Archives par étiquette : 1914-1918

La danse des vivants – Antoine RAULT

Lu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Eté 1918. Dans un hôpital militaire, un jeune homme se réveille amnésique. Il a tout oublié de son passé, jusqu’à son nom, mais parle aussi bien le français que l’allemand. Les services secrets français voient en lui l’espion idéal. Ils lui donnent l’identité d’un mort allemand. Mais peut-on être un autre quand pour soi-même on est personne ?

Grande fresque historique et roman d’aventures captivant, où personnages imaginaires et réels se côtoient, La danse des vivants nous entraîne dans une épopée à travers l’Allemagne de Weimar. C’est toute l’Europe de l’entre-deux-guerres déchirée par la violence des nationalismes et des idéologies que nous dépeint l’auteur à travers ce héros sans mémoire. De surprises en surprises, une réflexion sur l’identité et le destin de l’homme emporté et bouleversé par la marche de l’Histoire.

Mon avis :

J’ai aimé suivre ce héros sans mémoire : qui est-il ? Il ne le saura jamais, le lecteur, si.

Comment va-t-il gérer cette double identité d’espion ? Ne va-t-il pas se dévoiler malgré lui ?

J’ai aimé également suivre l’après-guerre du côté français et allemand : la façon dont les hommes politiques ont géré la victoire ou la défaite vis-à-vis de l’opinion publique.

J’ai ainsi appris que les soldats allemands, après la démobilisation, sont partis directement se battre dans la Baltique contre les Bolchéviques.

On découvre Clemenceau dans ses tractations. Un roman riche historiquement et qui pose la question de la fin de la guerre et de l’identité.

L’image que je retiendrai :

Celle du traitement à l’électricité que subit Charles, censé faire retrouver la mémoire. Une torture avant l’heure (serions-nous, nous français, les spécialistes de la torture à l’électricité ?…..)

L’odeur de la forêt – Hélène GESTERN

lodeurdelaforetArléa Editions, 25 août 2016, 700 pages

Présentation de l’éditeur :

Une correspondance incomplète, des clichés clandestins, un journal codé, voilà les premières cartes du jeu de patience que va mener Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, et qui l’emmènera bien plus loin qu’elle ne le pensait.

Car L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre – la Première puis la Seconde Guerre mondiale -, le temps et le silence. Mais ce roman ample, prolifique, multiple, célèbre aussi et surtout la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

Mon avis :

Un pavé, du papier fin, des descriptions sur les petits riens qui font la vie, ce roman demande du temps pour le lire.

L’auteure mêle habillement l’histoire de son personnage principal Elisabeth (ses peines, ses amours) avec l’Histoire (celle des poilus).

Bien sûr, il est question d’amours : Elisabeth est veuve mais ne sait pas où est enterré son aimé à cause de son ex-femme ; le triangle amoureux de 1914 n’est pas celui que l’on croit ; un amour rejeté conduit Tamara à sa déportation.

Le personnage principal tente de redonner vie à un poète disparu ; l’auteure du roman redonne vie à Tamara, sous un autre nom (l’auteure l’explique en fin de volume).

Il est également question de la Guerre des Tranchées, racontée par le photographe et ami du poète depuis le front.

Il est question de l’Honneur rendu à des Poilus accusés à tord.

Il est question de legs qui enchantent ou plombent nos vies.

L’image que je retiendrai :

Celle de la forêt en bordure de la maison d’Elisabeth pleine de pièges à loups.

Une citation :

« Pour un nom dont on se souviendra, pour une Tamara Isserlis rescapée de l’oubli, combien d’autres, perdus à jamais ? Ce livres est né du désir de tresser des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. De raconter le devenir de leurs traces, qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants. »

Le garçon – Marcus MALTE

legarconZulma, 18 août 2016, 544 pages

Prix Femina 2016

Présentation de l’éditeur :

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.

Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, tout à la fois soeur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubre-sauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Mon avis :

L’auteur aura lui aussi écrit son grand roman sur la guerre de 14…

Le style est sec, plein d’accumulations, au point que je me suis demandée si l’auteur n’avait pas tenté d’écrire le monde dans son roman. (Autant vous dire que j’ai passé ces accumulations en avance rapide).

Les pages d’amour entre Emma et Le garçon sont magnifiques.

Ce dernier passe de la nature à l’agriculture puis à l’âge du fer sans jamais émettre une pensée, une idée. C’est ce qui m’a manqué dans ce roman : le point de vue du personnage principal. Il passe dans la vie comme dans le roman. Jamais il ne devient homme, malgré les nouveaux habits et son corps qui grandit.

Cela reste toutefois un roman plein de musique et de références littéraires.

L’image que je retiendrai :

Celle de la machette du garçon, prise sur un tirailleur africain. Arme qu’il fait sienne pour égorger l’ennemi.

Au-revoir là-haut – Christian DE METTER et Pierre LEMAITRE

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Rue de Sèvres, 3 octobre 2015, 168 pages

Présentation de l’éditeur :

1919. Au sortir de la guerre, la société française peine à ménager une place aux anciens poilus devenus encombrants et les trafics les moins glorieux y vont bon train. Albert Maillard, modeste comptable, qui a sauvé la vie d’Édouard Péricourt, jeune fils de bonne famille, juste avant la fin des combats, tente de les faire vivre de retour à Paris. Édouard, défiguré, refuse de reprendre contact avec les siens et imagine une gigantesque arnaque à la nation pour tenter de renouer avec une vie, ailleurs.

Mon avis :

Philippe DE METTER a magnifiquement mis en images le texte de Pierre LEMAITRE.

Comme Philippe TORRETON, auteur de la préface, j’ai retrouvé les personnages tels que je me les imaginais, mais aussi l’ambiance du livre.

Un roman, et maintenant une bande-dessinée sur l’après-guerre et les gueules cassées.

Merci Messieurs.

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Cris – Laurent GAUDE

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Le livre de poche, 19 octobre 2005, 181 pages

Résumé de l’éditeur :

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front,  » l’homme-cochon « . A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement. Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.

Mon avis :

Après nombres d’essais infructueux, je dois avouer que Laurent Gaudé n’est pas mon écrivain préféré. Mais il s’agit ici d’un texte court, qui sait.

Avec ce roman, je fus heureusement surprise. Pour une fois, ses phrases avec trop de mots (c’est ce que je lui reproche) sont au service de ce texte fort qui nous emmène dans les tranchées de 14-18, vous savez, la Boucherie.

L’auteur propulse littéralement son lecteur au coeur de la Grande Guerre, mais aussi à l’Arrière où personne ne veut rien entendre.

Une immersion dans le bruit, la fureur et la folie des hommes.

L’image que je retiendrai :

Celle de ces hommes devenus fous à force de bruits, de cris, de mort, de saleté et de crasse, d’absurdité, aussi.