Archives de catégorie : Auteurs en S

Hématomes – Romain SLOCOMBE

Depuis Monsieur le commandant, Romain Slocombe est un auteur que j’apprécie.

Une écriture maîtrisée, il peut décrire les pires atrocités et bassesses humaines, tout dans le feutré.

J’aime l’intelligence de sa plume et la finesse de son propos.

Même si les 9 nouvelles qui composent le recueil ne sont pas toutes de la même intensité, j’ai aimé les lire et me laisser guider par l’auteur, attendant toujours d’être surprise. Ce qui n’a pas manqué.

L’image que je retiendrai :

Celle de la jeune fille maquettiste croyant être poursuivie par Guy Georges, le tueur de l’est parisien.

Je remercie les Editions Belfond ainsi que NetGalley pour l’envoi de ce livre

Lu sur Liselotte

Chanson douce – Leïla SLIMANI

Pas de mystère, on sait dès les premières lignes que la nounou a tué les enfants. Reste à découvrir, au long des 180 pages comment et pourquoi le drame se met en place.

Un coup moderne parisien : monsieur n’a pas d’horaire et madame, qui recommence à travailler, privilégie sa carrière.

Et puis la nounou est efficace : elle récure tout du sol au plafond, mitonne des petits plats, et les enfants l’adorent.

Mais petit à petit, la nounou installe son emprise sur l’appartement. Le couple s’en rend compte, mais leur tranquillité d’esprit et leur confort de vie ont raison de leur méfiance.

Et puis, au fil des chapitres, on découvre le passé de la nounou, à peine brossé, mais très révélateur.

Le style est sec et sans fioritures, et la psychologie à peine esquissée. Je ne peux donc pas dire que ce Prix Goncourt me restera en mémoire pour sa langue et son histoire.

Néanmoins, j’ai passé un bon moment de lecture.

L’image que je retiendrai :

Celle des chaussures de la nounou, qu’elle astique consciencieusement.

Lu sur Liselotte

Le chat du rabbin Tomes 4 – 5 et 6 – Joann SFAR

Dargaud, de 2005 à 2015

Présentation de l’éditeur :

Tome 4 : Nous avions quitté le chat perplexe, à Paris, sous la pluie. Le voici de retour en Algérie, aux alentours d’Oran plus précisément. Là, il va passer quelques jours avec le Malka des lions, véritable légende vivante, mais légende qui vieillit et s’interroge sur le sens de la vie.

Tome 5 : Alors que Zlabya s’ennuie au côté de son époux, le rabbin reçoit une caisse contenant un peintre russe voulant parcourir l’Afrique pour retrouver la douzième tribu d’Israël. Cinquième tome du best seller de Joann Sfar, Jérusalem d’Afrique est un éblouissant voyage dans une Afrique sublimée, croisement improbable sur plus de 80 pages entre Tintin au Congo et les chefs-d’oeuvre d’Albert Cohen. Et en plus le chat reparle.

Tome 6 : Le Chat est désespéré : sa maîtresse, Zlabya, est enceinte… Que va-t-il se passer ? S’intéressera-t-elle encore à lui ? Pourra-t-il encore être caressé, pourra-t-il la voir quand il le voudra ? Quelle sera sa place ? Ne devrait-il pas partir et chercher une autre maison ?

Mon avis :

J’ai aimé le Tome 4, et les histoires du Malka des lions : quelle imagination !

J’ai moins goûté le tome 5 et la quête de la Jérusalem d’Afrique noire. Mais le clin d’oeil à Tintin m’a fait sourire.

Des trois, j’ai préféré le tome 6, plus philosophico-religieux, à l’image du premier tome.

L’image que je retiendrai :

Celle du chat et du mari de Zlabya, tout deux exclus lors de l’arrivée du bébé.

Le dimanche des mères – Graham SWIFT

Gallimard, 12 janvier 2017, 144 pages

Présentation de l’éditeur :

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche.

Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désoeuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie.

Mon avis :

Avec ce court roman, je découvre la plume de l’auteur. Une plume envoûtante, toute en redites, sachant créer une ambiance particulière pour décrire cette journée que l’on croirait estivale.

Oui, l’auteur  » dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la Première Guerre – les fils ont disparu, les voitures ont remplacé les chevaux, la domesticité s’est réduite… « .

Oui, l’auteur « célèbre le plaisir de la lecture et l’art de l’écriture. »

Mais ce roman restera avant tout pour moi le roman d’un amour interdit et secret, un attachement trop vite rompu par le décès de l’amant.

De très belles pages sur après l’amour, avant le départ de chacun, quand, dans le lit, on grappille encore un peu de la présence de l’autre.

Et puis Graham Swift pose une question : l’oeuvre d’un auteur ne tourne-t-il pas toujours autour du même acte fondateur, qu’il ne peut révéler ?

Un très beau roman que j’ai quitté à regrets.

L’image que je retiendrai :

Celle de la tâche sur les draps du lit de Paul, symbole de leur amour mais aussi de la condition de chacun.

