Archives de catégorie : Auteurs en C

Jeux de miroirs – Eugen Ovidiu CHIROVICI

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un bon Tuniraspastecoucher.

Une écriture fluide, une intrigue passionnante, je dois avouer que j’ai adoré chercher qui avait bien pu tuer le célèbre professeur : son homme à tout faire un brin perturbé ; son étudiante préférée ; ou le petit ami jaloux ?

Et puis deux protagonistes mènent l’enquête : un journaliste d’investigation dans la seconde partie, puis un ex-policier qui n’a pas pu à l’époque résoudre l’affaire dans la troisième et dernière partie.

Si je n’ai pas compris le jeu de miroirs du titre, j’ai aimé la mise en lumière du rôle de la mémoire : nous sommes persuadés que nos souvenirs sont justes alors qu’ils ne le sont pas toujours.

Une analyse du rôle et des dangers de la mémoire.

Toutefois, l’auteur lance des pistes qui ne vont pas au bout : pourquoi insister sur les portraits disparus du narrateur alors qu’ils n’ont par la suite plus d’importance ? Quel rôle tient vraiment l’hypnose dans les traitements du Professeur Wieder ? Pourquoi le manuscrit caché dudit Professeur comportait plusieurs types d’écritures ?

Ceci dit, j’ai été happée par cette histoire, et j’ai vraiment passé un très très bon moment.

L’image que je retiendrai :

Celle de la cachette du manuscrit découverte par hasard au fond du bas d’un placard derrière une cloison. Or, ce manuscrit a disparu.

Editions Les Escales, 26 janvier 2017, 314 pages

Voyage d’hiver – Jaume CABRE

Bien sûr, le titre fait référence au Voyage d’hiver (Winterreise) de Schubert, des sonates composées à la fin de sa vie sur des poèmes de Wilhelm Müller. Autant vous dire que la musique n’est pas des plus gaie.

Pourtant, les nouvelles qui composent ce recueil ne sont pas toutes déprimantes, loin de là. J’ai passé d’agréables moments à me plonger dans ces histoires qui toutes, ont un lien entre elles. Même si elles se déroulent à des époques différentes, un détail les relie. J’ai aimé chercher ce qui fera le lien. L’auteur maîtrise le contrepoint littéraire.

Des histoires différentes, mais une narration qui se renouvelle à chaque fois. L’auteur sait m’étonner, comme avec la nouvelle « Deux minutes », laps de temps entre le départ de l’amant et le retour du mari qui permet à l’auteur de nous décrire ce qu’il se passe en bas de l’immeuble.

Même la musique dissonante de Quiquin apparaît comme essentiel au recueil. Tout n’est pas harmonie, la discordance fait partie de la vie.

Merci M. Cabre, après Confiteor, j’ai apprécié la lecture de vos nouvelles.

L’image que je retiendrai :

Celle du petit garçon juif, caché avec sa famille et qui tousse, révélant la cachette. Son père, au camp, lui demande de commettre un geste funeste sur ordre des geôliers.

Actes Sud, 1er février 2017, 290 pages

La daronne – Hannelore CAYRE

Il y avait trop longtemps que je n’avais pas lu un roman de Hannelore Cayre. Et, encore une fois, ce fut un régal.

Une bonne dose d’humour et d’auto-dérision du personnage principal ; des images qui font mouches ; des remarques toujours justes et intelligentes ; un oeil acéré sur la société et ses dysfonctionnements (notamment sur les maisons de retraite)

En excellente conteuse, elle nous raconte des histoires dans son histoire principale, nous tenant en haleine sans jamais nous perdre.

Sans oublier la touche glamour au milieu des conversations ras les pâquerettes de certains protagonistes.

Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de cette Juive intrépide.

L’image que je retiendrai :

Celle de la photo de La Daronne enfant devant une énorme glace et voulant devenir Collectionneuse de feux d’artifices.

Anne-Marie Métailié, 9 mars 2017, 176 pages

Les larmes noires sur la terre – Sandrine COLLETTE

Tant pis si je me répète : ouvrir un roman de Sandrine Collette, c’est savoir que l’on va plonger dans un univers noir.

Et ce roman-ci l’est à plus d’un titre : noir de crasse, noir d’avenir bouché, noir d’une humanité qui tente de survivre, noir de mauvais sentiments.

Une seule lueur : le bébé de Moe pour qui elle se battra bec et ongles, jusqu’à commettre de nombreux forfaits pour s’en sortir.

Je me demandais pourquoi une casse en couverture du roman : c’est parce que l’action se déroule dans une casse transformée en camp de détention des services sociaux.

J’ai aimé les digressions qui nous racontent l’histoire des filles du bloc de Moe. Nous découvrons ainsi leur parcours et comment la vie les a malmené. Toutes les filles, sauf une : la moins résignée.

