Archives par étiquette : amour

Vera – Karl GEARY

Un amour qui aurait dû être impossible entre un jeune homme et une femme mûre.

Entre un jeune homme pauvre qui compte chaque penny et une femme de la bourgeoisie.

Entre un jeune homme à l’avenir devant lui et une femme cloîtrée dans son passé tragique.

J’ai aimé que Sonny découvre la littérature chez Vera par hasard. Qu’il se rende au Musée parce qu’elle y travaillait.

J’ai moins aimé les trop longues descriptions des silences familiaux.

J’ai aimé les pages d’amour entre Sonny et Vera.

Toutefois, j’ai vraiment regretté que cette histoire d’amour centrale dans le roman ne commence réellement qu’au 3/4 du livre. Même si il faut mettre le cadre en place, j’ai trouvé cette exposition trop longue.

Et puis le style ne m’a pas permis de rentrer pleinement dans le roman : l’auteur utilise le « tu » pour parler de Sonny. Et cela a plutôt joué comme un repoussoir.

L’image que je retiendrai :

Celle de Sharron, l’amie de Sonny qu’il retrouve tous les jours assise sur sa pierre préférée.

Rivages, 30 août 2017, 276 pages

Les avis plus enthousiastes de Léa Touch Book et Cannibales Lecteurs

Un funambule sur le sable – GILLES MARCHAND

Quelle drôle d’idée de départ : naître avec un violon dans la tête ! Pauvre Stradi (surnom donné par ses camarades) qui va devoir apprivoiser cet instrument qui s’est imposé à lui.

Difficile de rester concentré en classe quand il faut maîtriser les sons du violon pour ne pas déranger les autres ; difficile de se rendre en classe certains jours après la piqure de l’infirmière sensée aider le violon à grandir en même temps que Stradi.

Petit à petit, le roman frôle l’onirique tout en étant bien ancrée dans notre réalité.

Et puis Stradi tombe amoureux : incompréhension des parents de la jeune fille, fuite, tentative de vie à deux avec une moitié de chien avant l’arrivée du bébé.

J’ai aimé également le personnage de Max qui lui boîte : leurs deux différences font naître une amitié hors du commun, même si au contraire de Stradi, la musique enferme Max.

J’ai aimé Lélie, jeune fille volontaire qui tire trop sur la corde. J’ai aimé Stradi qui se dépatouille comme il peut.

Merci, M. Marchand, j’ai aimé le monde que vous avez créé dans ce roman.

L’image que je retiendrai :

Celle de la vieille dame du premier qui s’inquiète pour ce jeune couple.

Aux forges de Vulcain, 24 août 2017, 353 pages

Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières – Barney NORRIS

5 voix, 5 vies, comme les 5 rivières qui viennent se jeter dans l’Avon à Salisbury.

J’ai aimé le préambule historique sur le site qui a vu naître la ville.

Puis chaque personnage du drame nous est dévoilé à travers le récit de cette journée spéciale. Chacun assiste à un accident de la route et nous les suivons avant, pendant et après le drame.

Les vies s’entremêlent, pleines de non-dits, d’amour inexprimé. Cela aurait pu être rebutant, mais sous la plume de l’auteur, c’est juste et beau.

Des fins de vie, des amours adolescentes, une dépression, mais toujours en point de mire la flèche de la cathédrale de Salisbury.

J’ai aimé ce rapport à la cathédrale et à la ville qu’a chaque personnage. J’ai aimé le fil invisible de ces 5 rivières se jetant dans le fleuve en des points distincts, mais pour un même but.

Une très belle après-midi de lecture.

L’image que je retiendrai :

Le titre français est vraiment trop moche, je lui préfère le titre originale : Five Rivers Met on a Wooded Plain.

Le Seuil, 17 août 2017, 304 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

Un été à quatre mains – Gaëlle JOSSE

L’espace d’un été, nous suivons Schubert en résidence dans une la maison de campagne d’un aristocrate autrichien avec sa femme et ses deux filles.

