Archives de catégorie : Auteurs en N

Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières – Barney NORRIS

5 voix, 5 vies, comme les 5 rivières qui viennent se jeter dans l’Avon à Salisbury.

J’ai aimé le préambule historique sur le site qui a vu naître la ville.

Puis chaque personnage du drame nous est dévoilé à travers le récit de cette journée spéciale. Chacun assiste à un accident de la route et nous les suivons avant, pendant et après le drame.

Les vies s’entremêlent, pleines de non-dits, d’amour inexprimé. Cela aurait pu être rebutant, mais sous la plume de l’auteur, c’est juste et beau.

Des fins de vie, des amours adolescentes, une dépression, mais toujours en point de mire la flèche de la cathédrale de Salisbury.

J’ai aimé ce rapport à la cathédrale et à la ville qu’a chaque personnage. J’ai aimé le fil invisible de ces 5 rivières se jetant dans le fleuve en des points distincts, mais pour un même but.

Une très belle après-midi de lecture.

L’image que je retiendrai :

Le titre français est vraiment trop moche, je lui préfère le titre originale : Five Rivers Met on a Wooded Plain.

Le Seuil, 17 août 2017, 304 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

Une partie rouge – Maggie NELSON

Ce récit de Maggie Nelson ne nous parle pas de n’importe quel crime : il s’agit celui de sa tante, et soeur de sa mère, Jane, survenu en 1969 dans le Michigan.

Alors que Maggie travaille sur un recueil de poésie autour de ce meurtre en 2004, elle apprend que l’enquête a été ré-ouverte et qu’un nouveau coupable est près d’être arrêté.

Au cours de ce récit, l’auteure nous parle de ses sentiments et de ses réflexions face à ce nouveau procès 40 ans après. Comment son enfance et celle de sa soeur ont été influencées par cet événement.

Mais elle revient aussi sur le décès de son père, arrivé de façon soudaine, alors que ses parents étaient séparés.

L’auteure s’interroge sur les fantômes qui peuplent sa vie, et nous amène à réfléchir sur notre propre psycho-généalogie, car nous ne sommes pas en mesure de changer ce qui a été fait.

J’ai aimé ce texte sans concession sur le crime et sur la propre vie de l’auteure.

L’image que je retiendrai :

Maggie Nelson ne met pas de photos dans son texte, mais nous décrit et commente quelques images projetées pendant le procès.

Editions du sous-sol, 17 août 2017, 224 pages

Les hamacs de carton – Colin NIEL

Premier roman de l’auteur publié il y a quelques années, je le découvre en format poche.

L’auteur situe son action en Guyane, à la fois sur les bords du fleuve Maroni et dans la capitale.

Plusieurs enquêtes pour homicides se déroulent en même temps, mais elles ont toutes un point commun.

J’ai aimé découvrir certains us et coutumes de tribus du fleuve, notamment celles autour de la mort et des cérémonies de deuil.

J’ai aimé découvrir les Noirs-marrons ; les liens avec le Suriname tout proche ; la culture en abattis-brûlis.

 

Un roman dense et touffu, à l’image de la forêt guyanaise.

L’image que je retiendrai :

Celle qui donne le titre au roman : les hamacs de carton.

Babel noir, 1er juin 2013, 378 pages

Les vivants et les morts – Nele NEUHAUS

lesvivnatsetlesmortsLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Au coeur de l’hiver, une vieille dame est tuée d’une balle dans la tête tandis qu’elle promène son chien dans un parc de la banlieue de Francfort. Trois jours plus tard, une autre femme est abattue avec la même arme à travers la fenêtre de sa cuisine, alors qu’elle est en pleins préparatifs de Noël.

L’officier de police judiciaire Pia Kirchhoff comprend qu’elle peut dire adieu à son voyage de noces en Equateur : son collègue Oliver von Bodenstein va avoir besoin d’elle. Les victimes n’avaient apparemment aucun ennemi. Pourquoi, alors, fallait-il qu’elles meurent ? Ont-elles été choisies au hasard ?

