Archives de catégorie : Auteurs en G

Rouge armé – Maxime GILLIO

RFA, RDA, RAF : le roman nous plonge à la fois dans les années révolutionnaires de la Fraction Armée Rouge, de la construction du Mur de Berlin, mais aussi de la fin de la Guerre de 39-45 et du retour au pays des Sudètes.

L’auteur décrit le difficile retour en Allemagne des Sudètes : ces allemands partis s’installer en Bohème et Moravie et qui, à la fin de la Guerre de 39-45 ont été chassé et leur retour en Allemagne imposé, avec violence et passage par des camps qui ressemblaient grandement aux camps de déportation.

A cette première histoire se mêle une histoire secondaire : celle d’une jeune femme est-allemande qui décrit la partition de son pays en deux nations, son passage à l’Ouest puis son retour à l’Est.

Enfin, troisième récit imbriqué, celui de la naissance de la Fraction Armée Rouge, de sa doctrine, des attentats commis et du devenir de ses membres.

Un roman riche historiquement qui jamais ne perd son lecteur.

Si l’aspect policier du roman m’a moins parlé, j’ai aimé me plonger dans ce passé allemand que je connais peu.

Qui plus est, l’auteur m’avait indiqué, lors de sa dédicace aux Quais du polar, qu’il avait écrit une partie du roman après avoir découvert le passé trouble de sa belle-maman.

L’image que je retiendrai :

Celle du train ramenant les Sudètes à Berlin et traversant une ville en ruine.

Ombres noires, 2 novembre 2016, 347 pages

Les cosmonautes ne font que passer – Eliza GUEORGUIEVA

Quand on a un grand-père vrai communiste et des parents qui diffusent une radio interdite dans la Bulgarie des années 70-80 ; quand on est une fille et que l’on rêve d’être cosmonaute comme Iouri Gagarine ; quand votre meilleure amie préfère jouer avec ses Barbies envoyées par sa mère de Grèce ; pas étonnant qu’avec la chute du Mur de Berlin chute aussi votre enfance.

Avec beaucoup de détachement et un brin d’humour, la narratrice qui se dit « tu » nous raconte comment la société bulgare perd peu à peu pied.

J’ai aimé suivre l’évolution de la narratrice, vouant une admiration sans borne à Kurt Cobain une fois que sa passion pour Iouri se fut éteinte.

Une lecture qui ne me restera pas forcément longtemps en mémoire, mais qui m’a fait passer un bel après-midi.

L’image que je retiendrai :

« Tu couvres ton sac d’épingles à nourrice. Enfin, tu détaches la chaîne de la chasse d’eau et tu l’accroches sur le côté du pantalon, en signe de désobéissance, ce qui lance, d’une part une nouvelle mode dans ton collège, et d’autre part un problème sanitaire dans le quartier. » (p.111-112)

Mercis Keisha et Clara pour cette très bonne idée de lecture.

Verticales, 25 août 2016, 184 pages

Un paquebot dans les arbres – Valentine GOBY

Actes Sud Editions, 17 août 2016, 268 pages

Présentation de l’éditeur :

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d’Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l’aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps. Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu’elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s’aiment ceux que l’enfance ne peut tolérer autrement qu’invincibles.

Mon avis :

Je retrouve la plume de Valentine Goby, parfois sèche, mais avec un tel pouvoir d’évocation.

L’enfermement, cette fois-ci, est celui de la misère. Celle des années 50-60 en France, sans protection sociale encore balbutiante.

La générosité des parents jamais récompensée ; le dévouement jusqu’à l’extrême de la seconde fille qui cherche inlassablement le regard du père qui jamais ne viendra.

La mère, amoureuse aveugle de son mari ; la fille aînée qui se protège en s’éloignant et construisant sa propre famille.

Et puis l’argent qui manque, tout le temps ; la maladie, insidieuse et silencieuse, qui finit par marquer le corps, et le détruire.

Une plongée dans les années 50-60, où l’on buvait jusqu’à plus soif, où l’on fumait dans un sanatorium même avec un poumon en moins.

J’ai aimé retrouver les pointes de couleur jaune dans le texte, celles qui ont sauvé Mathilde quand elle n’avait plus rien à manger, et qui ont sauvé son premier emploi.

Le paquebot, lui, m’a moins parlé : trop peu présent physiquement, sans doute.

En revanche, j’ai trouvé les Evénements d’Algérie trop présent en fin de roman. Une comparaison un peu trop appuyée à mon goût.

Il n’en demeure pas moins que je lirai les prochains romans de cette auteure qui sait créer un univers différent à chaque roman tout en continuant de nous parler du corps.

L’image que je retiendrai :

Celle de la maison familiale que Mathilde habite de nouveau malgré les scellés.

L’odeur de la forêt – Hélène GESTERN

lodeurdelaforetArléa Editions, 25 août 2016, 700 pages

Présentation de l’éditeur :

Une correspondance incomplète, des clichés clandestins, un journal codé, voilà les premières cartes du jeu de patience que va mener Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, et qui l’emmènera bien plus loin qu’elle ne le pensait.

