Archives par étiquette : famille

L’affaire des vivants – Christian CHAVASSIEUX

Pour une fois, le bandeau du roman signé Alice Ferney (excusez du peu) a raison : ce roman est un chef d’oeuvre.

Tout m’a plu : le style à la fois simple mais au vocabulaire recherché (l’auteur explique en fin de volume qu’il s’est servit de certains mots de la langue française tombés en déshérence).

L’histoire ensuite : celle de ce bébé que le grand-père prénomme Charlemagne et qui sera un homme à part, faisant plier tout le village devant lui. Un homme entreprenant et avide de s’élever socialement.

J’ai aimé tous les personnages, car l’auteur ne les dénigre jamais : ses deux frères rustauds et le troisième un peu révolté ; le fils gâté et exact opposé de son père ; la femme sachant reprendre les rênes ; l’associé un peu frileux….

J’ai aimé la conclusion de ce roman : notre rapport avec nos morts ; ce que la vie nous apprend.

Vous l’aurez compris, un coup de coeur.

L’image que je retiendrai :

Celle de la documentation que l’auteur a utilisé, et les explications qu’il donne en fin de volume, notamment sur la venue de Louise Michel dans le bourg.

Libretto, 3 janvier 2017, 368 pages

Douleur – Zeruya SHALEV

Deuxième essai de lecture d’un roman israélien contemporain. Cette fois-ci, je suis allée jusqu’au bout. Difficilement, mais jusqu’au bout.

Force m’est de reconnaître que je ne suis pas fan de ces romans qui circonvolutionnent à loisir autour du sujet. Des paragraphes compacts, des retours sur la vie des personnages en plein milieu de la narration, et deux intrigues – minces – qui ne m’ont pas passionnées.

Et que dire de la fin, traitée en quelques lignes, après toutes ces pages sur le sujet….

Le titre, déjà, aurait dû me rebuter : douleur. Je crois aussi que je n’avais pas envie de lire sur un tel sujet. Je suis d’ailleurs étonnée que le mot ne soit pas au pluriel, tant il est question de toutes sortes de douleurs.

L’image que je retiendrai :

La distance Jérusalem Tel-Aviv est très courte : moins d’une heure en voiture sans embouteillage.

Fils du feu – Guy BOLEY

Grasset, 24 août 2016, 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ?

Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.

Mon avis :

J’ai trouvé que ce roman commençait poussivement : trop de comparaisons à des légendes, des dieux, des grands hommes.

Et puis vient l’épisode de la mort des grenouilles, et là, le texte prend son envol pour nous conter une perte douloureuse.

Un récit magnifique et touchant sur le deuil et notre rapport à la mort.

Car même si l’homme a domestiqué le feu, il n’a jamais réussi à domestiquer la mort.

L’image que je retiendrai :

Celle du linge lavé à la main, étendu sur des fils, et qui est inlassablement souillé par les vents noirs.

Une citation :

« La force de forger des armures pour protéger l’adulte, ce roitelet débonnaire sommeillant sous l’enfance.« 

Le secret du mari – Lian MORIARTY

lesecretdumariAlbin Michel, 2015, 410 pages

Présentation de l’éditeur :

Tous les maris – et toutes les femmes – ont leurs secrets. Certains peuvent être dévastateurs.

Jamais Cecilia n’aurait dû trouver cette lettre dans le grenier. Sur l’enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « A n’ouvrir qu’après ma mort. » Quelle décision prendre ? Respecter le vœu de John-Paul, qui est bien vivant ? Ou céder à la curiosité au risque de voir basculer sa vie ?

Mon avis :

Le fameux secret est dévoilé à la moitié du livre. Mais ses conséquences, qui occupent la seconde moitié de l’ouvrage, sont terribles.

Je ne suis pas fan des desperates housewifes, bien que les real housewifes m’aient diverti un temps.

Pourtant, j’ai aimé cette intrigue qui se lit bien et se dévore comme une pâtisserie faite maison par une maman attentionnée mais débordée.