Extermination des cloportes – Philippe SEGUR

Bouchet-Chastel, 3 janvier 2017, 285 pages

Présentation de l’éditeur :

En dehors de sa passion pour sa femme Betty, Don Dechine a un but dans la vie : écrire. Seulement voilà, pas facile d’écrire un roman fracassant quand on est prof de lycée et qu’après les avanies de la journée, il faut encore affronter un voisin pas content, les tracas de la copropriété, le harcèlement fiscal et les PV pour stationnement interdit. Rien de plus normal, pour se détendre, que de consacrer ses soirées à l’intégrale des six saisons des Soprano. Sauf que ça n’aide pas non plus à trouver la fortune et la gloire littéraire. Il y aurait bien une solution : tout plaquer pour aller vivre à la campagne. Comme l’explique Don Dechine, il n’y a que dans la nature qu’on peut valablement produire un chef-d’oeuvre. Armés d’une confiance et d’un humour à toute épreuve, Betty et lui vont donc se lancer dans la quête de la maison idéale, tenter de se débarrasser d’un appartement invendable et se perdre dans un monde inconnu et atroce : la jungle impitoyable de l’immobilier. Une sacrée aventure quand on est un futur génie de la littérature et qu’on se réveille un matin avec un cloporte dans l’oeil !

Mon avis :

J’aime bien procrastiner (le ménage peut attendre, et le repassage aussi, d’ailleurs, je ne le fais plus). Mais dans ce roman, le personnage principal a propulsé cette activité au rang de Grand Art.

Il échafaude pourtant des plans sur la comète pour enfin se mettre à écrire. Mais voilà : la réalité reprend le dessus, et puis Les Sopranos n’attendent pas.

J’ai trouvé ce roman plein d’humour et les situations bien vues.

Le personnage de Betty qui arrive toujours à ses fins tout en jouant les ingénues m’a plu ; sans oublier le voisin procédurier.

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture, malgré les cloportes dans l’oeil de Don.

L’image que je retiendrai :

Celle de leur salle de bain ravagée par un plombier pendant 3 semaines.

Je remercie Babelio et son opération Masse Critique, ainsi que les Editions bucher-chastel pour l’envoi de ce roman qui m’a fait passer un très bon moment.

L’arabe du futur 3 – Riad SATTOUF

Allary Editions, 6 octobre 2016, 160 pages

 

Présentation de l’éditeur :

Dans ce troisième tome (1985-1987), après avoir suivi son mari en Libye puis en Syrie, la mère de Riad ne supporte plus la vie au village de Ter Maaleh. Elle veut rentrer en France. L’enfant voit son père déchiré entre les aspirations de sa femme et le poids des traditions familiales…

Mon avis :

J’ai moins goûté ce tome de l’enfance du petit Riad. Certes, le Noël en Syrie ne se déroule pas pour tout le monde pareil, et la vie est chère, mais j’ai trouvé que les personnages évoluaient peu.

On découvre la corruption jusque dans les copies universitaires. Ce qui prévoit un avenir difficile pour le pays.

Heureusement, la dernière page annonce un sacré rebondissement.

L’image que je retiendrai :

Celle du Goldorak géant que Riad réclame à corps et à cris pour Noël puis pour sa circoncision.

Le chat du Rabbin – Tomes 1 ; 2 et 3 – Joann SFAR

Dargaud, 2003, 48 pages

Présentation de l’éditeur :

Au début, le chat du rabbin ne parle pas. Il est simplement libre comme un chat et ronronne dans les bras de la fille du rabbin, Zlabya, sa maîtresse adorée. Mais dans la maison du rabbin, il y a ce perroquet qui jacasse sans arrêt, et le chat le bouffe.

Maintenant, il peut parler, et il commence par mentir : le perroquet est allé faire une course, dit-il, la gueule pleine de plumes. Mentir, c’est mal. Le rabbin décide donc de remettre le chat dans le droit chemin et d’en faire un bon Juif. Moyennant quoi, le chat exige de faire sa bar-mitsva.

Têtu comme une bourrique et pas toujours avenant (bien que capable de tendresses renversantes), il a aussi avalé ce qui se fait de mieux en matière de raisonnement vicelard, thèse, antithèse, etc. Le résultat est une sorte de conte initiatique d’une grande beauté, où l’on apprend bien des choses sur l’usage de la parole, de la vérité et du mensonge. Une merveille de subtilité, d’émotion et d’ironie.

Mon avis :

Il n’est jamais trop tard, la preuve : je découvre enfin cette BD devenue un classique.

Le chat est plutôt rachitique, mais qu’est-ce qu’il est gonflé ! J’adore.

Son maître rebondi toujours lui aussi malgré quelques situations difficiles, et ne s’embarrasse pas forcément de la doctrine la plus pure.

J’ai aimé les préfaces écrites par des personnalités juives, certaines avec un goût de passé retrouvé.

J’enchaîne les trois premiers tomes, et j’ai déjà réservé les 3 suivants. Un chat et son rabbin passionnants.

L’image que je retiendrai :

La scène du restaurant parisien dans lequel le rabbin commande tous les plats qu’il n’a jamais pu manger.

