Archives de catégorie : Auteurs en M

Le Blues de La Harpie – Joe MENO

La Harpie est une petite ville de l’Illinois où Luce Lemay et Junior auraient pu couler des jours heureux après leurs sorties de prison. Ils y ont trouvé un job dans une station essence et un hébergement chez une vieille dame.

Si Junior a été incarcéré après avoir découpé une jeune fille en morceaux (la seule description n’est jamais gore), Luce l’a été pour avoir volé la caisse d’un débit de boissons et tué, dans sa fuite, le bébé Yacinth dans son landau.

Au fur et à mesure des pages, on sent Junior pas tout seul dans sa tête tandis que Luce essaye de maintenir la barre.

Mais il tombe amoureux, et ce sera pour lui le début de la fin.

J’ai aimé la présence des oiseaux, dans ce roman, même si ils ne vivent pas longtemps, ainsi que celle des images pieuses présentes ça et là dans la vie des personnages.

A lire le roman, on pourrait croire qu’il ne se passe rien dans ces petites villes, jusqu’à ce qu’éclate la violence, comme ça, sans prévenir.

Une lecture dont le Blues m’a bercé.

L’image que je retiendrai :

Celle de Junior chargé de composé le panneau publicitaire lumineux tous les jours et qui rajoute un poème de son cru.

Agullo, 26 janvier 2017, 308 pages

Sous le compost – Nicolas MALESKI

Ah, les joies d’être père au foyer : s’occuper de trois filles qui vont à l’école maternelle ; faire pousser ses légumes et s’occuper du jardin ; préparer le repas pour sa femme qui ne rentre pas avant 21h ; allez boire des coups au bistro avec les copains et faire, de temps en temps, du vélo avec eux….

Jusqu’au jour où arrive une lettre anonyme annonçant au narrateur que sa femme le trompe. Sa vie sexuelle devient alors débridée.

J’ai aimé lire les passages qui parlent du jardin, du potager et des récoltes ; moins ceux sur les parties de jambes en l’air.

Une petite intrigue en fin de roman, mais pas assez pour me faire oublier certaines longueurs.

L’image que je retiendrai :

Celle de la piscine d’eau froide de sa maîtresse dans laquelle plonge délicieusement le narrateur (et la maîtresse, et la piscine).

Fleuve éditions, 12 janvier 2017, 288 pages

Marx et la poupée – Maryam MADJIDI

La double culture, est-ce une chance ? L’auteure répond clairement non et nous décrit les difficultés, pour une enfant de 8 ans, d’être arrachée à sa terre natale pour la France dont elle ne connaît rien.

Tout n’était pas rose dans son pays : ses parents, fervents communistes, l’obligeaient à donner ses jouets à d’autres enfants. Des amis de ses parents, certains ont disparu dans les geôles du pouvoir.

Voulant s’intégrer en France, elle refuse de parler, de lire et d’écrire le persan. Mais un voyage en Iran pour retrouver sa famille bouleverse ses repères.

S’agit-il d’un roman ? Plutôt de fragments de vies mis parfois en poésie.

L’image que je retiendrai :

Celle des parents qui, avant de fuir en exil, enterrent dans le jardin les oeuvres de Marx et des grands penseurs communistes.

Le Nouvel Attila, 12 janvier 2017, 201 pages

La chair – Rosa MONTERO

Encore une fois, Rosa Montero nous parle d’amour.

Son personnage principal, Soledad, est, dans ce roman, une sexagénaire fraîchement séparée de son compagnon, par ailleurs mari adultère. Pour tenter de se venger, elle fait appel à un escort.

S’installe entre eux une relation charnelle non tarifée.

Au même moment, Soledad se voit confier une exposition sur les écrivains maudits. L’occasion pour le lecteur de découvrir une palette d’auteurs damnés (dont Anne Perry, ce que je ne savais pas).

Nous découvrons également l’enfance si particulière de Soledad en compagnie de sa jumelle Dolores : la maman avait le sens de l’humour. Mais Dolores, souffrant d’une maladie mentale, est enfermée.

Un roman riche et puissant sur l’amour sororal, l’amour passion qui se termine, l’amour-amitié.

L’image que je retiendrai :

Celle de Soledad enfermée dans sa douche et croyant sa dernière heure arrivée.

