Archives par étiquette : enfance

L’enfant qui – Jeanne BENAMEUR

Il m’a plu, cet enfant qui a perdu sa mère, cet enfant qui a vu son père n’utiliser que ses poings, cet enfant qui part en foret retrouver les mots de sa mère.

Comme souvent, Jeanne Benameur sait faire naître des images et des sensations avec peu de mots choisis. Sans en dire trop, jamais, de façon à nous laisser ressentir son texte.

J’ai aimé suivre l’enfant, mais aussi son père par cette journée particulière, et sa grand-mère. Chacun, à leur façon, trouveront leur voie pour sortir du chagrin.

Plonger dans un roman de cette auteure, c’est passer un moment de lecture hors du temps, dans un monde qui est le notre, mais pas tout à fait non plus. Il s’en dégage une certaine poésie.

Une belle réflexion sur la mort et les êtres disparus qui nous sont chers.

L’image que je retiendrai :

Celle de la jupe rouge délavée de la mère de l’enfant ; et ses bracelets de perles.

Actes Sud Editions, 29 avril 2017, 128 pages

Les cosmonautes ne font que passer – Eliza GUEORGUIEVA

Quand on a un grand-père vrai communiste et des parents qui diffusent une radio interdite dans la Bulgarie des années 70-80 ; quand on est une fille et que l’on rêve d’être cosmonaute comme Iouri Gagarine ; quand votre meilleure amie préfère jouer avec ses Barbies envoyées par sa mère de Grèce ; pas étonnant qu’avec la chute du Mur de Berlin chute aussi votre enfance.

Avec beaucoup de détachement et un brin d’humour, la narratrice qui se dit « tu » nous raconte comment la société bulgare perd peu à peu pied.

J’ai aimé suivre l’évolution de la narratrice, vouant une admiration sans borne à Kurt Cobain une fois que sa passion pour Iouri se fut éteinte.

Une lecture qui ne me restera pas forcément longtemps en mémoire, mais qui m’a fait passer un bel après-midi.

L’image que je retiendrai :

« Tu couvres ton sac d’épingles à nourrice. Enfin, tu détaches la chaîne de la chasse d’eau et tu l’accroches sur le côté du pantalon, en signe de désobéissance, ce qui lance, d’une part une nouvelle mode dans ton collège, et d’autre part un problème sanitaire dans le quartier. » (p.111-112)

Mercis Keisha et Clara pour cette très bonne idée de lecture.

Verticales, 25 août 2016, 184 pages

Un enfant plein d’angoisse et très sage – Stéphane HOFFMANN

Pauvre petit garçon dans son pensionnat en Suisse, qui doit passer ses vacances chez sa grand-mère à Chamonix, car sa maman ne peut l’accueillir pendant les vacances.

Une maman à la carrière prometteuse, patronne d’une entreprise de BTP, nommée depuis peu chef du Syndicat des entrepreneurs, et peut-être futur ministre.

Son père ? Il ne l’a jamais rencontré. Ce lord anglais cultive l’art du fare-niente.

Quant à sa grand-mère qui le recueil à chaque vacances, son passé de chanteuse est bien mystérieux.

Ajoutez à cette galerie de personnages le chien Jojo qui suit le garçon partout ; une blonde dont on ne sait qui elle est vraiment (une psychologue ?) ; un manager qui veut absolument faire revenir la grand-mère sous les feux de la rampe.

L’auteur croque un monde d’adultes pitoyable avec humour.

L’image que je retiendrai :

Celle de la virée en voiture du garçon avec son père en Italie, avec un aller-retour à Monaco.

Albin Michel, 17 août 2016, 263 pages

A la recherche du temps perdu – Du côté de chez Swann – 1ère partie : Combray – Marcel PROUST

combrayLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Dans le premier tome de ce superbe travail sur la mémoire et la métaphore, œuvre à part entière mais aussi amorce dramatique d’un joyau de la langue française, le narrateur s’aperçoit fortuitement, à l’occasion d’un goûter composé d’une tasse de thé et d’une madeleine désormais célèbre, que les sens ont la faculté de faire ressurgir le souvenir. Grâce aux senteurs d’un buisson d’aubépines, il prend confusément conscience de la distinction entre le souvenir et la réminiscence, pour ensuite s’exercer à manier les mots comme de petits papiers japonais qui, touchés par la grâce de l’eau, se déploient en corolle pour faire place à tout un univers. Tout comme se déploie un roman fleuve à partir de cette toute petite phrase légendaire : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ».

Mon avis :

Force m’est de constater que lors de ma première lecture de ce texte il y a plus d’une vingtaine d’années, j’étais passée complètement à côté.

20 ans plus tard, devenu maman, je comprends et ressens les couchers tardifs du narrateur, grappillant encore et toujours un baiser de sa mère.

Je n’avais pas perçu, lors de ma première lecture, l’omniprésence de la nature dans ces pages : les fleurs, les lilas et les nymphéas.

Mais aussi la présence de la couleur, notamment la couleur jaune et rose.

