Archives par étiquette : décès

La part des anges – Laurent BENEGUI

Pendant une journée, nous suivons Maxime, qui se rend au Pays Basque pour les funérailles de sa mère. Son décès soudain l’a pris au dépourvu, et nous le voyons se débattre avec les Pompes Funèbres locales (grands moments de situations cocasses).

En parallèle du récit, la mère décédée de Maxime, Murielle, parle au lecteur pour nous expliquer la situation et son ressenti, mais aussi ce qu’elle attend que son fils fasse qu’elle n’a pas eu le temps de faire de son vivant.

J’ai aimé suivre Maxime dans le marché que sa mère adorait, au milieu des étales, des senteurs et des saveurs du Pays Basque.

J’ai aimé que le personnage principal ai un rapport décomplexé avec la mort et le corps et les cendres de sa mère.

J’ai aimé que cette journée d’enterrement soit une ode à la vie.

L’image que je retiendrai :

Celle de la généalogie du cafetier affichée dans les toilettes des hommes.

Juilliard, 7 septembre 2017, 198 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

Fils du feu – Guy BOLEY

Grasset, 24 août 2016, 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ?

Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.

Mon avis :

J’ai trouvé que ce roman commençait poussivement : trop de comparaisons à des légendes, des dieux, des grands hommes.

Et puis vient l’épisode de la mort des grenouilles, et là, le texte prend son envol pour nous conter une perte douloureuse.

Un récit magnifique et touchant sur le deuil et notre rapport à la mort.

Car même si l’homme a domestiqué le feu, il n’a jamais réussi à domestiquer la mort.

L’image que je retiendrai :

Celle du linge lavé à la main, étendu sur des fils, et qui est inlassablement souillé par les vents noirs.

Une citation :

« La force de forger des armures pour protéger l’adulte, ce roitelet débonnaire sommeillant sous l’enfance.« 

Roland est mort – Nicolas ROBIN

rolandest mortEditions Anne Carrière, 17 mars 2016, 182 pages

Présentation de l’éditeur :

Roland est mort. Les sapeurs-pompiers l’ont retrouvé la tête dans la gamelle du chien. Ils viennent enlever le corps et se débarrassent du caniche en le confiant à son voisin de palier, un homme proche de la quarantaine, au chômage, très seul. Roland est mort depuis une semaine. Son voisin ne le connaissait pas vraiment, mais il aurait dû s’en douter : il n’entendait plus les chansons de Mireille Mathieu, derrière le mur. II écope du chien, puis de l’urne contenant les cendres du défunt.

Que faire de ce lourd héritage chargé de poils et de céramique ? Le voisin va tout tenter pour s’en débarrasser, mais en a-t-il vraiment envie ? Ce livre est un ovni. La force des mots, l’immense sensibilité qui s’en dégage font qu’il laisse une trace et qu’on le quitte avec regret.

Mon avis :

Roland est mort, leitmotiv qui revient à chaque début de chapitre (cette fois-ci et aujourd’hui, ce n’est pas maman…).

Un style composé d’accumulations qui ne sont pas barbantes ; des répétitions qui font sourire ; et une passion du personnage principal pour le Campari et les films pornos qu’il ne peut jamais regarder tranquillement : à chaque fois, quelqu’un sonne à sa porte pour lui donner quelque chose de Roland.

On découvre sa famille pas piquée des vers ; ses rendez-vous au Pôle emploi surprenants.

Une très belle découverte. Un roman intelligent à l’écriture ciselée jamais rédhibitoire.

L’image que je retiendrai :

La phrase leitmotive du personnage quand il est stressé : « Je me gratte la barbe, je m’aplatis les cheveux de la paume de la main ».

Merci Clara pour ce très bon conseil de lecture.

L’arbre du pays Toraja – Philippe CLAUDEL

arbrepaystoraja Stock, 1er janvier 2016, 216 pages

Présentation de l’éditeur :

« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis-je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »

Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

Mon avis :

Je connaissais l’auteur pour ses romans plutôt sombres (Le rapport de Brodeck, Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh). Et même si dans ce nouveau roman il parle de la mort d’un amis très cher, celui-ci n’est pas aussi noir et désespérant que les précédents.

J’ai aimé cet hymne à la vie et au corps : celui qui vieillit, que l’on prend parfois en grippe, qui nous déçoit ; l’apparition d’une maladie mortelle.

Un roman qui m’a parlé pour différentes raisons. Merci, Monsieur Claudel.

L’image que je retiendrai :

Celle de la maison d’enfance d’Elena, qu’elle revient voir avec le narrateur.

