La fortune de Sila – Fabrice HUMBERT

Paris, juin 1995. Dans un grand restaurant, un serveur est violemment frappé par un client. Autour de lui, personne n’intervient. Ni le couple russe , ni la femme de l’homme en colère, ni les deux jeunes traders. Une simple anecdote ? Pas même un fait divers ?

De la chute du mur de Berlin à la crise financière de 2008, dans un monde façonné par l’argent, les destins croisés des acteurs de cette scène inaugurale tissent peu à peu une toile.

Et au centre de la toile, Sila, le serveur à terre, figure immobile autour de laquelle tout se meut.

J’ai aimé Simon capable de réciter du Rimbaud et qui se fait embaucher par une grande banque londonienne, et dont l’ami est un baratineur incapable de travailler.

J’ai aimé Lev qui se bat pour conserver son empire du pétrole en Russie car il ne sait faire que cela, tel le moujik éternel.

Mais Ruffle m’a donné des boutons, cet éternel adolescent qui ne sait que courir et rentrer dans les autres comme au football américain.

Sa femme m’a exaspéré : qu’est-ce qu’elle attendait ? Et en plus, elle provoque une catastrophe.

J’ai aimé que l’auteur pose dans ces pages la question du choix : a-t-on jamais le choix dans notre vie ? La question de la peur qui nous guide ou nous empêche d’agir.

J’ai aimé les images des arbres sensés monter jusqu’au ciel, omniprésents.

La fin est terrible, dans un carnage fou.

L’image que je retiendrai :

Celle de Sila courant vite, ce qui ne lui sauvera toutefois pas la vie.

Quelques citations :

« l’amitié de cet homme ne pouvait s’accomplir que dans la cruauté, parce que le vide de son être le condamnait à la destruction de ses proches. » (p.314)

« Il était heureux : il était vaincu. » (p.317)

Le Passage, 16 août 2010, 316 pages

18 commentaires sur “La fortune de Sila – Fabrice HUMBERT

  1. Il y a toujours quelque chose de violent dans les livres de cet auteur. il semblerait que ce soit aussi le cas pour celui-ci, non? Le fait de ne pas intervenir durant un acte d’agression est quelque chose sur lequel je m’étais penché durant mes études : j’avais eu là dessus des cours très intéressants mais qui font froid dans le dos…
    Daphné

    1. Tu as raison, je ne les ai pas tous lu, mais l’auteur se pose sans cesse la question, même dans son dernier.

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