Archives de catégorie : Auteurs en H

La prophétie de l’abeille – HIGASHINO Keigo

Ancien roman de cet auteur que j’apprécie beaucoup, il est le dernier qu’il me reste à lire de lui.

Et j’ai bien fait de ne le lire qu’en dernier : quel pensum !

Si j’ai lu au départ toutes les descriptions sur les différents types de centrale nucléaire au Japon, j’ai vite abandonné ces passages. Et ils sont très nombreux dans le roman.

Ne m’a intéressé que l’enquête pour connaître le coupable. Un coupable bien fade.

Pas le meilleur de l’auteur, loin de là. J’irai même jusqu’à dire que c’est une lecture dont on peut se passer.

Actes Sud, 27 avril 2013, 384 pages

Dans la forêt – Jean HEGLAND

Le nature-writting ce n’est pas mon truc, ni les romans post-apocalyptique, d’habitude. Pourtant, cette lecture a été un coup de coeur.

Dans une maison californienne située à l’orée d’un bois, deux jeunes filles et leur papa tentent d’organiser leur vie sans électricité (elle a disparu peu à peu), puis sans pétrole (il n’y en a plus non plus). Coupés du monde, le père garde pourtant espoir que la vie reprendra son cours.

Mais tout ne se passe pas tout à fait comme prévu.

Si Eva aime danser et ne pense qu’à ça, Nell prépare son examen d’entrée à Harvard. Mais la nécessité de manger les pousse à cultiver le potager et le verger, à faire des bocaux pour l’hiver.

Ce roman pourrait paraître ennuyeux, mais il n’en est rien, car il y a toujours une nouvelle difficulté qui attend les personnages.

Petit à petit, l’atmosphère devient plus lourde, la situation plus désespérée. Sans oublier les cauchemars de Nell.

J’ai aimé le mantra de la mère qui poursuit encore les filles longtemps après : « ta vie t’appartient« .

J’ai aimé Eva qui danse, encore et toujours, malgré les deuils et sans musique.

J’ai aimé l’ingéniosité dont les filles font preuve pour survivre, leur lien à la nature qui se tisse peu à peu, mais aussi leurs coups de blues.

Une lecture marquante. Un coup de coeur.

L’image que je retiendrai :

Celle des plantes médicinales que Nell apprend à connaître pour soigner sa soeur.

Quelques citations :

J’avais appris que l’envol et le frisson valaient la peine d’avoir eu peur. (p.62)

Tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets. (p.68)

Mais que je le touche ou que je m’enfuie, que je rêve ou que je sois éveillée, le jour de son anniversaire ou n’importe quel autre jour, ma vie entière est contaminée par le fait qu’il est mort. (p.97)

Lu sur Liselotte

La lumière de la nuit – HIGASHINO Keigo

L’action se déroule sur deux décennies depuis le meurtre initiale jusqu’au dénouement de l’histoire.

Nous suivons ainsi les personnages principaux, même si certains jouent à cache-cache. Un, en particulier, qui trempe dans des affaires louches de copies de jeux vidéos (le premier Mario Bross) puis de piratage informatique.

L’enquêteur Sasagaki ne lâche pas l’affaire, même en retraite. Grâce à lui, nous découvrirons le fin mot de l’histoire.

Et puis il y a la mystérieuse et envoûtante Yukiho, d’abord petite fille puis femme d’affaire accomplie. Toutefois, autour d’elle, il arrive de drôles de choses à ses rivales.

Pas de sang, pas de violence, mais une bien sombre histoire de moeurs.

Monsieur Higashino, merci beaucoup pour vos histoires. Depuis Un café maison, je ne me lasse pas de vos polars.

L’image que je retiendrai :

Celle du Tunnel du temps par lequel les enfants sont passés pour découvrir le premier mort sur leur air de jeux.

Actes Sud, Actes noirs, mai 2015, 669 pages

Un enfant plein d’angoisse et très sage – Stéphane HOFFMANN

Pauvre petit garçon dans son pensionnat en Suisse, qui doit passer ses vacances chez sa grand-mère à Chamonix, car sa maman ne peut l’accueillir pendant les vacances.