Métailié, 12 janvier 2017, 196 pages

Arrêt non demandé – Arnaud MODAT

Nouvelles ? Roman à six portes ? Comment savoir ?

L’auteur ne manque pas d’humour et croque ses personnages avec talent. J’ai beaucoup ri et souri à la lecture des premières histoires.

L’avant-dernière, plus grave, m’a mis mal à l’aise.

Les titres posent question d’entrée de lecture : La dernière nuit du hibou ; La fourchette à poisson.

On sent l’attachement de l’auteur à la ville de Strasbourg (ville que j’aime beaucoup par ailleurs).

Du léger, du plus grave, ne passez pas à côté de ce livre.

L’image que je retiendrai :

La liste des remerciements en fin de volume est fort drôle aussi.

Sur les conseils judicieux de Yv.

Alma Editeur, 5 janvier 2017, 144 pages

Les onze – Pierre Michon

Grand Prix du roman de l’Académie Française 2009

Folio, 2 février 2011, 144 pages

Présentation de l’éditeur :

Les voilà, encore une fois : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère,

Lindet, Saint-Just, Saint-André. Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l’an II et la politique dite de Terreur. Mais qui fut le commanditaire de cette oeuvre ? A quelles conditions et à quelles fins fut-elle peinte par François-Elie Corentin, le Tiepolo de la Terreur ?

Mêlant histoire et fiction, Michon fait apparaître, avec la puissance d’évocation qu’on lui connaît, les personnages de cette « cène révolutionnaire », selon l’expression de Michelet qui, à son tour, devient l’un des protagonistes du drame.

Mon avis :

Que de découvertes littéraires en ce début d’année.

J’ai choisi ce titre de l’auteur, car le propos de base est de décrire un tableau et d’imaginer le commanditaire.

J’ai été quelque peu désarçonné par le style de l’auteur à la fois érudit et gouailleur. Qui répète à l’envie que « Dieu est un chien » (sic), allant même le proférer en patois.

Il a d’ailleurs la dent dur contre les Limousins. Posture du narrateur ?

Et puis j’ai appris un joli mot à replacer dans une prochaine conversation : anacréontisme. Parfaitement. Ne le cherchez pas dans le dictionnaire, il n’y est pas.

Mais là où l’auteur excelle, c’est à nous parler d’un tableau qui n’existe pas, allant jusqu’à citer Michelet pour preuve de l’existence du-dit tableau.

L’image que je retiendrai :

Celle que désire le commendataire : que parmi les onze personnages du tableau, on n’en remarque que trois.

Le cercle des plumes assassines – J.J. MURPHY

Folio, 20 octobre 2016, 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Critique, poète et scénariste, Dorothy Parker a rassemblé autour d’elle quelques-uns des esprits les plus brillants du New York des Années folles. Ils ont leurs habitudes à l’hôtel Algonquin où ils se retrouvent, jusqu’au jour où, sous leur table, gît un inconnu, un stylo-plume en plein coeur. Le seul témoin du crime est un jeune homme du nom de Billy Faulkner qui rêve de devenir écrivain… Dorothy Parker et ses amis se lancent alors dans une enquête pleine de rebondissements et de bons mots entre stars de cinéma, gangsters notoires et légendes littéraires.

Mon avis :

Ils en font, des bons mots, le Cercle vicieux des plumes assassines !

L’enquête m’a moins passionnée, voire pas du tout.

En revanche, j’ai aimé me promener dans les New-York de la prohibition, rencontrer le malfrat du coin, et même William Faulkner accusé à tord du meurtre.

Un bon moment de lecture, même si je ne suis pas certaine de garder ce roman en mémoire bien longtemps.

L’image que je retiendrai :

Celle des tasses de café dans lesquelles étaient servi l’alcool de contrebande.

L’archipel d’une autre vie – Andreï MAKINE

Seuil, 18 août 2016, 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire… Qui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartzev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ?

C’est l’aventure de cette longue chasse à l’homme qui nous est contée dans ce puissant roman d’exploration. C’est aussi un dialogue hors du commun, presque hors du monde, entre le soldat épuisé et la proie mystérieuse qu’il poursuit. Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée. La chasse prend alors une dimension exaltante, tandis qu’à l’horizon émerge l’archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour.