Lorsque d’autres morts surviennent, la peur se répand dans la population face à celui que la presse a déjà surnommé « le sniper du Taunus ». Pia et Oliver tentent désespérément de déterminer le mobile de celui qui s’est autoproclamé « le Juge ». En priant secrètement qu’il y en ait un, parce que rien n’est plus imprévisible qu’un homme qui tue sans discernement. Lorsque, aiguillés par les énigmatiques messages du meurtrier, les deux enquêteurs élargissent le champ de leurs investigations aux proches des victimes, ils mettent au jour une terrible tragédie humaine aux ramifications complexes.

Mon avis :

4e volet des enquêtes de Pia et Bodenstein, cette fois-ci avec un volet médical.

J’ai trouvé ce tome un peu trop délayé à mon goût. L’enquête n’avance pas (il faut dire que le coupable est retors et ne laisse aucune piste).

Les vies de Pia et Bodenstein en arrière-plan sont toujours aussi intéressantes.

Dans cet opus, l’auteure pose la question du don d’organes : les médecins se comportent-ils comme des vautours autour d’une proie ? Rien de bien rassurant…..

L’image que je retiendrai :

La soeur de Pia intervient dans ce volet, et se prend de passion pour la chef de sa soeur.

Méchant loup – Nele NEUHAUS

mechantloupLu sur Liselotte

Mon avis :

Le commissaire Oliver von Bodenstein et sa collègue Pia Kirchhoff sont confrontés à deux enquêtes à première vue fort différentes. La très jeune fille morte qu’on a repêchée dans le Main semble être tombée de la lune. Personne n’a signalé sa disparition et la police n’a aucune piste. Mais concernant Hanna Herzmann, la célèbre présentatrice d’une émission people sauvagement agressée, les pistes foisonnent, tant cette carriériste sans scrupule est détestée aussi bien par ses collègues de la télévision et les victimes de ses émissions que par son ancien mari et sa fille adolescente. Un homme fait vite figure de coupable idéal : un brillant avocat condamné pour le viol de sa fille. Bientôt, pourtant, un meurtre affreux rebat les cartes et relance l’enquête… Avec son intrigue surprenante, sa construction d’une précision horlogère et ses personnages inoubliables qui nous touchent parce qu’ils nous ressemblent, Méchant loup explore avec colère les noirceurs de la pédophilie.

Mon avis :

Je continue les aventures des enquêteurs de Francfort.

Cette fois-ci, c’est Pia qui est au coeur de la tourmente et qui va se trouver piéger par les méchants de l’histoire (lors de l’épisode précédent, c’était son collègue Bodenstein).

Dans ce quatrième opus, l’auteure explore les réseaux pédophiles qui gangrènent toutes les hautes sphères de la société de Francfort : petites lâchetés ou vraies perversions, tout un microcosme entretient le système vicieux qui fait des enfants des marchandises.

J’ai retrouvé dans ce volet, comme lors du précédent, des enfants découvrant un monde adulte décevant et menteur, à qui on ne peut jamais faire confiance. Triste constat de l’auteure….

Un autre ouvrage de l’auteure vient d’être traduit en français avec les mêmes enquêteurs, chic !

L’image que je retiendrai :

Celle de la fête d’anniversaire de Josef, le patriarche du clan âgé de 80 ans et qui se finit avec 2 morts et deux blessés sur l’estrade.

Vent de sang – Nele NEUHAUS

ventdesangLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Le premier mort s’appelle Grossmann. Meurtre ou accident, l’affaire serait banale si l’homme n’était pas le veilleur de nuit de la société WindPro qui s’apprête à construire sur le Taunus un parc d’éoliennes, projet combattu par une association de riverains. La confrontation est âpre et, lors d’une réunion consacrée au projet, une rixe éclate, provoquant la mort d’une femme. Le commissaire Oliver von Bodenstein, présent, est blessé. La situation ne cesse de s’envenimer et, bientôt, un deuxième meurtre est commis. Entravés par la duplicité de protagonistes prompts à dissimuler leurs motivations profondes derrière la commode façade de convictions éthiques ou morales, Bodenstein et Pia Kirchhoff doivent faire face au vent meurtrier qui semble s’être abattu sur la région du Taunus. Sur fond de débat autour de l’avenir du climat, Nele Neuhaus compose un roman policier d’une maîtrise remarquable. Des données trafiquées par les climatologues aux intérêts mercantiles d’hommes d’affaires sans scrupules, elle met en scène des personnages profondément ambigus dans une société en totale perte de repères.