Une maman à la carrière prometteuse, patronne d’une entreprise de BTP, nommée depuis peu chef du Syndicat des entrepreneurs, et peut-être futur ministre.

Son père ? Il ne l’a jamais rencontré. Ce lord anglais cultive l’art du fare-niente.

Quant à sa grand-mère qui le recueil à chaque vacances, son passé de chanteuse est bien mystérieux.

Ajoutez à cette galerie de personnages le chien Jojo qui suit le garçon partout ; une blonde dont on ne sait qui elle est vraiment (une psychologue ?) ; un manager qui veut absolument faire revenir la grand-mère sous les feux de la rampe.

L’auteur croque un monde d’adultes pitoyable avec humour.

L’image que je retiendrai :

Celle de la virée en voiture du garçon avec son père en Italie, avec un aller-retour à Monaco.

Albin Michel, 17 août 2016, 263 pages

Nos âmes la nuit – Kent HARUF

Robert Laffont, 1 septembre 2016, 180 pages

Présentation de l’éditeur :

Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble.

Mais voilà, les choses ne vont pas se passer si simplement, les cancans vont bon train, et les familles s’en mêlent… Que va-t-il advenir de cette bulle de douceur si précieuse qu’Addie et Louis avaient réussi à construire ?

Mon avis :

Le style est un peu sec, je dois l’avouer. Malgré l’histoire belle et prenante, je n’en ferai donc pas un coup de coeur.

Mais j’ai aimé cette proposition d’Addie à Louis. L’arrivée du petit fils de cette dernière.

Personne, dans leur entourage proche, ne les comprend, et surtout pas leurs propres enfants.

Malgré tout, les liens créés ne se défont pas si facilement.

J’ai passée une très belle après-midi en compagnie de ces personnages.

L’image que je retiendrai :

Celle de la patte du chien Bonnie, estropié.

L’insolite évasion de Sebastian Wimer – Stéphane HEAUME

linsoliteevasiondesebastianwimerSerge Safran Editeur, 18 août 2016, 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Karlotta-Pietra, ville fortifiée en bord de mer, vit ses derniers instants de liberté face à la montée d’un nationalisme radical. Ne restent que quelques jours avant la fermeture définitive des portes de la cité.

Sebastian, styliste, et son associé Dimitri, entreprennent de s’enfuir. Mais un soir, Sebastian porte secours à une femme laissée inerte le long d’un canal. Troublé, il croit reconnaître Agathe, sa jeune épouse, même si ses papiers d’identité affirment qu’elle s’appelle Kathrin Petersen. Aidé du jeune étudiant Leos, il échafaude un plan insolite, un ballet nautique, puisant dans l’histoire de la cité et défiant le pouvoir en place.

Mon avis :

Où se situe l’action ? Peu importe. On devine, au fil des pages, des noms des personnages et des rappels historiques que la Cité fortifiée se situe quelque part entre Venise, l’ex-Yougoslavie et l’Autriche.

Peu importe, au final. L’auteur sait créer une ville, ses monuments et ses quartiers, mais surtout son ambiance si particulière à la veille d’un événement politique de taille.

On suit Sebastian pas à pas, un peu perdu comme lui ; redécouvrant sa femme sous une autre identité, mais également pressé de s’enfuir et de faire fuir avec lui des étrangers à la cité.

Plus l’heure approche et plus le suspens monte jusqu’au dénouement inattendu.

J’ai aimé parcourir cette ville avec Sebastian, tenté de trouver le délateur (car on soupçonne qu’il y en a forcément un, mais qui ?), voir un nouveau pouvoir autoritaire se mettre en place.

Une très belle découverte que je dois à Zazy. Merci !

L’image que je retiendrai :

Celle des oiseaux si particuliers de cette côte (adriatique ?) qui vient se fracasser contre les vitres de la maison perchée de Sebastian.

Merci infiniment Zazy pour cette très belle découverte. Tu as le chic pour faire voyager des pépites avec toujours tes belles photos. Yv a  eu lui aussi un coup de coeur.

