Archives de catégorie : Auteurs en M

Un funambule sur le sable – GILLES MARCHAND

Quelle drôle d’idée de départ : naître avec un violon dans la tête ! Pauvre Stradi (surnom donné par ses camarades) qui va devoir apprivoiser cet instrument qui s’est imposé à lui.

Difficile de rester concentré en classe quand il faut maîtriser les sons du violon pour ne pas déranger les autres ; difficile de se rendre en classe certains jours après la piqure de l’infirmière sensée aider le violon à grandir en même temps que Stradi.

Petit à petit, le roman frôle l’onirique tout en étant bien ancrée dans notre réalité.

Et puis Stradi tombe amoureux : incompréhension des parents de la jeune fille, fuite, tentative de vie à deux avec une moitié de chien avant l’arrivée du bébé.

J’ai aimé également le personnage de Max qui lui boîte : leurs deux différences font naître une amitié hors du commun, même si au contraire de Stradi, la musique enferme Max.

J’ai aimé Lélie, jeune fille volontaire qui tire trop sur la corde. J’ai aimé Stradi qui se dépatouille comme il peut.

Merci, M. Marchand, j’ai aimé le monde que vous avez créé dans ce roman.

L’image que je retiendrai :

Celle de la vieille dame du premier qui s’inquiète pour ce jeune couple.

Aux forges de Vulcain, 24 août 2017, 353 pages

Les saisons de la nuit – Colum MCCANN

Nous suivons Nathan Walker, noir américain faisant partie d’une des équipes chargées de creuser un tunnel sous l’Hudson pour faire passer le métro. Sous terre, dans la vase, il n’y a que des travailleurs sans distinction de couleur de peau.

Nathan s’éprend d’une jeune femme blanche et rousse, fille d’émigrés irlandais. Difficile pour eux de trouver un logement.

Puis le travail se fait rare, leur fils aîné s’engage à la guerre, se marie, mais commet un acte violent et sera tué dans un état du Sud. Leurs deux filles s’en sortent mieux.

Nathan reste veuf avec sa belle fille et son petit-fils. Les temps sont durs, la belle fille devient alcoolique puis droguée. Le petit-fils, lui, est un équilibriste hors pair qui trouvera de l’embauche pour construire les gratte-ciels. Quelques temps.

Nous suivons ainsi 3 générations d’Américains à New-York, depuis le fond de l’Hudson jusqu’aux plus hauts buildings. La chute n’en sera que plus rude.

En parallèle de l’histoire de Nathan, nous suivons un SDF qui loge dans le métro, dont nous apprendrons l’identité par recoupement.

J’ai aimé le personnage de Nathan, un colosse, vrai force de la nature, et pourtant résigné devant les caprices du destin.

J’ai toutefois trouvé la fin un peu trop angélique.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’accident au fond du tunnel provoquant un geyser et catapultant 3 travailleurs à l’extérieur dans un jet d’eau tonitruant.

10/18, 2000, 321 pages

La Reine Noire – Pascal MARTIN

La Reine Noire, c’est la tour qui domine la ville de Chanterelle au si joli nom. Mais la Reine est morte : l’usine de sucre à ses pieds ne produit plus rien.

Deux de ses anciens enfants débarquent un jour, chamboulant l’équilibre précaire de la communauté.

J’ai aimé les personnages secondaires de ce roman, tous haut en couleur sans être caricaturaux.

J’ai découvert les oreilles indiscrètes et les lettres de délation toujours en vigueur dans le bourg.

J’ai aimé que le méchant ne soit pas celui que tout le monde désigne. J’ai aimé qu’il offre à la fille du bar l’envie de partir.

J’ai passé un très bel après-midi de lecture sous le regard de cette cheminée vestige d’un autre temps.

L’image que je retiendrai :

Celle des femmes de Chanterelle ayant pour la plupart tendance à devenir folle et à finir leur vie en HP.