J’ai aimé découvrir Combray et la tante du narrateur ; sa bonne et cuisinière et la découverte du sadisme par l’enfant.

Je n’avais pas oublié « La charité de Giotto » qui accouche dans la maison.

J’ai redécouvert la grand’mere qui ajoute un filtre d’art au cadeau qu’elle veut faire, aux risques et périls du receveur.

Enfin, j’ai aimé me laisser porter par les phrases et les associations d’idées du narrateur.

L’image que je retiendrai :

Celle de la visiteuse de l’oncle Octave, toute de rose vêtue avec un grand collier de perles.

Les contes défaits – Oscar LALO

lescontesdefaitsLu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé… Il était zéro fois… c’est ainsi que commencent  Les contes défaits
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir. 

Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.

Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence… 
Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature. 

Mon avis :

Je savais que le sujet était difficile. Mais je pensais que l’auteur pourrait l’écrire. Il n’en est rien.

Comme son titre, l’écriture est défaite : elle part dans tous les sens, l’auteur ne peut pas la centrée sur son sujet. Et cela m’a gêné. J’attends d’un roman une certaine construction, or dans celui-ci, tout est déconstruit. Est-ce un roman d’ailleurs ? Je me suis plusieurs fois posée la question.

Jeu de mots pour mettre l’horreur à distance, soit. Celui avec le homme d’enfants est parlant, mais tous ne le sont pas.

Une écriture très bien pensée, mais qui m’a laissé su ma fin-faim.

L’image que je retiendrai :

Celle des enfants revenant de promenade sous la pluie et séchant dans le vestibule.

Je remercie les Editions Belford et Net Galley pour l’envoi de ce roman.

Petit piment – Alain MABANCKOU

petitpimentLu sur Liselotte
Présentation de l’éditeur :

L’histoire de Petit Piment, un jeune orphelin effectuant sa scolarité dans une institution d’accueil catholique. Lors de la révolution socialiste, il en profite pour s’évader. Adolescent, il commet toutes sortes de larcins. Il trouve refuge auprès de Maman Fiat 500 et de ses dix filles.

Mais de nouvelles épreuves lui feront perdre la tête.

Mon avis :

 L’auteur est un conteur, il nous entraîne dans son histoire faite de chapitre relatant quelques épisodes marquants de la vie de Petit piment.

C’est Petit piment qui nous narre son histoire depuis l’orphelinat jusqu’à sa dernière habitation. 

Tout le long de sa vie, le maire de la ville de Pointe-Noire met des bâtons dans les roues du narrateur : chaque fois que celui-ci trouve une famille, le maire lance une campagne pour les chasser de la ville.

Ainsi, nous découvrons le fonctionnement de cette ville et de ce pays sous un joug dictatorial.

Tout, dans ce pays, semble basé sur le mensonge.

Dans ce contexte, quel enfant privé d’un entourage familial ne serait pas devenu fou…

L’image que je retiendrai :

Celle de son camarade attendant qu’un avion se pose dans la cour pour venir le chercher.

Un parfum d'herbe coupée – Nicolas DELESALLE

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Préludes, 7 janvier 2015, 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia convoque les figures, les mots, les paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, Raspoutine le berger allemand… Des petits riens qui seront tout.

Mon avis :

Quelle belle plongée dans l’enfance !

J’ai passé un agréable moment de lecture avec ces petits bouts d’aventures qui font une vie et des souvenirs.

Mais aussi des petits renoncements à l’enfance, marquant le début de l’âge adulte.

L’image que je retiendrai :

Celle du narrateur découvrant son père pleurer, une nuit.

Sang impur – Hugo HAMILTON

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Points, 4 janvier 2007, 346 pages

Présentation de l’éditeur :

Issue de l’union d’une Berlinoise antinazie avec un nationaliste irlandais, une portée de gamins grandit dans les quartiers misérables du Dublin des années 1960. Talochés par un père dont les échecs affligent tout la famille, les petits Hamilton essuient au dehors les insultes du voisinage. Mais auprès de leur douce mère, Hugo, Franz et Maria apprennent le bonheur d’être en vie, de s’aimer et de se serrer fort contre les siens.

Mon avis :

J’ai plongé avec délice dans cette enfance chaotique et malmenée où l’histoire de la mère ressurgit au détour des pages, par épisode.

L’histoire d’une jeune femme pendant la guerre obligée de gagner sa vie au milieu des « gens du poing » avec pour seule force son « non silencieux ». Une jeune femme partie en pèlerinage à la fin de la guerre en Irlande et qui tombe amoureux d’un idéaliste.

Une enfance à la dure avec un père qui ne voulait parler qu’irlandais et qui éduque ses enfants en ce sens avec des méthodes des années 50.

Des enfants unis contre les autres enfants qui les traitent de « nazis » et n’hésitent pas à les frapper.

Mais une famille unie autour des gâteaux que la mère confectionne amoureusement.

L’image que je retiendrai :

Celle des nombreux bébés de la famille venant enrichir le cercle familial au fil des années.