Mon avis :

Ayant lu et apprécié les deux précédents ouvrages de l’auteure Flétrissure et Blanche Neige doit mourir, ce volume patientait depuis un moment dans ma liseuse, afin de suivre les destinées de deux enquêteurs de cette brigade de Francfort Pia et Bodenstein.

J’ai eu un peu de mal au début avec les personnages et l’action.

Dans ce roman, Jannis est un homme et Ricky une femme. L’action se déroule dans la banlieue de Franckford, mais également près de Berlin quelques années auparavant.

J’ai retrouvé avec plaisir les enquêteurs Pia et Bodenstein. Si Pia tente de sauver son second mariage, Bodenstein en revanche n’a pas digéré son divorce.

Tout le monde ment (sauf les enquêteurs) dans ce roman, ce qui rend difficile à suivre l’intrigue.

Mais l’auteure pose une question de fond : et si les climato-sceptiques avaient raison ?

L’image que je retiendrai :

Celle de la prairie que tout le monde convoite pour planter dessus des éoliennes.

Le fils – Jo NESBO

lefilsGallimard, 8 octobre 2015, 528 pages

Présentation de l’éditeur :

Sonny Lofthus est héroïnomane, mais c’est un prisonnier modèle. Endossant des crimes qu’il n’a pas commis pour expier le souvenir du suicide de son père, policier corrompu, il fait également figure de guérisseur mystique et recueille les confessions de ses codétenus. Un jour, l’une d’elles va tirer Sonny de sa quiétude opiacée. On lui aurait menti toute sa vie, la mort de son père n’aurait rien d’un suicide…

Il parvient alors à s’évader de prison et, tout en cherchant une forme de rédemption, va se livrer à une vengeance implacable. Errant dans les bas-fonds d’Oslo, en proie aux démons du ressentiment et du manque, il entend bien faire payer ceux qui ont trahi son père et détruit son existence. Quel qu’en soit le prix.

Mon avis :

Il faut quelques chapitres pour que s’installe l’intrigue et le personnages. Puis la quête du fils commence, et ce sera un carnage.

Malgré son parcours sanglant, le personnage du Fils est attachant, qui découvre l’amour.

La taupe, à l’origine du carnage, ne se devine pas un seul instant. Le mystère plane jusqu’à la toute fin. L’auteur maîtrise à la perfection les codes du genre.

Un roman noir à souhait, avec juste ce qu’il faut d’hémoglobine.

L’image que je retiendrai :

Celle du personnage du Fils, très christique, toujours calme et donnant l’absolution à qui le lui demande.

Surtension – Olivier NOREK

surtensionsMichel Lafon, 31 mars 2016

Présentation de l’éditeur :

Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels ? un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur ? se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ? 

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance… Olivier Norek pousse ses personnages jusqu’à leur point de rupture. Et lorsqu’on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons.

Mon avis :

Je retrouve avec plaisir toute l’équipe de Coste encore une fois sur le pied de guerre. Même si dans ce nouvel opus, tout ne se passe pas comme prévu.

D’abord, une longue ouverture qui se déroule en prison : nous y faisons la connaissance de quelques détenus que nous reverrons, ou pas. L’enquête ne démarre vraiment qu’au second tiers du livre.

Et puis Coste veut démissionner, il est là sans être là. Il prend la place de son supérieur puis retourne à son poste. Supérieur nouvellement arrivé qui est son pote puis avec qui il a une grave altercation. Bizarre. L’auteur en aurait-il assez de ses personnages ?

Si j’ai beaucoup aimé les deux premiers romans, je dois avouer que ce troisième mouvement m’a perturbé. Les rôles changent au sein de la brigade. Mais finalement, comme dans la vie, rien n’est jamais figé.

Un clin d’oeil à Maud Mayeras sympathique.

Un auteur qui nous dévoile le système de la prison française de l’intérieur avec des matons débordés, un psy impuissant et des règles internes entre détenus.

L’image que je retiendrai :

Celle du personnage d’Alexandra, jeune femme déterminée à sauver son petit frère. Mais un vrai cliché Corse d’après mon cher et tendre.