Jigal Polar, 8 septembre 2017, 248 pages

Fournisseur officiel : Jigal Polar que je remercie pour l’envoi

Vil tentateur : Paul Maugendre

Le Presbytère – Ariane MONNIER

La quatrième de couverture m’avait prévenue : peu à peu, dans le récit familial aux apparences parfaites, des dissonances se glissent.

Je m’étais donc préparée à un secret de famille plus ou moins inavouable, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ce roman glauque qui ne dévoile jamais rien.

Les parents sont spéciaux et je leur aurai donné des claques : la mère qui passe son temps à se déguiser et à répéter des pièces de théâtre inventées par elle ; le père qui a des lubies plus ou moins saines et s’enferme des heures avec son clavier.

Puis apparaît le personnage de Tanguy, accueilli à bras ouverts. Mais il sera le seul dans cette famille. Bizarre.

Ensuite le couple d’amis bienveillants qui accueil le fils aîné de temps en temps au prétexte de lui faire faire de la musique. Pourquoi lui seul ?

Et puis il est souvent question de jeux, d’abord inoffensifs, puis franchement malsains.

Le style est sec mais lisible, ce n’est pas cela qui m’a dérangé. Car j’ai trouvé la première partie un peu gratuite.

La seconde partie du roman le fait enfin entrer dans la littérature avec la présence de l’eau. De belles images poétiques viennent en aide au déroulement de l’histoire.

Un premier roman dérangeant qui peine à démarrer. Mais on sent, au final, que l’auteure a su entrer en littérature et nous parler de notre vie moderne.

L’image que je retiendrai :

Celle du tilleul devant la maison baptisée par le père Le Presbytère, et qui cache le jardin.

JC Lattès, 23 août 2017, 272 pages

Comment rêvent les morts – Lydia MILLET

 Depuis son plus jeune âge, Thomas vénère le Dieu Dollar, les mécanismes implacables et la
beauté glaciale de la société capitaliste. Agent immobilier sans scrupules, il n’a d’autres horizons que l’enrichissement et l’accumulation. Jusqu’au jour où quelques événements successifs, une histoire d’amour avortée, un bouleversement familial, la mort d’un coyote vont provoquer chez lui une crise spirituelle sans précédent.

Peu à peu, il se met à nourrir une étrange obsession pour les zoos, les espèces en captivité, celles en voie de disparition.

Le propos de l’auteure est donc de nous montrer un monde réel à l’agonie, la protection nécessaire de l’environnement. C’est important, pour les américains, de prendre conscience que l’environnement est en danger.

Si j’ai pris plaisir à lire ce roman d’un jeune loup aux dents longues qui s’ouvre au Monde, je ne suis toutefois pas convaincu par le style de l’auteure. Et sa conclusion est bien plate.

L’image que je retiendrai :

Celle de la passion subite du héros pour les zoos (moi qui ai toujours détesté ça).

Le Cherche Midi, 6 octobre 2011, 290 pages

N’oublie rien en chemin – Anne-Sophie MOSZKOWICZ

Même pour la troisième génération, l’Occupation est toujours un sujet épidermique.

A la mort de sa grand-mère, Sandra se voit remettre par son père les cahiers de Moleskine dans lesquels Rivka a écrit sa vie : des petits riens de tous les jours, mais aussi les grands drames. Ainsi, sa petite-fille découvre que sa propre histoire d’amour est liée au passé douloureux de son aïeule. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise.

Même si j’ai passé un agréable moment à suivre Sandra à Paris sur les traces de son passé fou amoureux d’Alexandre, je dois dire que le style m’a quelque peu déranger : vouloir à tout prix faire rentrer trois adjectifs dans une phrase, parfois cela m’a usé.

Mais j’ai été tenue en haleine jusqu’au bout, et la révélation finale m’a plaisamment surprise.

L’image que je retiendrai :

Celle des escapades folles de Sandra et Alexandre.

Lu sur Liselotte

Je remercie NetGalley pour l’envoi de ce roman

L’abbaye blanche – Laurent MALOT

Premier polar de l’auteur, je découvre une écriture fluide et un humour ravageur.