Car L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre – la Première puis la Seconde Guerre mondiale -, le temps et le silence. Mais ce roman ample, prolifique, multiple, célèbre aussi et surtout la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

Mon avis :

Un pavé, du papier fin, des descriptions sur les petits riens qui font la vie, ce roman demande du temps pour le lire.

L’auteure mêle habillement l’histoire de son personnage principal Elisabeth (ses peines, ses amours) avec l’Histoire (celle des poilus).

Bien sûr, il est question d’amours : Elisabeth est veuve mais ne sait pas où est enterré son aimé à cause de son ex-femme ; le triangle amoureux de 1914 n’est pas celui que l’on croit ; un amour rejeté conduit Tamara à sa déportation.

Le personnage principal tente de redonner vie à un poète disparu ; l’auteure du roman redonne vie à Tamara, sous un autre nom (l’auteure l’explique en fin de volume).

Il est également question de la Guerre des Tranchées, racontée par le photographe et ami du poète depuis le front.

Il est question de l’Honneur rendu à des Poilus accusés à tord.

Il est question de legs qui enchantent ou plombent nos vies.

L’image que je retiendrai :

Celle de la forêt en bordure de la maison d’Elisabeth pleine de pièges à loups.

Une citation :

« Pour un nom dont on se souviendra, pour une Tamara Isserlis rescapée de l’oubli, combien d’autres, perdus à jamais ? Ce livres est né du désir de tresser des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. De raconter le devenir de leurs traces, qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants. »

Delta Charlie Delta – Laurent GUILLAUME

deltacharliedeltaFolio, 15 septembre 2016, 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Une jeune femme violée, mutilée et laissée pour morte dans un parking désaffecté, un drogué qui se serait suicidé, des dealers assassinés. . .

Réunis par les circonstances et un même sentiment de solitude, le major Mako de la BAC de nuit et la capitaine Marie Auger de la PJ décident de faire alliance. Très rapidement, leurs enquêtes respectives vont les entraîner dans les bas-fonds de la ville, au coeur de l’inimaginable.

Mon avis :

Si j’ai aimé la première enquête de Mako, je dois avouer que celle-ci m’a moins passionnée.

Disons-le tout de suite : il manque le personnage qui faisait tout le sel du précédent récit, alias papa et ses sorties drôles et toujours inattendues.

Le personnage d’Angy m’a paru peu fouillée : une ado qui s’attache à un flic aussi rapidement, trop facile. Marie, en revanche, a une vraie épaisseur.

La fin en happy-end m’a fait me demander si l’auteur ne voulait pas se débarrasser de son personnage….

L’image que je retiendrai :

Celle du chat et du chien de Mako qui s’attachent très rapidement à Angy. Un peu too much dans le côté Bisounours.

De force – Karine GIEBEL

deforceLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Elle ne m’aimait pas.
Pourtant, je suis là aujourd’hui. Debout face au cercueil premier prix sur lequel j’ai posé une couronne de fleurs commandée sur internet.
Car moi, j’ai voulu l’aimer. De toutes mes forces.
De force.
Mais on n’aime pas ainsi.
Que m’a-t-elle donné ?
Un prénom, un toit et deux repas par jour.
Je ne garderai rien, c’est décidé. A part le livret de famille qui me rappelle que j’ai vu le jour un 15 mai.
De mère indigne.
Et de père inconnu.

Mon avis :

En refermant ce roman, je me demande si l’auteure elle-même ne l’a pas écrit De force : beaucoup de délayages, de redites, et une fin décevante.

J’ai tout de même aimé la valse-hésitation pour tenter de deviner qui est le coupable : j’en suis venue à soupçonner tout le monde.

J’ai aimé que l’auteure nous parle de l’amour familial, celui qui ne se commande pas ni ne s’achète, que l’on ne peut obtenir de force.

L’image que je retiendrai :

Celle de la piscine de la propriété vers qui converge tous les regards.

Chiens de sang – Karine GIEBEL

chiensdesangLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Ils sont là. Derrière. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop…
La forêt est si profonde… Rien ne sert de crier. Courir. Mourir. C’est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit…
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l’hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment… Maintenant, ils sont derrière, tout près. Courir. Mourir.
Quant à Rémy le SDF, s’il a perdu tout espoir depuis longtemps, c’est la peur au ventre qu’il tente d’échapper à la traque. Ils sont impitoyables, le sang les grise. Courir. Mourir.
C’est le plus dangereux des jeux. Qui en réchappera ?

Mon avis :

Je continue de rattraper mon retard avec cette auteure, encore un autre de ses anciens romans.

D’entrée de jeu, comme d’habitude, on s’attache aux personnages. Cette fois-ci, les deux personnages principaux sont coursés pour des raisons différentes : Diane dans une forêt de Cévennes, Rémy dans un parc privé de Sologne. Tous deux courent pour leur vie.

