Archives de catégorie : Auteurs en L

Communardes ! : L’aristocrate fantôme – Wilfrid LUPANO

1871. Élisabeth Dmitrieff, une belle jeune femme russe de tout juste vingt ans arrivée à Paris depuis une semaine à peine, devient la présidente du premier mouvement officiellement féministe d’Europe : l’Union des femmes pour la défense de Paris et l’aide aux blessés.

Véritable passionaria socialiste et va-t-en-guerre, elle est envoyée par Karl Marx lui-même !

Sa beauté et sa verve, qui la distinguent des autres insurgées, d’origines plus populaires, suscitent l’intérêt des « hommes » jusqu’ici peu sensibles aux revendications des communardes.

Ainsi, paradoxalement, l’une des premières grandes figures du combat pour le droit des femmes en France était… une aristocrate russe.

Quel personnage ! Un peu trop va-t-en guerre à mon goût, elle a le mérite d’aller au bout de ses idées et ne craint pas de s’impliquer dans le mouvement.

Mais dans ce tome, on voit que les hommes sont réticents à donner des droits aux femmes, qui ne cessent de répéter qu’il faut aller doucement. Ces messieurs sont bien frileux. On apprend aussi le rôle des banques dans la victoire ou la défaite de chaque camp.

Un texte encore une fois engagé en faveur des femmes passées inaperçues pendant la Commune, servi par un dessin à la hauteur des batailles qui se déroulaient dans Paris insurgé.

L’image que je retiendrai :

La dernière, celle d’Elisabeth dans la campagne russe sous la neige, près du goulag de son mari.

Vents d’Ouest, 30 septembre 2015, 56 pages

De cauchemar et de feu – Nicolas LEBEL

J’ai retrouvé avec plaisir la capitaine Mehrlicht qui s’entraîne toujours pour les sélections à Question pour un champion ; ses co-équipiers qui, pour cette enquête, auront la tête ailleurs. Et bien sûr la jeune recrue : venue de Lyon, sortie major de sa promo, elle lance des aphorismes à tout va (j’ai aimé découvrir d’où provenaient ses citations en fin de volume, et cela m’a fait sourire).

J’ai aimé suivre en parallèle l’histoire du conflit Nord Irlandais par le petit bout de la lorgnette : le récit suit une bande de copains vivant à Derry. Si, au début des années 70 ils lancent des pierres contre les soldats anglais, leur arsenal et leurs méthodes vont évoluer avec le temps. La réponse du gouvernement anglais aussi.

On met du temps à découvrir qui sera le méchant de cette bande, celui qui posera des bombes au phosphore en plein Paris, et pourquoi. Le radicalisme religieux n’est pas qu’islamiste. Dans les années 80, il était catholique.

Car pour justifier ses actes, le coupable ne cesse de citer des passages de la Bible justifiant l’usage de la violence.

Merci, M. Lebel, de nous rappeler qu’avant de jeter la pierre, il faut regarder notre passé.

L’image que je retiendrai :

Celle du capitaine Mehrlicht découvrant que ce n’est plus Julien Lepers qui anime l’émission, sapant ses envies de vengeance.

Lu sur Liselotte

En sacrifice à Moloch – Asa LARSSON

Oui, il y a beaucoup d’animaux dans ce roman : l’ours qui ouvre le récit, puis le renard du Petit Prince, sans oublier les chiens de Krister et Rebecka.

Il y a même Markus, le petit garçon trouvé qui se prend pour un chien, sa façon à lui de faire face au drame.

J’ai aimé que le récit me plonge en parallèle en pleine guerre de 14 en Suède, alors indépendante, mais dont les capitaines d’industries faisaient des affaires avec les deux camps.

J’ai aimé le personnage d’Elina, jeune femme indépendante qui a trop lu les suffragettes. Malheureusement pour elle, elle tombe amoureuse du patron, de plusieurs années son aîné. Ils vivent une passion sans entraves, jusqu’à ce qu’Elina tombe enceinte, drame qui aura des répercussions jusqu’à son petit fils Markus, le fameux.

J’ai aimé sentir le froid de l’hiver suédois quand la neige craque dans les maisons du début du 20e siècle non isolées.

J’ai aimé le parallèle entre le méchant régisseur qui poursuit Elina, et le rival professionnel de Rebecka. Tout deux sont de parfaits femme-ophobes. Certains comportements masculins ne changent pas.

L’image que je retiendrai :

Celle de Markus jouant à quatre pattes avec les chiens et dormant avec eux.

Albin Michel, 30 août 2017, 448 pages

Je remercie Babelio et son Opération Masse critique pour l’envoi de ce roman en avant-première.