L’action se déroule entre la Suisse et le Jura, dans ma région, au milieu des montagnes où se nichent de vieilles abbayes.

L’enquêteur est à fleur de peau mais peut compter sur une juge d’instruction qui a des relations et une journaliste avec toujours un coup d’avance. Sans oublier la dernière recrue de la brigade qui a beaucoup d’humour.

L’enquête est classique, même si elle mêle notables véreux, secte et affaire d’Etat. 

Une touche de suspens supplémentaire avec la femme de l’enquêteur qui a disparu sans laisser de trace, et qui ressemble fortement à une tueuse engagée par les méchants.

L’auteur m’avait prévenu dans sa dédicace : dans le Jura règne la manipulation…..

Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’explosion finale du bunker dans lequel sont retranchés les héros. Ça force le respect.

Bragelonne, 14 septembre 2016, 333 pages

Le Blues de La Harpie – Joe MENO

La Harpie est une petite ville de l’Illinois où Luce Lemay et Junior auraient pu couler des jours heureux après leurs sorties de prison. Ils y ont trouvé un job dans une station essence et un hébergement chez une vieille dame.

Si Junior a été incarcéré après avoir découpé une jeune fille en morceaux (la seule description n’est jamais gore), Luce l’a été pour avoir volé la caisse d’un débit de boissons et tué, dans sa fuite, le bébé Yacinth dans son landau.

Au fur et à mesure des pages, on sent Junior pas tout seul dans sa tête tandis que Luce essaye de maintenir la barre.

Mais il tombe amoureux, et ce sera pour lui le début de la fin.

J’ai aimé la présence des oiseaux, dans ce roman, même si ils ne vivent pas longtemps, ainsi que celle des images pieuses présentes ça et là dans la vie des personnages.

A lire le roman, on pourrait croire qu’il ne se passe rien dans ces petites villes, jusqu’à ce qu’éclate la violence, comme ça, sans prévenir.

Une lecture dont le Blues m’a bercé.

L’image que je retiendrai :

Celle de Junior chargé de composé le panneau publicitaire lumineux tous les jours et qui rajoute un poème de son cru.

Agullo, 26 janvier 2017, 308 pages

Sous le compost – Nicolas MALESKI

Ah, les joies d’être père au foyer : s’occuper de trois filles qui vont à l’école maternelle ; faire pousser ses légumes et s’occuper du jardin ; préparer le repas pour sa femme qui ne rentre pas avant 21h ; allez boire des coups au bistro avec les copains et faire, de temps en temps, du vélo avec eux….

Jusqu’au jour où arrive une lettre anonyme annonçant au narrateur que sa femme le trompe. Sa vie sexuelle devient alors débridée.

J’ai aimé lire les passages qui parlent du jardin, du potager et des récoltes ; moins ceux sur les parties de jambes en l’air.

Une petite intrigue en fin de roman, mais pas assez pour me faire oublier certaines longueurs.

L’image que je retiendrai :

Celle de la piscine d’eau froide de sa maîtresse dans laquelle plonge délicieusement le narrateur (et la maîtresse, et la piscine).

Fleuve éditions, 12 janvier 2017, 288 pages

Marx et la poupée – Maryam MADJIDI

La double culture, est-ce une chance ? L’auteure répond clairement non et nous décrit les difficultés, pour une enfant de 8 ans, d’être arrachée à sa terre natale pour la France dont elle ne connaît rien.

Tout n’était pas rose dans son pays : ses parents, fervents communistes, l’obligeaient à donner ses jouets à d’autres enfants. Des amis de ses parents, certains ont disparu dans les geôles du pouvoir.

Voulant s’intégrer en France, elle refuse de parler, de lire et d’écrire le persan. Mais un voyage en Iran pour retrouver sa famille bouleverse ses repères.

S’agit-il d’un roman ? Plutôt de fragments de vies mis parfois en poésie.

L’image que je retiendrai :

Celle des parents qui, avant de fuir en exil, enterrent dans le jardin les oeuvres de Marx et des grands penseurs communistes.

Le Nouvel Attila, 12 janvier 2017, 201 pages