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir – Rosa MONTERO

idee-ridiculeMétailié, 22 janvier 2015, 177 pages

Présentation de l’éditeur :

Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montera s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime.

Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté.

Mon avis :

Voici un texte étrange, entre le récit de la vie de Marie Curie et les mémoires de l’écrivain à propos de la mort de son époux. Une lecture qui parle du deuil.

#Coïncidences, comme aurait dit l’auteure, je lis ce texte le jour de l’anniversaire de la mort de mon père il y a 15 ans. Un très beau texte qui forcément résonne en moi.

Mais l’auteure nous parle aussi de la place des femmes dans la société, celle du temps de Marie et la notre. De l’importance du #FaireCeQu’IlFaut qui nous plombe un peu la vie, il faut avouer.

Mais aussi de la #FaiblesseDesHommes et de l’importance des #Mots.

Un texte puissant, et un livre-hérisson.

L’image que je retiendrai :

Celle de Marie Curie qui, une fois en France et absorbée par son travail se nourrissait très peu (quelques radis ou quelques fraises).

Quelques citations :

« Pour vivre, nous devons nous raconter. Nous sommes un produit de notre imagination. Notre mémoire est en réalité une invention, un conte que nous réécrivons un peu tous les jours (…). Ce qui veut dire que notre identité, elle aussi, est fictionnelle, étant donné qu’elle se fonde sur la mémoire. » (p.101)

« Je ne crois pas qu’on puisse exprimer ça mieux. La vie salit. » (p.161)

« Il y a longtemps déjà, Einstein a dit que le temps et l’espace étaient courbes, mais nous continuons à vivre les minutes comme une séquence (et une conséquence) inexorable. » (p.167)

Le fils – Michel ROSTAIN

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Pocket, 5 janvier 2012, 150 pages

Résumé de l’éditeur :

On peut vivre avec ça. Ça, la mort d’un enfant. Orphelin de son fils, Michel Rostain lui prête sa voix. Il dit la douleur d’en haut, la mémoire en face. L’avant et l’après. L’énigme avec pudeur. La vie continue. Les mots restent.

Mon avis :

Le narrateur est le fils décédé brutalement.

Il raconte comment son père a vécu, sans le savoir, les derniers jours de la vie de son fils.

Il décrit le très bel enterrement et la dispersion des cendres, duent au hasard d’une rencontre.

Les premiers temps, les parents pleurent, mais leur amour les uni et, ensemble, ils continuent de vivre chacun à leur façon dans le souvenir.

Un très bel hommage à un fils parti trop tôt.

L’image que je retiendrai :

Celle de la cérémonie au crematorium où chacun apporte sa pierre au souvenir de Lion.

Le Pays silencieux – Christine CERRADA

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Michalon, 28 août 2014, 300 pages

Résumé de l’éditeur :

Laure Brenner a quarante-huit ans. Malade, elle se sait condamnée bien que son entourage lui assure le contraire. Elle décide alors de mettre par écrit les étapes du chemin qu’elle suit désormais, qui passe par l’âpreté de la révolte, l’introspection, le questionnement et enfin l’acceptation de la réalité.

Entourée de son mari, de son fils, de son père et de son ami d’enfance, la poursuite de ce chemin va l’amener à vivre des moments étonnamment riches et émouvants. Cette quête qui lui apportera finalement paix et sérénité, n’est-elle pas aussi l’expérience d’un surprenant bonheur ?

Une promenade singulière et poignante portée par une langue proche et sensible, rythmée par les estampes japonaises d’Hiroshige, qui représentent la célèbre route du Tôkaidô, aux cinquante-trois relais.

Mon avis :

Un récit poignant d’une femme atteinte d’une « longue et douloureuse maladie » et qui sait qu’après avoir gagné les deux premières manches, elle va perdre la belle.

La première partie du récit m’a presque fait suffoquer tant le personnage principal manquait d’air. Ce n’est qu’en seconde partie, lorsqu’elle descend dans son Sud-Ouest natal que la narration peut enfin respirer. Et moi aussi.

J’ai trouvé la fin du roman très beau, malgré le peu de forces de Laure.

Les paragraphes sur les estampes japonaises ne m’ont pas convaincu, car c’est un art que je préfère voir plutôt que décrit. Tant pis.

Un récit que j’aurai pensé autobiographique tant l’auteure m’a rendu le personnage proche et vrai dans ses souffrances et ses questionnements.

L’image que je retiendrai :

Celle de l’escapade à Lourdes et du bain incontournable dans les Eaux de la Grotte.

Merci Keisha pour ce livre-voyageur. Il va continuer son chemin.