L’auteure sait habillement mener ces deux récits de front, avec des ressemblances parfois macabres.

Et bien sûr, comme souvent avec cette auteure, cela ne se finit pas bien, pour personne.

L’image que je retiendrai :

Celle du parc du Lord en Sologne, plein de pièges autour de pièces d’eau magnifiques.

Terminus Elicius – Karine GIEBEL

terminuseliciusLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Toujours le même trajet. Istres-Marseille. Marseille-Istres. Sa mère, son travail. La vie de Jeanne est en transit. Elle la contemple en passager. Une lettre suffira à faire dérailler ce train-train morose :  » Vous êtes si belle, Jeanne.  » Glissée entre deux banquettes, elle l’attendait. Une déclaration. D’amour. De guerre. Car l’homme de ses rêves est un monstre, un tueur sans pitié. Elle sera sa confidente, son épaule. Il sera son âme sœur, son dilemme. Le terminus de ses cauchemars…

Mon avis :

Premier roman de l’auteur, Prix SNCF du polar, excusez du peu.

On prend donc beaucoup le train dans ce court roman, la ligne Marseille-Mirmas.

Dès le départ, l’auteure nous fait douter de son personnage principal, Jeanne, une jeune femme pleine de TOC qui vit encore chez sa mère à 30 ans. Et puis un drame a eut lieu dans sa vie : l’abandon de Michel.

La force de ce roman (et de l’auteure) réside dans le fait que même une fois le roman refermé, on doute de l’identité d’Elcidius : est-ce Jeanne ; est-ce un ancien ami de Michel ? Il faudra que je demande à l’auteure…..

L’image que je retiendrai :

Celle des couleurs de la mer qui longe la fameuse ligne de chemin de fer.

Lithium – Aurélien GOUGAUD

lithiumAlbin Michel, 17 août 2016, 189 pages

Présentation de l’éditeur :

Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.

Dans un texte crépusculaire, Aurélien Gougaud entremêle leurs voix, leurs errances, leur soif de vivre, touchant au plus près la vérité d’une génération en quête de repères. Un premier roman d’une surprenante maturité, qui révèle le talent d’un jeune auteur de vingt-cinq ans.

Mon avis :

Je ne m’attendais à rien en ouvrant ce roman : je savais juste qu’il allait être question d’Elle et de Lui.

Et puis quel titre énigmatique : de quel élément chimique parle-t-on ? le lithium qui compose les piles ou celui qui soigne les troubles bipolaires ?

Alternativement, à chaque chapitre, on suit les personnages dans leur quotidien sur une semaine, sans que ce soit jamais lassant.

Le style est enlevé, rapide, sans être rédhibitoire.

Les vies se croisent, parfois pour longtemps, parfois pas.

L’auteur ausculte la société de consommation par le petit bout de la lorgnette (celui d’une centrale d’appels qui ne recule devant rien) ; les relations au travail (la toute puissance du boss) ; les jeunes adultes et leur rapport à la vie et au travail.

Même si les personnages principaux n’appartient pas à ma génération (je n’ai plus 25 ans….), j’ai aimé les suivre dans ce roman le temps d’une après-midi.

Quelle belle découverte !

L’image que je retiendrai :

Celle de la personne âgée souffrant d’Alzheimer et qui se fait poser un parquet neuf deux fois par an à des tarifs prohibitifs.

L’année la plus longue – Daniel GRENIER

lanneelapluslongueFlammarion, 17 août 2016, 400 pages

Présentation de l’éditeur :

Thomas Langlois, né comme son aïeul Aimé Bolduc une année bissextile, ne fête son anniversaire qu’une année sur quatre. Mais est-il pour autant, comme l’espère vivement son père, promis au même destin que son ancêtre qui, lui, ne vieillissait que d’une année tous les quatre ans ?

En suivant les vies de ces deux personnages d’exception, L’année la plus longue traverse, de Chattanooga à Montréal, des Great Smokies aux monts Chic-Chocs, près de trois siècles d’histoire de l’Amérique. De la prise de Québec par les Britanniques en 1760 au 11 septembre 2001, de la capitulation des Indiens au combat des Noirs américains, c’est l’âme du continent tout entier qui s’invite et s’anime dans cette fresque épique et familiale.

Ce premier roman, œuvre d’un immense conteur, réussit le pari fou de nous plonger au cœur de la grande histoire et, au-delà, de nous en peindre mille et une autres.

Mon avis :

Commençons par l’aspect positif de cette lecture : j’ai appris plein de choses sur l’Histoire des Etats-Unis et du Québec, par le petit bout de la lorgnette.

Mais que le style m’a déplu : c’est alambiqué, les phrases tournent autour du pot, partent en digressions.

Qui plus est, le récit est construit comme un puzzle, me perdant dans les couloirs du temps.

Je ne me suis donc attachée ni aux personnages ni à l’histoire.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’anniversaire de Thomas que son père ne lui fêtait que tous les 4 ans.