La petite danseuse de 14 ans – Camille LAURENS

Camille Laurens n’a de cesse d’admirer cette statue de Degas dans tous les musées où elle est exposée, comme attirée par la jeune fille dont le sculpteur précise dans le titre qu’elle a 14 ans.

L’auteure nous parle d’abord du siècle qui a vu naître cette statue : celui de Degas, un siècle où les enfants allaient travailler dès leur plus jeune âge, ce qui était le cas des petits rats de l’Opéra qui étaient rémunérés pour leur travail harassant.

L’occasion également de nous parler de Monsieur de Gas, d’origine à particule qui préfère la perdre et l’accoler à son nom comme patronyme d’artiste.

J’ai aimé apprendre que la statue première était en cire, qu’elle a été très mal accueillie lors de sa première exposition, et que l’artiste n’a jamais voulu s’en séparer. Ainsi, l’auteure, à travers l’oeuvre d’art, nous décrit la France de 1880.

J’ai aimé découvrir Marie van Goethem, sa vie imaginée par Camille Laurens à partir du peu d’informations récoltées ; les origines de sa famille ; le destin de ses soeurs.

Enfin, l’auteure nous montre que cette sculpture est intemporelle, la prima ballerine noire Misty Copland ayant posée devant dans la même position il y a peu d’années.

Un seul bémol, petit, car j‘ai vraiment passé un très agréable après-midi de lecture : le dernier paragraphe m’a semblé de trop.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’air revêche de la petite danseuse, qui a posé nue pour le sculpteur.

Quelques citations :

« habitué à entendre « des mots sans feuille de vigne » » (p.55) : j’aime beaucoup l’expression

« une sorte de tension ou d’incertitude entre l’enfant et la femme, l’innocence et la sensualité, qui fascine l’artiste. » (p.57)

« (Dans la sculpture en cire) il s’y trouve aussi des chiffons, des copeaux de bois, du molleton de coton, des verres et des bouchons de liège, tous empruntés par Degas à son environnement immédiat »

« En élevant l’infime au rang d’oeuvre, en usant de techniques sommaires et de matériaux communs, Degas ouvre infiniment l’espace de la création, qu’il libère » (p.60)

Lu sur Liselotte grâce à NetGalley et aux éditions Stock 

L’insoumise de la Porte de Flandre – Fouad LAROUI

Oui, elle est peu ordinaire Fati, de parents marocains installés à Molenbeek qui, trop vieux, ne sortent plus de chez eux. Elle a entrepris des études supérieurs mais, un jour, elle décide de les suspendre.

Fati sort de chez ses parents, dans le quartier, habillée en noir de pieds en cap, seul son visage est visible, musulmane en drap sombre qui tente de prendre le moins de place possible comme le lui a appris sa mère.

Mais sortie du quartier, Fati a une autre vie, une vie inimaginable pour son fiancé auto-proclamé Fawzi qui un jour décide de suivre cette jeune femme bien sous tout rapport. Sauf que Fawzi, qui, disons-le tout net a un petit poids dans la tête, va tomber sur un os.

J’ai adoré cette jeune femme indépendante et sûre d’elle, capable d’argumenter et qui cherche à retrouver son corps et la jouissance de celui-ci.

J’ai aimé le style de l’auteur, son humour, sa façon de nous décrire ce quartier sensible et ses lois, les rapports humains engendrés par cette situation.

Merci, M. Laroui, je découvre votre plume avec ce roman, et, en le refermant, je me suis sentie plus riche.

L’image que je retiendrai :

Celle de Fawzi qui crève un mannequin de vitrine de sous-vêtements à coup de couteau.

Julliard, 17 août 2017

Chère brigande – Michèle LESBRE

De l’auteure, je gardai un souvenir ému du Canapé rouge. Une lecture toute en sensibilité.

Je n’ai pas été déçue avec ce dernier livre, qui est une lettre à Marion du Faoüet, une jeune brigande du 18e siècle.

La narratrice part sur ses traces, mais c’est surtout l’occasion pour elle de nous parler de notre monde moderne, notre vie si connectée qui a perdu tout goût de la révolte.

Marion, elle, incarne cette jeunesse illettrée mais insoumise, qui vole aux riches pour donner aux pauvres, même après avoir été torturée avec le feu et exposée à moitié nue en place publique.

J’ai aimé découvrir cette rebelle qui a brûlé sa vie pour un peu de justice.

L’écriture de Michèle Lesbre est toujours un enchantement, qui fait naître des images fortes à partir de peu de mots.

