

Trop de morts au pays des merveilles – Morgan AUDIC

tropdemortsEditions du Rouergue, 6 avril 2016, 357 pages

Présentation de l’éditeur :

Depuis trois ans Alice, la femme de Christian Andersen, avocat au barreau de Paris, a disparu. Et depuis trois ans, les gens qui l’entourent se posent la même question : Andersen a-t-il tué sa femme ? Andersen rendu amnésique par un grave accident quelques jours après qu’Alice a disparu et qui cherche en vain à retrouver la mémoire. Andersen qui reçoit des SMS énigmatiques, en forme de questions cryptées.

Andersen, le mari inconsolable qui emploie un détective pour retrouver sa femme, si belle, si blonde, si étrangement semblable aux victimes du désormais célèbre Marionnettiste, le tueur aux rituels macabres que la brigade criminelle traque en vain depuis des mois et qui tue, justement, à nouveau. De quoi remettre en selle l’ex-lieutenant, Diane Kellerman, révoquée pour violence et prête à péter de nouveau les plombs.

Mon avis :

Quel premier roman réussi ! L’auteur maîtrise déjà tous les codes du genre (y compris la fin qui s’étire en longueur pour faire durer le suspens).

L’intrigue est alambiquée au possible, pleine de chausse-trapes, sans pour autant perdre le lecteur.

Les coupables restent mystérieux jusqu’à la fin, et pourtant plausibles.

Je me suis régalée !

L’image que je retiendrai :

Celle de la photo d’Alice enfant prise dans un pays de l’ex-Europe de l’est. Longtemps, j’ai cru que cette photo serait cruciale pour la suite de l’intrigue.

Merci Titou le matou pour cette idée géniale de lecture.

Je suis en vie et tu ne m’entends pas – Daniel ARSAND

jesuisenvieActes Sud Editions, 2 mars 2016, 270 pages

Présentation de l’éditeur :

Quand l’Allemand Klaus Hirschkuh débarque à la gare de Leipzig, ce jour de novembre 1945, c’est une ville détruite qu’il redécouvre pas à pas. Le jeune homme qui marche dans ces décombres est lui-même en morceaux. Il vient de passer quatre ans à Buchenwald. Parce qu’il est homosexuel. A bout de forces, il est une ombre, un fantôme. Scandaleusement vivant pourtant. Et il n’a pas fini d’expier.

Un garçon ordinaire, une différence ordinaire, une simple vie, un trajet : Klaus s’exile en France et y traverse une moitié de siècle – le travail, l’amitié, l’amour, l’espoir et les déceptions, les chagrins et la joie – pour s’entendre chasser, à l’aube des années 1990, d’une cérémonie du souvenir dans la province française aux cris de « les pédés aux fours ! ».

Survivre : un miracle et une responsabilité dont la réalisation n’a pas à être spectaculaire mais qui relève d’un combat intime, tenace, insurmontable parfois, solitaire souvent, et toujours sans répit. Le roman de Daniel Arsand invente la langue digne de ce combat à poursuivre, mélange rigoureux et explosif de sécheresse, de rage et de lumière. Je suis en vie et tu ne m’entends pas est un texte crucial, qu’on voudrait confier personnellement à chacun de ses lecteurs, comme un viatique, un talisman, à la fois miracle et responsabilité.

Mon avis :

coup-de-coeur

J’ai bien failli buter sur la langue, âpre, vive, douloureuse. Mais j’ai finalement décidé de me laisser bercer par elle et de découvrir l’histoire de Klaus.

Une histoire hantée par la déportation pendant 4 ans à Buchenwald. Des flashes lui reviennent de ces temps obscures, même à la fin de sa vie, dans un autre pays.

Une vie de combat pour cacher son homosexualité après la guerre, puis pour faire reconnaître la déportation des homosexuels dans les camps, et leur droit à recevoir réparation.

Une violence toujours présente, parfois armée, parfois au grand jour. Une violence malheureusement éternelle contre des « pédés » haïs  pour quelque obscure raison.

Un roman qui m’a laissé KO-debout. Un coup de coeur.

L’image que je retiendrai :

Celle des deux amours de Klaus : Heinz et Julien. Que de belles pages écrites sur ces amours défendues.

Prends garde – Milena AGUS

prendsgardeLiana Levi, 8 Janvier 2015, 176 pages

Présentation de l’éditeur :

Pouilles, printemps 1946.

D’un côté il y a les soeurs Porro, qui vivent recluses dans leur palais et ignorent le monde environnant. De l’autre les ouvriers agricoles, bousculés par la guerre et tenaillés par la faim. Les soeurs continuent à tenir leur rang, à se rendre à l’église, à se pencher sagement sur leurs broderies. Les travailleurs, eux, se mobilisent pour obtenir un emploi, nourrir leurs enfants, contenir la pression des réfugiés qui affluent dans la botte du pays.

Ce jour de mars 1946 la foule se rassemble sur la place où s’élève la noble demeure pour un meeting syndical lorsqu’un coup de fusil retentit.

Milena Agus a rempli les vides de cette histoire vraie grâce à son imagination. Elle fait revivre sous les yeux du lecteur les soeurs Porro, prisonnières comme les paysans de leur condition sociale mais coupables de n’avoir pas ouvert les yeux sur les cruautés de l’Histoire.

Luciana Castellina nous relate cet épisode de l’Histoire dans le contexte trouble de l’époque : le débarquement allié en Italie du Sud, la dissolution du Parti fasciste, l’établissement du roi à Brindisi, l’arrivée des réfugiés dans les Pouilles et les révoltes paysannes.

Mon avis :

J’ai longuement hésité : que faut-il lire en premier ? Le roman ou l’histoire brute ? J’ai opté pour le roman. Et c’est la partie que j’ai préférée.

L’histoire brute est trop succincte, traitée froidement, et avec des références politiques locales qui m’ont échappées.

Le roman, qui s’attache aux personnages des soeurs, m’a plu. Leur enferment dans un autre siècle, leur appartenance à une lignée qui ne fait rêver plus qu’elles, leur aveuglément sur ce qui se passe dans le village.

Les deux auteurs ne s’attardent pas sur la violence déchainée ce soir-là et le sort réservé à deux des soeurs.

L’image que je retiendrai :

Celle des draps et des affaires stockés dans les innombrables placards de la propriété et qui ne servent jamais.

Confidences à Allah – Saphia AZZEDINE

confidencesaallahFuturopolis, 5 juin 2015, 86 pages

Présentation de l’éditeur :

« Allah, si j’étais née dans une famille bien, dans une ville bien, avec une éducation bien, j’aurais forcément été une fille bien. Mais ce n’est pas comme ça que ça s’est passé au départ, Tu avoueras que je suis partie avec vachement plus d’emmerdes »

Eddy Simon et Marie Avril adaptent le monologue fiévreux de Saphia Azzeddine, portrait sans concession d’une jeune femme qui rêve d’émancipation et refuse de se soumettre.

Mon avis :

Un graphisme et des couleurs soignés, tout en nuances. Des chapitres de la vie de Jbara séparés par une page blanche avec un seul dessin au fusain.

Quelle vie que celle de cette petite bergère qui ne se satisfait pas de la pauvreté de ses parents, et qui a très tôt compris l’emprise des hommes et de la religion sur la société.

Jbara est une femme libre qui, avec peu de moyen mais beaucoup de chance, décide de mener la vie qu’elle veut.

Et pendant toutes ces pages, elle s’adresse à Allah et lui parle comme une fille à son père.

Magnifique.