Une fin en happy end que je n’attendais pas. Je ne saurai dire si elle m’a déçu. Mais le roman est poignant.

L’image que je retiendrai :

Celle de la petite voiture attribuée à Moe, dans lequel elle va faire son nid tant bien que mal.

Denoël, 2 février 2017, 336 pages

La couleur des âmes mortes – Gilles CAILLOT

Editions du Caïman, 22 septembre 2015, 550 pages

Présentation de l’éditeur :

Jusqu’où pouvons-nous aller pour satisfaire notre soif de vengeance ? Jusqu’à la perversion de notre propre âme ? Jusqu’à l’affadissement de nos convictions les plus profondes ? Tout est possible, d’autant plus que la douleur décuple les ressentis, exacerbe les passions, allant jusqu’à travestir nos propres croyances et interdits. Si vous aviez le destin du meurtrier de votre fille entre les mains, que feriez-vous ? Moi, je le sais…

Mon avis :

Quel roman fort ! Quelle descente aux enfers vivent les personnages.

Des parents à priori comme tout le monde perdent leur fille, tuée par un pédophile. Mais le mari découvre qui est le coupable et décide de se faire vengeance lui-même. Mais sa femme découvre l’homme retenu dans la cave, et l’enfer s’ouvre pour elle aussi.

Sans oublier un amant machiavélique qui tire les ficelles en arrière-plan.

Certains personnages sont un peu caricaturaux (les deux enquêteurs sont brossés à gros traits), mais ce n’est pas le plus important.

Certains passages sont un peu longs et n’apportent pas grand chose à l’histoire, mais le suspens ne faiblit pas.

Une lecture passionnante.

L’image que je retiendrai :

Celle du bracelet électronique du pédophile resté chez lui, alors qu’il est enfermé dans la cave des parents.

Le sanglier – Myriam CHIROUSSE

Buchet Chastel, 25 août 2016, 180 pages

Présentation de l’éditeur :

Christian et Carole vivent dans une vieille bicoque délabrée et isolée. Une fois par mois, ces néo-ruraux, vivant « loin de tout » sur le Plateau, prennent la voiture pour faire leurs courses dans la zone commerciale la plus proche.

A partir d’un rien, ce jour-là, tout part de travers. De la maison au centre commercial, avec des haltes dans un restaurant chinois et chez la grand-mère, puis une expédition nocturne finale vers un distributeur automatique, Carole et Christian traversent les orages et les affres d’une odyssée ordinaire, sans grandeur ni victoire.

Pour qui sait regarder, au cours d’une journée de ce genre, il se passe mille choses qui en disent long sur nos vies : des instants de rien du tout, presque des flashs, mais qui contiennent nos fêlures toutes entières. Ce qui nous hante nous accompagne toujours.

Mon avis :

Ces petits riens qui font la vie de tous les jours : les courses aux enseignes et à la mise en scène prometteuses ; les publicités des banques ; les restaurants chinois qui proposent tous les mêmes plats….

Tout est uniforme dans cette ville qui ressemble à tant d’autres.

Mais les personnages, eux, ont du caractère : lui est un taiseux, elle un peu tête en l’air.

Une lecture belle et pas déprimante sur la ville qui nous entoure et où l’animalité a disparu.

L’image que je retiendrai :

Celle de la dentition de Christian, en référence au titre du roman.

Merci Antigone pour cette très belle idée de lecture.

La fille dans le brouillard – Donato CARRISI

Calmann-Lévy, 31 août 2016, 320 pages

Présentation de l’éditeur :

Une jeune femme est enlevée dans un paisible petit village des Alpes. Le coupable est introuvable, et voilà que la star des commissaires de police, Vogel, est envoyé sur place. De tous les plateaux télé, il ne se déplace jamais sans sa horde de caméras et de flashs. Sur place, cependant, il comprend vite qu’il ne parviendra pas à résoudre l’affaire, et pour ne pas perdre la face aux yeux du public qui suit chacun de ses faits et gestes, il décide de créer son coupable idéal et accuse, grâce à des preuves falsifiées, le plus innocent des habitants du village : le professeur d’école adoré de tous. L’homme perd tout du jour au lendemain (métier, femme et enfants, honneur), mais de sa cellule, il prépare minutieusement sa revanche, et la chute médiatique de Vogel.

Mon avis :

J’avais beaucoup aimé le premier roman de l’auteur : Le chuchoteur, beaucoup moins la suite, et je dois avouer que je l’avais un peu abandonné. Mais toutes les critiques sont dithyrambiques concernant ce dernier roman, alors, je me jette à l’eau.

Et je dois avouer que j’ai aimé me rendre dans cette petite ville italienne un peu particulière avec sa Communauté.