L’image que je retiendrai :

Celle de la narratrice devant la mer bretonne, une retrouvaille riche en émotion.

Sabine Wespieser, 13 février 2017, 77 pages

L’enfant pétrifié – Valérie LYS

Je découvre le commissaire Velcro, et je dois avouer que le personnage ne me plait pas : sûr de lui, suffisant parisien, il n’hésite pas à laisser se dépatouiller ses collègues locaux. Il m’est sorti par les yeux.

Je suis tout de même allée au bout du roman, car j’ai aimé découvrir certaines coutumes de Madagascar dont il est beaucoup question dans cette enquête.

J’ai également appris l’origine des tuniques des marins bretons : elle vient des tuniques des soldats de Napoléon. Elles étaient bleues comme le bleu des petits bretons des bols avec le prénom (appelé Grazik qui veut dire petit bleu). Après la défaite de Waterloo, il y a eu tellement de tissu à écouler que l’on a habillé tous les matelots, dont les Bretons, avec cette étoffe (p.50).

L’image que je retiendrai :

L’enquête se déroule à Quimper en automne, il y fait bien frais…..

 

Editions du Palémon, 24 mars 2017, 224 pages

Je remercie les Editions du Palémon pour l’envoi de ce roman, même si je ne l’ai pas apprécié à sa juste valeur

En mémoire de Fred – Clayton LINDEMUTH

Baer retrouve son chien près de chez lui, mais mortellement blessé. Devinant que Fred (c’est son chien) a été enlevé pour participer à des combats illégaux, il décide d’en avoir le coeur net.

Baer est un original qui vit à côté de la maison hérité de ses parents et rachetée à son frère, et il distille la meilleure eau-de-vie à des kilomètres à la ronde.

Son amour de jeunesse, Ruth est partie habitée ailleurs en laissant sa fille Mae se débrouiller avec ses 3 enfants en bas âge et un mari qui la bât.

Quel beau tableau de l’Amérique profonde où le shériff est corrompu, les hommes saouls ou défoncés du soir au matin, les maisons brinquebalantes mais les 4X4 rutilants.

Le personnage de Baer m’a attendrit, qui repousse l’idée de rendre oeil pour oeil et dent pour dent. Et qui pourtant doit s’y résoudre.

J’ai aimé le style, enlevé et très réaliste tout en étant travaillé.

J’ai trouvé le personnage de Mae très attachant : mère seule de trois enfants suivant des courts par correspondance.

Seules les descriptions de combats de chiens ne m’ont pas plu.

L’image que je retiendrai :

Celle des parfums de l’eau-de-vie illégale distillée par Baer.

Seuil, coll. Cadre noir, 2 Mars 2017, 395 pages

Furiously happy – Jenny LAWSON

J’ai beaucoup aimé le chapitre d’introduction qui prévient le lecteur que son auteure souffre de troubles mentaux : au moins, on est au courant.

Certains chapitres m’ont agacé, mais je dois avouer que j’ai énormément ris de certaines situations : sa passion pour les animaux empaillés mais impérativement mort de mort douce ; son rôle de mère si difficile uniquement par rapport aux autres mamans ; son mari si patient.

Tous les épisodes ne sont pas forcément en rapport direct avec la folie, cela rend cette lecture agréable.

L’auteure a paraît-il un blog, je vais aller fouiller Internet.

L’image que je retiendrai :

Celle du mantra d’espoir que ne cesse de lancer l’auteure : peut-être qu’aujourd’hui cela ne va pas, mais demain sera magnifique et sera vécu plus intensément.

Fleuve Editions, 9 mars 2017, 352 pages

Merci Leatouchbook pour cet excellent conseil de lecture.

Communardes ! Les éléphants rouges – Wilfrid LUPANO

Oui, je m’attendais à voir des éléphants dans Paris à la rescousse des Communardes. Quelle déception de ne pas voir mon souhait réalisé…

Alors oui, ce premier volet est l’occasion pour l’auteur de nous montrer Paris pendant le blocus de la Prusse : les femmes du peuple qui ne trouvent plus de travail ; les familles qui se nourrissent de rats ; les riches qui se nourrissent eux des animaux du zoo en consommé.

Bien sûr, les femmes qui veulent aider sur les barricades mais qui en sont empêché par les hommes.

Seule Victorine arrivera à prendre la tête de sa bande, pour un temps seulement.

L’image que je retiendrai :

Celle de la bande de Victorine construisant leur rêve d’éléphants dans un hôtel particulier déserté.

Vents d’Ouest, 30 septembre 2015, 56 pages