L’image que je retiendrai :

Celle de Cecilia emmenant sa fille à l’école avec un escarpin à talon et une ballerine plate.

Un autre endroit m’avait donné envie de le découvrir.

Maman a tort – Michel BUSSI

mamanatordPocket, 4 mai 2016, 544 pages

Présentation de l’éditeur :

Rien n’est plus éphémère que la mémoire d’un enfant…

Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit.
Il est le seul. Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide. Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple. Car, déjà, les souvenirs de Malone s’effacent. Ils ne tiennent plus qu’à un fil. Le compte à rebours a commencé.

Qui est vraiment Malone ?

Mon avis :

Je retrouve avec plaisir la plume de l’auteur. L’action se déroule cette fois-ci au Havre, une ville que nous avions visitée en famille et qui nous avait plu.

J’ai bien aimé les personnages sympathiques et humains, faisant leur maximum pour résoudre deux énigmes en même temps.

J’ai parfois ri, parfois été beaucoup moins convaincue par certains extraits du site envie-de-tuer.com (j’ai vérifié, rassurez-vous, ce site web n’existe pas). Oui, parfois dans la vie quotidienne, on a envie de tuer son voisin ou son patron. Certaines situations en exergue de chapitres sont parfois cocasses.

Comme à chaque intrigue, l’auteur sème des indices. Trop contente d’en déchiffrer certains, j’ai tout de même été attrapée à la conclusion du roman.

J’ai encore une fois passée un bon moment de lecture.

Merci, Monsieur Bussi.

L’image que je retiendrai :

Celle du château qu’imagine Malone, et qui s’avère être des cheminées d’usine.

Merci Maman pour ce prêt inattendu.

Nuit de septembre – Angélique VILLENEUVE

nuitdeseptembreGrasset, 9 mars 2016, 160 pages

Présentation de l’éditeur :

« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s’il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d’iris, les pierres de la cour tiède sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu’il est parti gonflé d’elles. Mais comme tu n’es pas sûre qu’en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »

Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l’après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d’être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?

Mon avis :

La narratrice tente de mettre des mots sur le décès brutal de son fils.

Pas de misérabilisme, pas de pleurs, aucune tentative de chercher à savoir pourquoi. Juste des mots sur cette absence que la mère vit jour après jour.

Les arbres sont là pour aider cette mère démunie.

Et puis un jour, elle trouve dans une autre langue comment se dit un parent orphelin de son enfant.

L’image que je retiendrai :

Celle de cette mère qui sent l’absence de son fils au creux de sa hanche, physiquement.

Yuko, Clara, Aifelle, Sylire et Antigone m’ont donné envie de plonger dans ce récit.

J’ai tué papa – Mélanie RICHOZ

tue-papaSlatkine et Cie, 25 août 2016, 94 pages

Présentation de l’éditeur :

« C’était donc lundi. Un lundi trois. C’est mon chiffre favori parce que je suis né en mars, le trois justement, et que mars est le troisième mois de l’année. Ma date de naissance, c’est le lundi 3.3.2003. Et aussi, nous sommes trois à vivre à la maison. Papa, moi et maman. L’homme, l’enfant et la femme. Le Père, le Fils et le Saint Esprit. Le Tyrannosaure Rex, le Diplodocus et le Stégosaure.Les trois mages de la constellation d’Orion. »

Confronté au monde et à l’hospitalisation de son père, le jeune Antoine livre ses réactions, auxquelles font écho celles de ses parents. Un roman bouleversant, à trois voix, qui nous plonge dans le quotidien d’un garçon autiste.

Mon avis :

coup-de-coeur

Quel texte ! Un récit à trois voix : celle d’Antoine, jeune garçon autiste qui tente d’expliquer le monde autour de lui ; la voix de sa mère, bouleversante ; la voix de son père, toujours présent pour le réconforter quand Antoine panique.

A eux trois, ils forment une famille unie et aimante. Jusqu’au jour du drame.

Nous suivons donc ces trois personnages, leurs pensées et l’évolution d’Antoine.

