Archives de catégorie : Auteurs en L

Prendre les loups pour des chiens – Hervé LE CORRE

Comment dire ? Comment vous donner envie de découvrir ce roman noir à l’écriture acérée. Même les répétitions participent au rythme du texte.

Comment vous expliquer l’ambiance qui ne vous lâche pas ; cette chaleur écrasante qui colle à la peau des personnages.

Comment vous dire les personnages tout droit sortis d’un roman de Zola qui serait écrit au 21e siècle : la misère, les petits trafiques (et les gros qui vous dépassent), la folie, la maternité non assumée, la prison, les bagnoles, la bière en canette, la violence et la torture.

Et cette petite fille, Rachel, qui ne parle pas mais qui a tout compris.

Pauvre personnage principal, embringué dans une histoire qui le dépasse, lui qui voulait seulement revoir son frère.

Et les chiens, menaçants mais n’attaquant jamais.

Un petit bémol tout de même (ou plutôt deux) : la rédemption du père (à la limite), et la fin en presque happy end.

Monsieur Le Corre, j’avais beaucoup aimé un de vos précédents romans Avant la guerre. Avec cette lecture, vous confirmer pour moi l’essai. Mais je vais me laisser tout de même le temps de reprendre ma respiration avant de me plonger dans un autre de vos précédent roman.

L’image que je retiendrai :

Celle de la scène de meurtre des parents de Jessica. Quand on sait qui a fait le coup….

Rivages, 11 janvier 2017, 320 pages

Jugan – Jérôme LEROY

Jugan est finalement le personnage principal de ce roman onirique : le narrateur, en vacances en Grèce, rêve des événements qui ont marqué sa vie quelques années auparavant, quand il était un jeune prof frais émoulu à son premier poste.

Apparaît dans son horizon Joël Jugan, révolutionnaire condamné lourdement pour faits d’armes, défiguré après une action d’éclat.

Mais ses années de prison n’ont pas démotivé ce fils de bonne famille qui prône encore la révolution totale.

Entre dans l’équation fatale une jeune fille maghrébine, Samia, prise entre l’envie de faire des études et le besoin d’aider son père dans son commerce (son petit frère tient les murs dans la cité). Sans oublier les imams du quartier qui font pression pour que le père ne vende plus ni alcool ni porc.

Sans oublier la gitane qui, après avoir aidé le père, jette un sort à la fille.

Un roman riche, vous l’aurez compris. Un personnage de révolutionnaire  manipulateur que l’on n’oublie pas.

L’image que je retiendrai :

Celle du no man’s land dans lequel vivent les gitans et où se rendent Jugan et Samia.

Folio Gallimard, 16 février 2017, 224 pages

Merci Folavril pour cette très bonne idée de lecture

 

L’extinction des cougars – Françoise LE MER

Editions du Palémon, 21 octobre 2016, 272 pages

Présentation de l’éditeur :

Nathalie Nicette, professeur de Lettres Classiques à Quimper, est une femme de quarante-sept ans, apparemment sans histoires. Veuve depuis trois années, elle vit seule, recevant de temps à autre la visite de ses deux grands enfants. Son existence, douillette mais morne, va basculer le jour où, par hasard, elle retrouve Crista, sa meilleure amie de lycée. Tout semble les séparer. Crista est délurée, joyeuse et décomplexée. Elle va entraîner une Nathalie étonnée par sa liberté de penser dans le monde festif de la nuit et l’initier aux réseaux sociaux. Mais dans l’ombre sévit un prédateur, déterminé à parvenir à ses fins, quitte au passage à se débarrasser de quelques victimes collatérales… Pourquoi la sage Nathalie intéresse-t-elle autant cette bête tapie, qui peut changer de profil autant qu’elle le veut ?

Mon avis :

Je découvre avec plaisir cette série des enquêtes de Le Gwen et Le Fur, même si ils n’apparaissent pas tout de suite dans le récit.

L’auteure préfère camper le personnage principal Nathalie, professeur de lettres classiques (excusez du peu) dans un grand établissement quimpérois. Et de nous dévoiler ainsi ce qu’il se passe dans une salle des profs : les rapports conflictuels entre les vieux-de-la-vieille et les frais-émoulus de la profession.

L’auteure, sous couvert de son personnage découvrant les réseaux sociaux, nous parle de leurs faces cachées et des précautions à prendre (très didactique, tout cela).

Enfin, une mystérieuse jeune fille se prostitue avec un grand patron, sous l’oeil bienveillant de son père, poivrot notoire.

Sans oublier la fille de Nathalie, caricature de la jeune femme vertueuse rêvant de s’élever par un beau mariage ; et la bonne copine retrouvée qui, à cinquante ans, n’a plus rien à perdre et drague effrontément.

Vous l’aurez compris, un récit entraînant avec des personnages intéressants.

J’ai regretté toutefois que la solution de l’énigme soit cachée jusqu’au bout au lecteur (ou alors c’est moi qui n’ai pas été assez attentive).

L’image que je retiendrai :

Celle du clochard Dédé que Nathalie aide parfois, et qui devient son ange gardien.

