Archives par étiquette : Algérie

Un loup pour l’homme – Brigitte GIRAUD

Nous ne découvrirons qu’à la fin du roman pourquoi l’animal est important dans cette histoire. En attendant, l’auteure nous parle d’un autre loup pour l’homme : lui-même.

Le récit lieu pendant les Evénement d’Algérie (ah, ah, ah). Nous suivons Antoine, jeune appelé qui choisi de devenir infirmier, et sa femme Lila tout juste enceinte qui choisi de le rejoindre à Sidi-Bel-Abbès avant la naissance de leur enfant.

A l’hôpital où il travaille, Antoine se prend d’amitié pour Oscar, appelé amputé d’une jambe qui ne parle pas.

J’ai aimé découvrir les paysages algériens si beaux sous la plume de Brigitte GIRAUD. Mais aussi les récits auvergnats qu’Antoine fait à Oscar et l’omniprésence du genêt.

J’ai aimé la guerre telle que décrite par l’auteure : les corps qu’Antoine soignent ; les appelés et jamais les militaires, la torture qui fait son apparition sans jamais être nommée.

J’ai aimé l’innocence de Lila qui ne comprend rien à ce conflit, se liant d’amitié avec sa femme de ménage.

Enfin, j’ai aimé la fable du loup finale.

Merci, Mme GIRAUD, l’Algérie est si belle dans votre roman, et les hommes si humains et perdus.

L’image que je retiendrai :

Celle d’Antoine luttant contre les cafards à son arrivée à l’hôpital, sorte de rite de passage. Il doit faire soigner son dos par un camarade.

Flammarion, 23 août 2017, 245 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

Nos richesses – Kaouther ADIMI

L’Algérie, ce n’est pas seulement le bleu et le blanc, ce ne sont pas seulement les Evénements. C’est aussi la soif d’entreprendre des hommes, et notamment d’Edmond Charlot, libraire et éditeur passionné.

Depuis le pas de porte de sa petite librairie, sont entrés des auteurs majeurs : Camus, bien sûr, mais aussi Roblès et Saint-Exupéry.

En parallèle, nous suivons Ryad, jeune homme venu dans cette même librairie de nos jours pour la liquider et permettre l’installation d’un magasin de beignets.

J’ai aimé suivre Ryad qui découvre en même temps que moi la société algéroise de ce quartier : tout le monde se ligue pour ne pas lui vendre de peinture ; l’école refuse les livres qu’il veut lui donner.

J’ai aimé découvrir le personnage d’Edmond Charlot qui s’est engagé dans une entreprise trop grande pour lui.

En refermant le roman, je me suis demandé où sont nos vraies richesses de nos jours.

L’image que je retiendrai :

Celle des caisses laissées devant la librairie pour que chacun se serve en livres. Le lendemain, il y a toujours les livres, mais plus de caisse.

Le Seuil, 17 août 2017, 224 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

Jacob, Jacob – Valérie ZENATTI

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Points, 14 janvier 2016, 182 pages

Présentation de l’éditeur :

Jacob, jeune Juif de Constantine, est la fierté de sa mère Rachel. Par son sourire, ses chants, sa générosité, lui seul apporte de la gaîté au sein de la famille Melki, où trop souvent résonne la fureur du père.

Mais Jacob est enrôlé en juin 1944. Comme lui, des juifs et des musulmans se battent sur le sol français pour libérer un pays qui n’est pas toujours juste envers eux. La famille de Jacob attend son retour avec impatience. Mais la nouvelle de la mort du jeune homme ouvrira une blessure impossible à refermer.

Mon avis :

Le récit s’ouvre sur un jeune homme sur le pont de Sidi M’cid à Constantine en Algérie. (J’ai regardé les photos sur Googel, c’est impressionnant et magnifique !). Ce pont reviendra souvent dans la narration, trait d’union de la ville et trait d’union entre la narratrice et Jacob.

J’ai aimé découvrir cette famille si particulière de Juifs d’Algérie, fidèle à ses traditions et à ses petits rituels.

J’ai aimé suivre Jacob dans son combat en terre de France contre les Allemands, sa découverte de l’amour avec Louise-Léa, ses compagnons de route.

Un livre à la mémoire d’un soldat africain qui n’est jamais revenu de loin.

L’image que je retiendrai :

Celle des beignets que fait Rachel, qu’elle trempe ensuite dans le sirop, et dont Jacob raffole.

Les prépondérants – Hédi KADDOUR

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Grand Prix du roman de l’Académie française 2015

Gallimard, 20 août 2015, 464 pages

Présentation de l’éditeur :

Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance. Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs.

Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.

Mon avis :

Algérie, 1920 : ses colons français, ses algériens d’origine avec leurs us et coutumes encore très ancrées. Et puis au milieu, le jeune Raouf à l’esprit communiste, voulant changer les esprits et les façons de penser la gouvernance du pays.

Mais entrer dans ce roman, c’est aussi plonger dans une langue et un rythme : celui du récit à la limite de l’oralité du conte.

Les chapitres alternent les histoires, celle de Raouf ou celle de sa cousine Rania ; celle du procès à Hollywood ou celle du pauvre commerçant qui a voulu se jouer du fils de Si Ahmed.

Un roman qui nous plonge dans une Algérie entre deux guerres, et dont certains de ses enfants commencent à s’éveiller politiquement. Mais les Prépondérants sont encore trop puissants dans le pays.

J’aurais aimé toutefois suivre plus longtemps le personnage de Rania, veuve qui n’en fait qu’à sa tête en se retirant dans une des propriété de son père pour vivre sa vie comme elle l’entend ; mais qui respecte toutefois les coutumes et le quand-dira-t-on.

L’image que je retiendrai :

Celle du combat de deux chameaux pour la saillie d’une chamelle, et qui donne lieu à des paris.

Meursault, contre-enquête – Kamel DAOUD

 Meursault

Lu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Cet homme qui soliloque dans un bar, nuit après nuit, c est le frère de l’Arabe tué par un certain Meursault dans un célèbre roman du XXe siècle.

Soixante-dix ans après les faits, rage et frustration inentamées, le vieillard rend un nom au mort et donne chair à cette figure niée de la littérature : l’Arabe.

Mon avis :
Bien sur, tout le monde connaît le propos de ce livre : donner un prénom à L’Arabe du célèbre roman d’Albert Camus L’étranger.
Ce n’est bien sûr qu’un prétexte pour l’écrivain pour nous parler de son pays et de son problème d’identité après ce qu’il nomme L’Independance.
Mais ce que j’ai aimé, dans cette lecture, c’est me laisser porter par la langue de l’auteur, celle qu’adopte le narrateur en racontant son histoire et celle de son frère le soir, au bar. Le dernier à servir du vin dans le pays.
Plus qu’une contre-enquête, c’est à une recherche à laquelle nous assistons.
L’image que je retiendrai : 
Celle de l’omniprésence de la référence à 2 heures de la journée, l’après-midi ou la nuit.
Quelques citations :
« Quelqu’un m’a dit récemment que les livres qui se vendaient le mieux dans ce pays étaient les livres de cuisine. Moi je sais pourquoi. Alors que M’ma et moi ont se réveillait de notre drame, titubant et enfin apaisés peut-être, le reste du pays mangeait, à pleine bouche, la terre et le reste du ciel et les maisons et les poteaux et le oiseaux et les espèces sans défense. » (p.83)
« C’est une nationalité, « Arabe », dis-moi ? Il est où, ce pays que tous proclament comme leur ventre, leurs entrailles, mais qui ne se trouve nulle part ? » (p.113)