Le compositeur se sent proche de la cadette, Caroline, dite Cardine qui, comme lui, préfère la musique à la société de son temps.

Pourtant, leur amour est impossible.

Je retrouve la belle prose de Gaëlle Josse qui m’avait ravi dans Les heures silencieuses.

Une courte lecture qui se déguste avant les mauvais jours et le retour de l’automne.

L’image que je retiendrai :

Celle de la couleur verte, celle de la malchance pour le compositeur, que pourtant porte régulièrement Caroline.

Ateliers Henry Dougier, 23 mars 2017, 87 pages

« Arrête avec tes mensonges » – Philippe BESSON

Les rabâchages des mamans ont du bon : il ne faut pas se mentir, et surtout à soi-même.

Le narrateur (l’auteur ?) nous raconte son Grand Amour de jeunesse, Thomas. Thomas qui ne veut pas avouer ni s’avouer qu’il préfère les garçons. C’est un taiseux, Thomas, issu d’une famille d’agriculteurs, et dont la maman est espagnole.

Mais Thomas est tombé amoureux du narrateur et, le temps d’une petite année scolaire, ils se rencontrent en cachette.

Presque 20 ans plus tard, le narrateur découvre, par l’entremise du fils de Thomas, que ce dernier ne l’a pas oublié. Au hasard d’une rencontre, le fils comprend qui est son père. Ce qui n’empêchera pas sa fin tragique.

Ce livre m’a ému : cet amour adolescent si fort ; le poids du secret ; les deux vies si dissemblables.

L’auteur et sa maman ont raison : il faut arrêter avec nos mensonges, ce serait sinon trop tragique.

L’image que je retiendrai :

Celle des deux amants à l’abri de la pluie discutant en attendant une accalmie.

Julliard, 5 janvier 2017, 198 pages

N’oublie rien en chemin – Anne-Sophie MOSZKOWICZ

Même pour la troisième génération, l’Occupation est toujours un sujet épidermique.

A la mort de sa grand-mère, Sandra se voit remettre par son père les cahiers de Moleskine dans lesquels Rivka a écrit sa vie : des petits riens de tous les jours, mais aussi les grands drames. Ainsi, sa petite-fille découvre que sa propre histoire d’amour est liée au passé douloureux de son aïeule. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise.

Même si j’ai passé un agréable moment à suivre Sandra à Paris sur les traces de son passé fou amoureux d’Alexandre, je dois dire que le style m’a quelque peu déranger : vouloir à tout prix faire rentrer trois adjectifs dans une phrase, parfois cela m’a usé.

Mais j’ai été tenue en haleine jusqu’au bout, et la révélation finale m’a plaisamment surprise.

L’image que je retiendrai :

Celle des escapades folles de Sandra et Alexandre.

Lu sur Liselotte

Je remercie NetGalley pour l’envoi de ce roman

Le retour de Jules – Didier Van CAUWELAERT

Où l’on retrouve Jules qui, encore une fois, fait des siennes : il a agressé le petit fils d’une vieille dame riche et épileptique et est menacé d’euthanasie.

Je ne vous décrirais pas tous les rebondissements du roman, je vous laisse le plaisir de les découvrir.

L’auteur a le pouvoir de transformer deux chiens en personnages romanesques capables de raison et d’émotions. Et, même si je n’aime pas particulièrement les chiens, je dois avouer que Jules me plait bien.

Encore une fois, j’ai passé un très bon moment de lecture en compagnie de tous ces personnages, des rebondissements du récit et de l’humour incomparable de l’auteur.

L’auteur fait, de plus, œuvre utile en mettant en lumière l’apport des chiens dans le traitement de l’épilepsie.

L’image que je retiendrai :

Celle de Jules allant se coucher dans le panier de sa belle.

Albin Michel, 3 mai 2017, 167 pages

Je remercie Gilles Paris pour l’envoi de ce roman en avant première.

Au bonheur des dames – Emile ZOLA

Une histoire d’amour au milieu des chiffons. Je sais, c’est un peu raide comme résumé, mais vous connaissez mon esprit de synthèse.