Je remercie les Editions Michel Lafon pour l’envoi de ce roman en avant-première, ainsi que l’auteur d’avoir mentionné mon modeste blog dans ses remerciements.

La part des flammes – Gaëlle NOHANT

partdesflammes

Heloïse d’Ormesson, 19 mars 2015, 492 pages

Présentation de l’éditeur :

4 mai 1897. Autour de l’épisode méconnu du tragique incendie du Bazar de la Charité, La Part des flammes mêle les destins de trois figures féminines rebelles de la fin du XIXe siècle : Sophie d’Alençon, duchesse charismatique qui officie dans les hôpitaux dédiés aux tuberculeux, Violaine de Raezal, comtesse devenue veuve trop tôt dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, et Constance d’Estingel, jeune femme tourmentée, prête à se sacrifier au nom de la foi.

Mon avis :

Ce roman nous plonge au coeur du 19e siècle et de sa société de classes aux codes inébranlables et qui fait la part belle aux hommes.

Il s’ouvre sur un drame qui n’a fait que des victimes féminines, ou presque (seuls 6 hommes en réchappent). Les personnages principaux sont des femmes qui prennent leur vie en main (ou essayent, pour le moins).

Il est question, bien sûr, de l’incendie du Bazar de la Charité, mais aussi des aliénistes, des communards, des partisans de la Monarchie, du vent frais qui vient d’Amérique et des ordres religieux féminins.

Un roman riche, écrit comme un roman-feuilleton du 19e siècle. Il est en cela dépaysant et passionnant.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’importance donnée aux cheveux et aux coiffures des différents personnages féminins du roman.

Illska – Eirikur Orn NORDDHAL

ilska

Editions Métaillié, 20 août 2015, 608 pages

Présentation de l’éditeur :

Événement dans l’histoire mondiale : Agnes et Omar se rencontrent par un dimanche matin glacial dans la queue des taxis au centre-ville de Reykjavik. Agnes rencontre aussi Arnor, un néonazi cultivé, pour sa thèse sur l’extrême droite contemporaine. Trois ans, un enfant et une crise de jalousie plus tard, Omar brûle entièrement leur maison et quitte le pays.

L’histoire commence en réalité bien avant, au cours de l’été 1941, quand les Einsatzgruppen, aidés par la population locale, massacrent tous les Juifs de la petite ville lituanienne de Jurbarkas. Deux arrière-grands-pères d’Agnes sont pris dans la tourmente – l’un d’eux tue l’autre-et, trois générations plus tard, Agnes est obsédée par le sujet.

lllska parle de l’Holocauste et d’amour, d’Islande et de Lituanie, d’Agnes qui se perd en elle-même, d’Agnes qui ne sait pas qui est le père de son enfant, d’Agnes qui aime Omar qui aime Agnes qui aime Arnor.

Mon avis :

coup-de-coeur

Quel roman que celui-là ; quelle plongée il nous propose dans le monde moderne et sa folie !

Il nous propose bien sûr une réflexion sur le racisme actuel ; sur les parties d’extrême droite en Europe et comment ils s’habillent de frais ; sur la révolution des casseroles en Islande ; sur le couple et la place de l’enfant.

Mais c’est aussi un roman sur la dérive d’un homme, Omar : hacker à la petite semaine, violeur par inadvertance, pyromane sur un coup de colère. Un homme qui doute de lui, toujours, tout le temps. Je me suis attachée à cet homme déboussolé et sans repère, si ce n’est son amour extraordinaire pour Agnes et son fils, lui pardonnant tout et se rendant lui-même sur les traces du passé de sa femme.

Mais c’est avant tout un roman sur le silence : celui qui ne dit pas les exécutions sommaires des Juifs en Lituanie ; celui des points de suspension dans les dialogues entre les personnages ; celui qui règne entre Omar et Agnes.

Une lecture qui m’a toutefois mise mal à l’aise dans les premières pages, mais dont j’ai aimé la construction, les différentes voix qui se chevauchent.

Et le personnage d’Arnor, si attachant, finalement. Le coeur sur la main, cet homme…..

Un grand roman !

L’image que je retiendrai :

Celle des pensées de Snorri depuis sa naissance jusqu’à la fin du roman : un bébé qui nous raconte son monde et ses avancées en grandissant.