Un récit court mais qui m’a bouleversé. J’ai fini les dernières pages avec des poissons d’eau dans les yeux.

L’image que je retiendrai :

Celle de la passion d’Antoine pour la couleur verte au point que sa mère colore tout ses plats en vert.

Hozuki – Aki SHIMAZAKI

hozukiLeméac, 4 mai 2016, 144 pages

Présentation de l’éditeur :

Mitsuko tient une librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d’assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l’établissement.

Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Sur l’insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu’elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l’équilibre de sa famille.

Aki Shimazaki sonde ici la nature de l’amour maternel. Tout en finesse, elle en interroge la fibre et la force des liens.

Mon avis :

Quelle belle après-midi j’ai passé en compagnie du texte de cette écrivain, encore une fois.

Mitsuko est libraire, ce qui me la rend forcément proche. Avec sa mère et son fils sourd, ils forment une famille unie et solidaire, malgré le mensonge de Mitsuko sur la naissance de l’enfant.

Quand arrive la belle dame dans le récit, on ne perçoit pas tout de suite pourquoi elle est un élément dérangeant de cette belle harmonie familiale. Mitsuko pense à tout autre chose.

Dans ce court roman, les liens entre les membres de la famille sont tellement forts que rien ne peut les détruire.

L’image que je retiendrai :

Celle de deux brins de Hozuki posés sur la boîte du fils de Mitsuko, qui donnera le nom à sa librairie.

Le Carré des Allemands – Jacques RICHARD

carredesallemandsLa Différence, 4 février 2016, 141 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Carré des Allemands est une fiction écrite sous la forme d’un journal qui couvre deux générations. Celle d’un homme de 60 ans et celle de son père engagé dans la guerre de 1940 quand il avait 17 ans.

Dans l’écheveau des liens qui subsistent entre un fils et son père, au delà de l’absence, au delà de la mort et du silence,se lève peu à peu le voile sur un secret de famille : « Qu’as-tu fait pendant la guerre, papa? »

Mon avis :

Que la narration est embrouillée, tout ceci n’est pas clair dans la prose de l’auteur, et encore moins pour le lecteur.

Oui, son père s’est engagé dans la Division Charlemagne, mais surtout, il en est revenu. Mais il n’était pas le seul. Le fils en veut à son père, soit. Un père qui l’a abandonné avec sa mère. On peut comprendre qu’il lui en veuille. Mais il y a dans ses pages trop de ressentiments à l’égard du père.

En refermant ce court texte, je me demande encore à quoi cela lui a servi de l’écrire.

Je suis complètement passée à côté de ce livre.

Yv m’avait pourtant donné envie de le lire.

Le crime : histoire d’amour – Arni THORARINSSON

crimeEditions Métailié, 4 Février 2016, 140 pages

Présentation de l’éditeur :

Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses 18 ans. Tous les trois ils ont attendu ce jour et craint son arrivée.

La mère veut, contre vents et marées, tenir sa promesse. Le père doute que la vérité les libère du cauchemar qu’est leur vie. La fille se révolte, essaie de survivre, de les tenir à l’écart, elle les hait autant qu’elle les aime, et elle vit loin d’eux, entourée d’amis bien intentionnés, qui l’aiment.

Mon avis :

Alternant les point de vue à chaque chapitre, en alternance le père, la fille, la mère et la lettre de la mère à sa fille, nous découvrons une famille éclatée dans l’impossibilité de recoller les morceaux.

Pourquoi ? C’est ce que nous apprend la grand-mère au milieu du roman. Seule la fille restera dans l’ignorance jusqu’à la fin de cette journée.

L’auteur distille subtilement le doute : faut-il révéler ce terrible secret de famille à cette jeune fille de 18 ans ? Le doute perdure une fois la lecture achevée….

L’image que je retiendrai :

Celle de la mère, tombée profondément dans le cercle vicieux de la drogue, en appelant à son ex-mari psychologue pour régler ses dettes, et que sa fille filme un jour de déchéance en pleine rue.