J’ai découvert tous les tissus possibles et imaginables, nous qui ne nous vêtons plus que de jeans et de coton (un peu de soie encore, parfois, en cas de mal de gorge).

Mais oui, Emile Zola a un talent incomparable pour nous décrire l’emprise des Grands Magasins et la destruction du petit commerce ; les coups marketing avant l’heure et la taylorisation du travail des vendeuses/eurs.

Les descriptions sont parfois un peu longues, mais rien de tel pour faire vivre Le Bonheur des Dames, qui devient un personnage à part entière.

Denise, le personnage principal, m’a un peu agacée, au début. Fraîchement débarquée de Valognes (c’est où ça ? C’est beau, mais c’est loin…), elle est un peu cruche au milieu du rayon et en amour.

J’ai préféré le personnage de Mme Aurélie, la première du rayon, et son fils qui n’en fait qu’à sa tête.

Sans oublier les bourgeoises qui volent de la dentelle pour le plaisir du frisson.

Mais M. Zola démontre avec brio que ce Bonheur des Dames n’est qu’une nouvelle forme d’emprisonnement des femmes :

« Alors, plus haut que les faits déjà donnés, au sommet, apparut l’exploitation de la femme » (p.70)

« Il ne pensait qu’à elle, cherchait sans relâche à imaginer des séductions plus grandes, et, derrière elle, quand il lui avait vidé la poche et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de faire la bêtise de se donner. » (p.70)

« Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu’elle finit fatalement par aller au bruit. » (p.214)

Bref, je ne regarderai plus les tissus avec le même oeil maintenant.

L’image que je retiendrai :

Celle des rouleaux de tissus empilés dans la cave et par terre, formant des montages.

Lu sur Liselotte

La chair – Rosa MONTERO

Encore une fois, Rosa Montero nous parle d’amour.

Son personnage principal, Soledad, est, dans ce roman, une sexagénaire fraîchement séparée de son compagnon, par ailleurs mari adultère. Pour tenter de se venger, elle fait appel à un escort.

S’installe entre eux une relation charnelle non tarifée.

Au même moment, Soledad se voit confier une exposition sur les écrivains maudits. L’occasion pour le lecteur de découvrir une palette d’auteurs damnés (dont Anne Perry, ce que je ne savais pas).

Nous découvrons également l’enfance si particulière de Soledad en compagnie de sa jumelle Dolores : la maman avait le sens de l’humour. Mais Dolores, souffrant d’une maladie mentale, est enfermée.

Un roman riche et puissant sur l’amour sororal, l’amour passion qui se termine, l’amour-amitié.

L’image que je retiendrai :

Celle de Soledad enfermée dans sa douche et croyant sa dernière heure arrivée.

Métailié, 12 janvier 2017, 196 pages

Le dimanche des mères – Graham SWIFT

Gallimard, 12 janvier 2017, 144 pages

Présentation de l’éditeur :

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche.

Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désoeuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie.

Mon avis :

Avec ce court roman, je découvre la plume de l’auteur. Une plume envoûtante, toute en redites, sachant créer une ambiance particulière pour décrire cette journée que l’on croirait estivale.

Oui, l’auteur  » dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la Première Guerre – les fils ont disparu, les voitures ont remplacé les chevaux, la domesticité s’est réduite… « .

Oui, l’auteur « célèbre le plaisir de la lecture et l’art de l’écriture. »

Mais ce roman restera avant tout pour moi le roman d’un amour interdit et secret, un attachement trop vite rompu par le décès de l’amant.

De très belles pages sur après l’amour, avant le départ de chacun, quand, dans le lit, on grappille encore un peu de la présence de l’autre.

Et puis Graham Swift pose une question : l’oeuvre d’un auteur ne tourne-t-il pas toujours autour du même acte fondateur, qu’il ne peut révéler ?

Un très beau roman que j’ai quitté à regrets.

L’image que je retiendrai :

Celle de la tâche sur les draps du lit de Paul, symbole de leur amour mais aussi de la condition de chacun.