Le chien arabe – Benoît SEVERAC

Manufacture de livre Editions, 18 mars 2016, 283 pages

Présentation de l’éditeur :

Sergïne Ollard est vétérinaire à Toulouse. Une adolescente désemparée, Samia, lui demande d’examiner un chien souffrant d’un mal mystérieux que son frère aîné, Nourredine Ben Arfa, cache dans une cave. Dans ce quartier gangrené par le trafic de drogue et travaillé par l’islamisme radical, la jeune vétérinaire va se trouver embarquée malgré elle dans un combat entre deux camps qui partagent la même culture de violence.

Le roman noir de la France d’aujourd’hui.

Mon avis :

Dans ce roman, les mules qui transportent de la drogue ne sont pas des hommes, mais des chiens. Ils passent aisément la frontière espagnole à pattes, et les trafiquants les récupèrent en France.

Dans ce roman, il est également question de Daesh et de l’endoctrinement de deux frères par l’imam de la cité.

Dans ce roman, nous sommes plongés dans une cité nord de Toulouse, loin du centre-ville rose.

Dans ce roman, il est question du mariage forcé d’une adolescente de 14 ans et de l’impuissance de ses amies.

Dans ce roman il est question de la brigade des stup qui s’acoquine avec le contre-terrorisme, au détriment des agents de terrain.

Dans ce roman, nous croisons les résidences ultra-sécurisées Monné-Decroix, comme une excroissance dans le paysage.

J’ai aimé la première moitié du roman, qui met en place le drame. moins la seconde qui délaye à loisirs l’action finale sur des dizaines de pages.

Un roman comme une photographie à l’instant T d’une cité comme il en existe des centaines en France.

L’image que je retiendrai :

Il ne faut pas donner de Doliprane à un chat : ça le fait mourir.

Just Kids – Patti SMITH

justkidsDenoël, 14 octobre 2010, 336 pages

Présentation de l’éditeur :

C’était l’été où Coltrane est mort, l’été de l’amour et des émeutes, l’été où une rencontre fortuite à Brooklyn a guidé deux jeunes gens sur la voie de l’art, de la ténacité et de l’apprentissage. Patti Smith deviendrait poète et performeuse, et Robert Mapplethorpe, au style très provocateur, se dirigerait vers la photographie.

Liés par une même innocence et un même enthousiasme, ils traversent la ville de Brooklyn à Coney Island, de la 42e Rue à la célèbre table ronde du Max’s Kansas City, où siège la cour d’Andy Warhol.

En 1969, le couple élit domicile au Chelsea Hotel et intègre bientôt une communauté de vedettes et d’inconnues, artistes influents de l’époque et marginaux hauts en couleur. C’est une époque d’intense lucidité, les univers de la poésie, du rock and roll, de l’art et du sexe explosent et s’entrechoquent. Immergés dans ce milieu, deux gamins font le pacte de toujours prendre soin l’un de l’autre. Romantiques, engagés dans leur pratique artistique, nourris de rêves et d’ambitions, ils se soutiennent et se donnent confiance pendant les années de vache maigre.

Just Kids commence comme une histoire d’amour et finit comme une élégie, brossant un inoubliable instantané du New York des années 60-70, de ses riches et de ses pauvres, de ses paumés et de ses provocateurs. Véritable conte, il retrace l’ascension de deux jeunes artistes, tel un prélude à leur réussite.

Mon avis :

J’ai lu cet été Mr Train, que j’avais apprécié. Il me fallait lire le premier livre de Patti Smith, dont je connais très peu la musique.

J’ai aimé lire ses jeunes années, son enfance et les débuts de sa relation avec Robert, à l’époque des collages et des poésies au débotté.

La période où leur carrière respective décollent m’a moins intéressée, citation de noms et de lieux inconnus de moi (quelle ignorance crasse…).

j’ai aimé lire la passion de Patti pour Robert, leur soutient mutuel.

J’ai été très étonnée de lire que des années plus tard, elle se souvenait encore des vêtements qu’elle portait, des aliments qu’elle a mangé. Et toujours sa passion pour le café, les dates anniversaires et les cimetières.

L’image que je retiendrai :

Celle des collages que réalisaient Robert et qui laissaient déjà imaginer l’étendu de son talent.

L’affaire Léon Sardoski – Romain SLOCOMBE

affaireleonsadorskiRobert Laffont, 25 août 2016, 512 pages

Présentation de l’éditeur :

Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les  » terroristes « .

Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police… De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Mon avis :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que chaque roman de Romain Slocombe est très très bien documenté.

Encore une fois, l’auteur s’intéresse à la période de l’Occupation allemande en France, et plus particulièrement de la collaboration.

Les Grandes Industries Françaises ont parfois collaborées, proposant leurs services, comme l’entreprise Photomaton, pour le fichage des Juifs, entre autre.

L’enquête policière n’est ici qu’un prétexte.

C’est parfois un peu long, un peu trop délayé, et j’ai lu certains passages en avance rapide.

J’ai toutefois découvert que certains responsables de la police française sont passés pour de courts séjours dans les prisons berlinoises. Mais certains en sont ressortis.

L’image que je retiendrai :

C’est le printemps à Paris, la sève ne monte pas que dans les arbres.