Je remercie les Editions du Palémon pour l’envoi de ce roman dont la lecture m’a ravi.

Ca peut pas rater – Gilles LEGARDINIER

capeutpasraterPocket, 3 mars 2016, 448 pages

Présentation de l’éditeur :

– J’en ai ras le bol des mecs. J’en ai plus qu’assez de vos sales coups ! C’est votre tour de souffrir !
Et là, trempée, titubante, je prends une décision sur laquelle je jure de ne jamais revenir : je ne vais plus rien leur passer. On remet les compteurs à zéro. Je vais me venger de tout. Puisque aucun bonheur ne descendra d’un ciel illusoire, je suis prête à aller chercher le peu qui me revient jusqu’au fond des enfers.

La gentille Marie est morte. C’est la méchante Marie qui est aux commandes. Désormais, je renvoie les ascenseurs. Les chiens de ma chienne sont nés et il y en aura pour tout le monde. La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis surgelée. La rage m’étouffe, la haine me consume.

Mon avis :

Je retrouve avec plaisir une histoire de Gilles Legardinier : c’est feel-good, plutôt drôle et ça donne la pêche.

L’auteur nous démontre cette fois-ci que les femmes passent leur vie à attendre : un homme, un geste de cet homme, un signe, un petit quelque chose, quoi. Je confirme.

Une lecture impeccable pour attendre de passer en salle d’op’ et entamer ma convalescence.

L’image que je retiendrai :

Celle de la lectrice lisant sur la plage sous la pluie, tenant absolument à terminer son passage.

Un conseil :

Pour faire éclater un pot d’échappement, rien ne vaut une patate bintje. La Charlotte part trop en lambeaux.

Au fer rouge – Marin LEDUN

auferrougeEditions 84, 6 janvier 2016, 506 pages

Présentation de l’éditeur :

Madrid, 11 mars 2004, dix bombes explosent dans des trains de banlieue. Rescapée, le lieutenant Emma Lefebvre oeuvre pour que justice soit faite.

Dix ans plus tard, une valise contenant le cadavre d’un trafiquant de drogue est découverte sur une plage landaise : l’heure est venue de régler les comptes. Emma s’attaque alors à une véritable organisation mafieuse, avec à sa tête l’officier de police Javier Cruz, seigneur de l’antiterrorisme.

Des rives du fleuve Nervion aux bas-fonds de Bayonne, des banlieues déshéritées madrilènes aux palaces de la côte basque, la corruption n’a pas de frontières.

Mon avis :

Que j’aime la Côte Basque, ses routes sinueuses, l’océan aperçu au détour d’un chemin, ses couleurs chatoyantes.

Rien de tout cela dans ce roman, enfin si, en toile de fond. Car l’action est violente, les personnages brutaux et leurs méthodes tout autant.

L’auteur imagine (mais l’imagine-t-il vraiment ?) qu’un policier espagnol inonde le Pays Basque de drogue pour contrôler le terrorisme, juguler les terroristes autrement qu’en les tuant ou les torturant.

Si j’ai pris plaisir à lire la mise en place de l’action et des personnages et le récit dans sa grande majorité, je dois avouer que je me suis un peu lassée sur la fin : on devine comment ça va se finir, à quoi bon faire durer le suspens, ce qui ralenti un rythme mené tambour battant auparavant.

L’image que je retiendrai :

Celle de la prostituée de luxe espagnole faisant son business du côté français de la frontière.

Une citation :

« Voilà pourquoi nous vendons de la cocaïne. Voilà ce que nous voulons : des bêtes de somme qui consomment docilement notre cocaïne pour être en état de travailler plus docilement. » (p.188)

California Girls – Simon Liberati

californiagirlsGrasset, 17 août 2016, 342 pages

Présentation de l’éditeur :

Los Angeles, 8 août 1969 : Charles Manson, dit Charlie, fanatise une bande de hippies, improbable « famille » que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique envers le gourou. Téléguidés par Manson, trois filles et un garçon sont chargés d’une attaque, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La nuit même, sur les hauteurs de Los Angeles, les zombies défoncés tuent cinq fois. La sublime Sharon Tate, épouse de Roman Polanski enceinte de huit mois, est laissée pour morte après seize coups de baïonnette. Une des filles, Susan, dite Sadie, inscrit avec le sang de la star le mot PIG sur le mur de la villa avant de rejoindre le ranch qui abrite la Famille.

Au petit matin, le pays pétrifié découvre la scène sanglante sur ses écrans de télévision. Associées en un flash ultra violent, l’utopie hippie et l’opulence hollywoodienne s’anéantissent en un morbide reflet de l’Amérique. Crime crapuleux, vengeance d’un rocker raté, satanisme, combinaisons politiques, Black Panthers… Le crime garde une part de mystère.

Mon avis :

Ce livre aurait pu s’appeler Charlie et ses drôles de dames, tant le diminutif de Charles Manson, Charlie est répété à l’envi, le rendant presque sympathique.

L’auteur décrit bien les filles paumées, dont les prénoms m’ont complètement échappé, comme si elles étaient interchangeables : toutes s’habillent avec les frusques de tout le monde ; ne se lavent pas ; marchent pieds nus et se nourrissent avec des restes trouvés dans les poubelles.