Rester en vie – Matt HAIG

resterenviePhilippe Rey, 22 septembre 2016, 251 pages

Présentation de l’éditeur :

A 24 ans, souffrant d’anxiété et de dépression, au cours d’un séjour en Espagne, Matt Haig s’est retrouvé au bord d’une falaise, les pieds à moitié dans le vide, sur le point de se précipiter…

Rester en vie, cela paraît si difficile à celles et ceux qui sont au fond de l’abîme, qui ne voient poindre aucune lueur. Ce livre vif et sensible raconte les batailles que l’auteur a menées pour comprendre ce qui lui arrivait, pour le partager aux autres (pas toujours compréhensifs), et se mettre sur le chemin de la guérison.

En cinq chapitres – Tomber, Atterrir, Se relever, Vivre, Etre -, l’auteur raconte avec sincérité comment il a progressivement vaincu sa maladie et réappris à vivre. Car les raisons de rester en vie sont nombreuses, et sont ici détaillées avec humour et conviction. Ouvrir ce livre, c’est entamer une exploration joyeuse des façons d’exister, d’aimer mieux, de se sentir plus vivant.

Mon avis :

Cette lecture n’est pas toujours joyeuse, contrairement à ce qu’en dit l’éditeur. Quand l’auteur décrit ses symptômes dépressifs, c’est même plutôt plombant, comme ambiance.

Même si Matt Haig explique dès le départ que chaque dépression se manifeste et se vit différemment, je n’ai pas complètement adhéré au propos. S’en sortir sans médicament et sans thérapie me parait illusoire.

Ceci dit, pour ceux qui ne connaîtrait pas ce bonheur d’être au fond du trou 😉 il constitue une bonne approche de cette maladie discriminante.

Je suis d’accord avec lui sur un point toutefois : il faut se méfier des mardis.

L’image que je retiendrai :

Celle du #reasonstostayalive qu’il a créé où chacun peut exprimer pourquoi il s’accroche tout de même à la vie.

Antigone en a fait un coup de coeur de cette rentrée littéraire 2016.

Le grand ménage du tueur à gages – Hallgrimur HELGASON

grand-menage-tueurPocket, 1er octobre 2015, 312 pages

Présentation de l’éditeur :

Il y a des jours où rien ne vous réussit. Prenez Tomislav Boksic, dit  » Toxic « . Avec soixante-cinq contrats réussis au compteur, il était hier encore le tueur à gages le plus respecté de la mafia croate de New York. Mais un accident est vite arrivé. Il suffit de refroidir la mauvaise personne (un agent fédéral en l’occurrence) et soudain, le sol américain se fait un peu trop brûlant pour vous.

Sous l’identité d’un prêtre baptiste, c’est donc un Toxic à col blanc qui atterrit en Islande – pays de calme plat, de blondes trop sages et de patronymes imprononçables… La fin d’une ère ? Ou le début des ennuis ?

Mon avis :

J’ai assisté à une soirée islandaise dans ma librairie préférée le mois dernier. Etaient invités une poétesse et un auteur de ce pays. Au moment des dédicaces, j’ai longuement hésité entre ce roman et La femme à 1 000 degrés (le nombre de pages a décidé de mon choix).

Je savais, en commençant ce roman, que l’auteur aime jouer avec les mots (les jeux de mots traduits sont d’ailleurs sympathiques).

L’histoire en elle-même a peu d’importance (elle patine d’ailleurs un peu en milieu de roman). Ce qui est intéressant, c’est la vision de l’Islande qu’offre l’écrivain à travers son personnage principal. (Par certains aspects, il m’a rappelé le feuilleton Lilyhammer).

Pas de meurtres, contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire. Juste les islandais avec leurs prénoms à coucher dehors avec un billet de logement, vus par le petit bout de la lorgnette.

L’image que je retiendrai :

Celle du Croate Toxic toujours poursuivi par la guerre en Serbie.