Mon avis :

Je n’avais encore jamais lu cet auteur, son style fut donc une découverte. Je ne peux pas dire que j’ai apprécié de rencontrer des termes précis de botanique de la taïga : ces mots n’évoquaient aucune image pour moi. Et c’est bien dommage car on en croise beaucoup dans le récit.

C’est ce qui m’a sans doute empêché de me prendre de passion pour l’immensité Russe.

J’ai préféré les trois feux allumés au large de l’île inaccessible parfois.

La traque dans la forêt révèle le caractère de chaque personnage en ces temps troublés du stalinisme.

Le personnage principal commence une thèse sur la « légitimité de la violence révolutionnaire ». Mais après sa chasse en forêt, il abandonne son sujet.

Mais ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est la dernière partie, une fois la traque terminée.

L’image que je retiendrai :

Celle des trois feux allumés sur la grève, comme des points de repère dans la tempête, de l’autre côté du bras de mer.

Le garçon – Marcus MALTE

legarconZulma, 18 août 2016, 544 pages

Prix Femina 2016

Présentation de l’éditeur :

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.

Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, tout à la fois soeur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubre-sauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Mon avis :

L’auteur aura lui aussi écrit son grand roman sur la guerre de 14…

Le style est sec, plein d’accumulations, au point que je me suis demandée si l’auteur n’avait pas tenté d’écrire le monde dans son roman. (Autant vous dire que j’ai passé ces accumulations en avance rapide).

Les pages d’amour entre Emma et Le garçon sont magnifiques.

Ce dernier passe de la nature à l’agriculture puis à l’âge du fer sans jamais émettre une pensée, une idée. C’est ce qui m’a manqué dans ce roman : le point de vue du personnage principal. Il passe dans la vie comme dans le roman. Jamais il ne devient homme, malgré les nouveaux habits et son corps qui grandit.

Cela reste toutefois un roman plein de musique et de références littéraires.

L’image que je retiendrai :

Celle de la machette du garçon, prise sur un tirailleur africain. Arme qu’il fait sienne pour égorger l’ennemi.

La rage – Zigmunt MILOSZEWSKI

larageFleuve éditions, 8 septembre 2016, 552 pages

Présentation de l’éditeur :

Le procureur Teodore Szacki n’est pas au mieux de sa forme depuis qu’il a quitté Varsovie. Il se sent en perpétuel décalage, tant dans sa vie de couple que dans ses relations avec sa fille adolescente.
Est-ce pour cela qu’un jour, il ne prend pas l’exacte mesure d’une plainte pour violences conjugales ? Avec des conséquences effroyables pour l’épouse battue…
Ou bien est-il simplement perturbé par une étrange enquête pour meurtre dont il a hérité – portant sur un squelette dont les os appartiendraient à plusieurs victimes… ?
Teodore Szacki va vite se rendre compte que les deux affaires pourraient être liées. La piste d’un insaisissable redresseur de torts se dessine, quelqu’un œuvre dans l’ombre, visiblement déterminé à rendre la justice pour pallier l’incurie des services de police.

Mon avis :

Non mais c’est pas possible ! L’auteur ne peut pas laisser tomber son personnage de Monsieurtéo. Il n’a pas le droit, tout simplement. Nous, les lecteurs, ne le voulons pas, tout simplement.

Pour la troisième et dernière fois, je me suis régalée avec la plume de l’auteur polonais ; ses remarques fines ; ses personnages au cordeau ; sa Pologne qu’il nous donne envie de découvrir.

Cette fois-ci, la ville avec ses onze lacs ne lui plaît pas, mais c’est dit avec tellement d’humour, j’adore !

Sa fille adolescente est un personnage qui m’a plu, entre indépendance et amour pour son père.

L’auteur se penche dans cet opus sur les violences faites aux femmes. En pleine actualité à l’heure du rejet de la loi sur l’avortement dans ce pays.

Je ne le dirai jamais assez : un auteur à découvrir.

L’image que je retiendrai :

Celle du dernier dîner entre le procureur et sa fille au restaurant.

Sandrine est aussi déçue que moi que le série s’arrête ; Edyta l’a lu en VO avant nous….