Ajoutez la musique des Beatles de l’album blanc en toile de fond ; un ventriloque qui ne pense qu’à forniquer pour s’attacher ses filles, et vous aurez une belle brochette de cinglés.

Même lors du fameux meurtre qui a défrayé la chronique, ces pauvres bougres sont perdus : l’une ne parvient pas à serrer des liens ; tous sont obligés de s’y reprendre à plusieurs fois pour mettre à mort leurs victimes. Même la victime la plus médiatique est déshumanisée qui réagit « comme une poupée » avec une voix « IBM » (sic).

En quelques phrases, l’auteur nous présente les coupables, retraçant leur passé et pourquoi ils ont finalement atterri dans les griffes de Manson.

Une lecture éclairante sur une certaine dérive des jeunes filles dans les années 70.

L’image que je retiendrai :

Celle des pieds coupées des filles, à force de marcher pieds nus. Coupures qui ne se referment jamais.

Les liens du sang – Géraldine LOURENCO

lesliensdusangVérone éditions, 23 mai 2016, 354 pages

Présentation de l’éditeur :

Elle fuit un mari violent. Il vit reclus sur une île bretonne depuis le décès de sa femme et de sa fille dans un accident de voiture. Lors de leur rencontre, leurs destins vont se lier, se mêler, se nouer et se dénouer.

Il est persuadé qu’on a assassiné sa famille. Elle va l’aider à le prouver. Et la vérité, cruelle et inattendue, va s’imposer.

Mon avis :

Le résumé était alléchant, j’ai donc accepté cette proposition de lecture.

Mais je dois dire que j’ai été déçue : le récit est convenu ; le style n’évite aucune facilité (elle mordit à pleine dent ; elle rit à gorge déployée…)

Tant pis.

Je remercie les éditions Vérone pour ce partenariat. Je souhaite tout de même à ce roman de trouver son lectorat.

Tant que dure ta colère – Asa LARSSON

tantqueduretacolereAlbin Michel, 1er septembre 2016, 336 pages

Présentation de l’éditeur :

Une nouvelle enquête de Rebecka Martinsson.

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d’une jeune fille remonte à la surface du lac de Vittangijärvi. Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson ? Alors que l’enquête réveille d’anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi-siècle de neige…

Mon avis :

J’avais lu il y a quelques temps son second roman La piste noire qui ne m’avait pas laissé un mauvais souvenir.

Voici donc la troisième enquête de Rebecka, et je dois dire que j’ai été quelque peu déçue.

Je m’attendais à plus de suspens, plus de mystères dans ce cercle polaire arctique où se déroule l’action.

Une enquête sur fond de seconde guerre mondiale, mais vraiment par petites touches.

Une lecture qui ne me restera pas longtemps en mémoire.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’esprit de la jeune femme morte tournant avec les oiseaux au-dessus des vivants.

Je remercie les Editions Albin Michel pour l’envoi de ce roman.

Les contes défaits – Oscar LALO

lescontesdefaitsLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé… Il était zéro fois… c’est ainsi que commencent  Les contes défaits
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir. 

Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.

Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence… 
Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature. 

Mon avis :

Je savais que le sujet était difficile. Mais je pensais que l’auteur pourrait l’écrire. Il n’en est rien.

Comme son titre, l’écriture est défaite : elle part dans tous les sens, l’auteur ne peut pas la centrée sur son sujet. Et cela m’a gêné. J’attends d’un roman une certaine construction, or dans celui-ci, tout est déconstruit. Est-ce un roman d’ailleurs ? Je me suis plusieurs fois posée la question.

Jeu de mots pour mettre l’horreur à distance, soit. Celui avec le homme d’enfants est parlant, mais tous ne le sont pas.

Une écriture très bien pensée, mais qui m’a laissé su ma fin-faim.

L’image que je retiendrai :

Celle des enfants revenant de promenade sous la pluie et séchant dans le vestibule.

Je remercie les Editions Belford et Net Galley pour l’envoi de ce roman.

Le destin de Mr Crump – Ludwig LEWISOHN

destinMrCrumpPhébus, 3 janvier 1996, 416 pages

Présentation de l’éditeur :

Herbert Crump, issu d’un milieu cultivé d’émigrés allemands installés dans le sud des Etats-Unis, est un jeune musicien destiné à une brillante carrière. Lorsqu’il quitte ses parents pour s’installer à New York, il lie connaissance avec Anne, d’une vingtaine d’années son aînée. D’apparence discrète et aimable, celle-ci se révélera une fine manipulatrice bien décidée à conquérir cet homme à l’avenir prometteur. Elle parviendra à ses fins transformant la vie de Herbert en un véritable enfer…

Mon avis :

Que ce roman est bavard ! J’ai pu passer en avance rapide des paragraphes entiers sans perdre le fil de la mince intrigue.

Certes, le ton est très 19e siècle-début du 20e, mais cela n’a pas suffi à me faire passer outre le style.

Une lecture qui ne m’a pas passionnée, donc.

Clara l’a trouvé magistral – Une découverte saisissante pour Miss Léo.