A l’ombre des cerisiers – Dörte HANSEN

ombre-cerisiersKero, 4 mai 2016, 304 pages

Lu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

C’est au printemps 1945 que la petite Vera voit pour la première fois la vieille ferme perdue au cœur d’un immense verger. Sa mère et elle viennent de traverser à pied une Allemagne en ruines.

Soixante-dix ans plus tard, Vera, qui occupe toujours la maison, voit débarquer à son tour sa nièce, Anne, en pleine rupture amoureuse, et son jeune fils Leon.

Les deux femmes, fortes têtes et solitaires, vont affronter ensemble une histoire familiale traversée de secrets et de non-dits. Sauront-elles redonner vie à ces murs hantés par les chimères du passé ? Pour cela, il faudra d’abord apprivoiser les habitants du village qui ne manquent ni de caractère ni d’originalité…

Avec beaucoup de tendresse et un humour mordant, ce premier roman brosse le portrait de deux femmes indépendantes qui vont trouver ce qu’elles ignoraient chercher : une famille.

Mon avis :

J’ai eu du mal, au début de ma lecture, à situer le roman dans le temps et l’espace. Les premiers chapitres alternent passé et présent.

Puis les personnages me sont devenus familiers : Vera et son sacré caractère, Anne un peu perdue. Tous ont des fêlures.

J’ai aimé l’attachement de Vera à sa maison : un vrai lien sensuel. Les deux respirent ensemble.

Le roman nous fait revivre, par petites touches, l’exil des populations allemandes de l’est après la défaite de Russie. Dans le froid, ils ont vécus une autre Bérézina. Ces flash-back m’ont touché et ému. Ils mettent en perspective les migrations actuelles de façon humaniste.

L’arrivée du néo-rural de service, ancien journaliste, est drôle, qui caricature le stéréotype du citadin qui trouve tout magnifique la première année, et est beaucoup moins enchanté après.

Un roman qui m’a rappelé par certains aspects Le goût des pépins de pomme.

Un premier roman maîtrisé et réussi.

L’image que je retiendrai :

Celle des bandeaux abandonnés sur les routes de la retraite de Russie.

Une citation :

« Les réfugiés, on en les choisissait pas, on ne les invitait pas non plus, ils arrivaient sans crier gare, les mains vides, des projets confus en tête, et ils mettaient tout sens dessus dessous. » (p.163)

Je remercie les Editions Kero pour l’envoi de ce roman dans sa version numérique.

Etta et Otto (et Russell et James) – Emma HOOPER

etta-et-ottoLes escales éditions, 22 octobre 2015, 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Dans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, quatre-vingt-trois ans, n’a jamais vu l’océan. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat, et entame les trois mille deux cent trente-deux kilomètres qui la séparent de la mer.

 » J’essaierai de ne pas oublier de renter.  » C’est le mot qu’elle laisse à Otto, son mari. Lui a déjà vu l’océan, il l’a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision de sa femme mais, maintenant qu’elle n’est plus là, il ne sait plus comment vivre.

Russell, l’ami d’enfance d’Otto, a passé sa vie à aimer Etta de loin. Il ne peut se résoudre à la laisser seule et part à sa suite. Et qui sait, peut-être pourra-t-il chasser le caribou en chemin.

Mon avis :

Après des avis dithyrambiques sur ce roman, je me jette à l’eau. Et je peux dire que je n’ai pas aimée autant que les autres lecteurs.

D’abord j’ai trouvé la narration brouillonne : Russell part mais finalement atterrit ailleurs on ne sait pas trop où ; la journaliste qui arrive comme un cheveu sur la soupe, puis qui réapparait.

L’eau, rappelée inlassablement, tout le temps et à tout propos. Mais ce procédé n’a pas suffit à me faire sentir le flux et le reflux des vagues. J’ai plutôt eu l’impression de me noyer. Sensation désagréable.

Une rencontre qui n’a pas eut lieu en ce qui me concerne.

L’image que je retiendrai :

Celle de la poussière qui fait mourir le premier instituteur et qu’Otto transporte encore à la guerre.