J’ai aimé le personnage de Vogel si sûr de lui, dont on découvre, petit à petit, le passé professionnel trouble.

Et puis l’accusé semble si innocent….

J’ai aimé le jeu avec les médias qui font feu de tout bois.

Sans oublier le psy à qui Vogel se confie.

Tous les personnages ont leu importance, mais le plus important de tous reste l’absente, celle qui a disparu.

L’image que je retiendrai :

Celle du brouillard qui enveloppe cette petite ville italienne pas si paisible.

Radeau – Antoine CHOPLIN

La fosse aux ours, 27 août 2003, 134 pages

Présentation de l’éditeur :

En pleine débâcle, Louis, au volant d’un camion, fuit devant l’arrivée prochaine des Allemands. Sa cargaison est précieuse. Il transporte des tableaux du Louvre qu’il faut mettre à l’abri. Sur la route, il dépasse une femme. Les consignes du plan  » Hirondelle  » sont strictes. Il ne doit pas s’arrêter. Et pourtant..

Mon avis :

J’ai toujours un peu de mal avec le style sec de l’auteur en commençant la lecture d’un de ses livres. Mais, petit à petit, le charme agit.

D’autant plus dans ce roman où les personnages sont rudes et usent de peu de mots.

Pourtant, ils sont solidaires, ceux qui peuplent ces pages ; ils aiment boire et manger et profiter de la vie. En pleine guerre, ce n’est pas toujours facile.

On devine les caractères au travers d’attitudes et de répliques. Tout est toujours esquissé.

En contraste avec le fameux tableau du Radeau de la Méduse, qui donne à voir les corps dans une mise en scène sombre.

Encore une fois, je me suis émue avec les mots de M. Choplin.

L’image que je retiendrai :

Celle des habitants disparates du château devant les toiles sorties sur l’herbe pour qu’elles prennent l’air.

Une citation :

« Alors la faim l’emportera sur le chagrin ! » (p.112)

Plumes… et emplumés – Gérard CHEVALIER

Editions du Palémon, 7 octobre 2016, 176 pages

Présentation de l’éditeur :

Catia, minette quimpéroise « surdouée », mène l’enquête en assistant son maître, journaliste d’investigation, dans ses recherches. Elle maîtrise le langage humain et emploie parfois des termes fleuris pour juger les comportements des « bipèdes ».

Mon avis :

Troisième volet des aventures de Catia (découverte de ce chat pour moi) dans lequel, jalouse de la naissance de la petite Rose, elle organise son propre enlèvement avec la complicité de ses « amis bipèdes ».

J’ai aimé retrouver certains comportements typiquement félins : s’endormir n’importe où, aimer se faire caresser.

En plus de pouvoir communiquer avec les bipèdes par le biais d’une tablette, cette chatte est aussi une vraie gourmette de bons petits plats mitonnés.

Mais quelle jalousie !

J’ai aimé le personnage de Môssieur le commissaire, même si il crie un peu trop à mon goût, ainsi que le policier à l’accueil, rugbyman un peu lent.

J’ai également appris plein de vocabulaire breton, l’auteur n’hésitant pas à en parsemer son texte, avec une traduction en bas de page.

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture félin.

L’image que je retiendrai :

Celle de la chanson du SDF qui reste en tête longtemps après avoir fini le livre : Un clair de lune à Maubeuge….

Je remercie les Editions du Palémon pour l’envoi des aventures de Catia.

The Girls – Emma CLINE

thegirlsQuai Voltaire, 25 août 2016, 336 pages

Présentation de l’éditeur :

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle dune secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s y faire accepter.

Tandis qu elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas quelle s’approche inéluctablement dune violence impensable.

Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu’elles deviennent.

Mon avis :

Tout, dans ce roman, est du roman. Certes, l’action prend corps autour de la secte de Charles Manson, mais le propos de l’auteure est ailleurs. Au contraire de California Girl de Simon Liberati, lu précédemment.

Le gourou est bien loin, sa pensée et son mode d’action peu présent.

Ce qui est surtout intéressant dans ce roman, c’est l’adolescente Evie qui se retrouve fascinée par un regard différent posé sur elle par Suzanne.

Et le constat de l’auteure sur l’éternel adolescent : même après quelques décennies, elles attendent toujours un regard posé sur elles.

La langue est étrange. Même si je n’ai pas relevé chaque comparaison qui m’a interpellé, je suis parfois restée pantoise devant certains rapprochements.

Je ne peux pas dire que j’ai détesté, mais je n’ai pas autant d’enthousiasme que certains lecteurs-trices. J’ai trouvé le constat de l’auteure un peu triste.

L’image que je retiendrai :

Celle du groupe mourant littéralement de faim avant le départ pour le désert.