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Eleanor Oliphant va très bien – Gail HONEYMAN

J’ai découvert avec plaisir ce premier roman d’une auteure écossaise qui ne manque pas d’humour. Elle a su créer un personnage sympathique, tellement refermée sur elle même qu’elle passe pour un peu spéciale.

Mais un de ses collègues, Raymond, se prend d’amitié pour elle et, petit à petit, au fil des déconvenues de l’un et l’autre, se crée une vraie relation.

Ça a l’air beau et gnan-gnan, en effet. Mais ce roman n’est pas que cela, c’est aussi l’histoire d’une jeune femme qui s’émancipe d’un passé douloureux et d’une mère possessive et violente. D’une personnalité forte et au vocabulaire riche capable de rire d’elle-même et de chercher à s’intégrer. C’est enfin l’histoire touchante d’une ancienne petite fille qui a tout perdu mais qui se reconstruit.

J’ai été sensible à toutes les histoires contenues dans ce roman. Il m’a fait sourire parfois, m’a ému beaucoup.

J’ai aimé la présence du feu dans le récit, j’ai cherché pourquoi il avait tant d’importance dans la vie d’Eleanor.

Une auteure que je ne manquerai pas de suivre.

L’image que je retiendrai :

Celle du cabas et du pourpoint d’Eleanor, son armure et son sac à roulette ultra pratique.

Fleuve Edition, 28 septembre 2017, 432 pages

Fournisseur officiel : Librairie de Paris

 

Chanson douce – Leïla SLIMANI

Pas de mystère, on sait dès les premières lignes que la nounou a tué les enfants. Reste à découvrir, au long des 180 pages comment et pourquoi le drame se met en place.

Un coup moderne parisien : monsieur n’a pas d’horaire et madame, qui recommence à travailler, privilégie sa carrière.

Et puis la nounou est efficace : elle récure tout du sol au plafond, mitonne des petits plats, et les enfants l’adorent.

Mais petit à petit, la nounou installe son emprise sur l’appartement. Le couple s’en rend compte, mais leur tranquillité d’esprit et leur confort de vie ont raison de leur méfiance.

Et puis, au fil des chapitres, on découvre le passé de la nounou, à peine brossé, mais très révélateur.

Le style est sec et sans fioritures, et la psychologie à peine esquissée. Je ne peux donc pas dire que ce Prix Goncourt me restera en mémoire pour sa langue et son histoire.

Néanmoins, j’ai passé un bon moment de lecture.

L’image que je retiendrai :

Celle des chaussures de la nounou, qu’elle astique consciencieusement.

Lu sur Liselotte

L’intranquille – Gérard GAROUSTE et Judith PERRIGNON

intranquilleLe livre de poche, 5 Octobre 2011, 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation.

A vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris.

Mon avis :

De l’artiste, je ne connaissais rien, ni sa vie, et encore moins son œuvre. J’ai donc découvert un enfant malheureux entouré de secrets de famille (mais qui ne l’est pas…), un adulte qui peine à grandir et que les crises de folie dévaste, un artiste monté très vite en gloire ; un homme tourmenté comme l’illustre si bien la couverture.

J’ai trouvé malgré tout la narration un peu brouillonne, et le mot de la fin un peu trop angélique.

Cependant, cet autoportrait à quatre mains m’a donné envie de découvrir les tableaux du peintre avec Le Classique et l’Indien.

L’image que je retiendrai :

Celle des débuts de l’artiste, qui commence par peindre les boîtes de nuit du Palace.

Quelques citations :

« Il savait que la qualité de vie se mesure à la distance d’un père à son fils. » (p.132)

« Ce n’est pas un hasard si cette toile m’a ouvert les portes (à propos de son tableau Adhara). Elle dit mon rêve, mon choix, l’imbroglio de mes pensées, mon langage des signes, cette idée, à laquelle je tiens, qu’on représente une chose et qu’on en raconte une autre. Celui qui la regarde n’y verra pas forcément tout ce que j’y ai mis, c’est l’intensité qui doit passer. » (p.146).

En attendant Bojangles – Olivier BOURDEAUT

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Finitude, 7 janvier 2016, 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui mène le bal, c’est la mère, imprévisible et extravagante. Elle n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Mon avis :

Malgré le fait que j’ai trouvé le personnage du narrateur peu crédible sur la fin (il grandit en âge et il reste pourtant naïf), j’ai aimé ce couple étrange qui peut s’offrir des fêtes et des rires comme on en rêve.

Il n’y a pas de quotidien, jamais de routine. Avec eux, Paris est une fête.

Et la fin, bien sûr, si belle, et qui nous laisse orphelin.

L’image que je retiendrai :

Celle de Mademoiselle Superfétatoire, ce grand oiseau exotique qui fait partie de la famille.

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Profession du père – Sorj CHALANDON

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Grasset, 19 août 2015, 320 pages

Présentation de l’éditeur :

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Mon avis :

Oui, ce roman raconte la folie du père. Mais le personnage qui m’a la plus intéressé, c’est le seul personnage féminin du roman : la mère.

Elle n’est jamais loin, toujours inquiète et pourtant silencieuse. Mise à l’écart par le père, elle sait pourtant tout ce qui se passe dans la maison.

A-t-elle réellement conscience de la folie de son mari ? Jusqu’où est-elle prête à aller pour le couvrir et le dédouaner ? Son dernier geste, celui qui clôt le roman, lui donne finalement le mot de la fin.

Un personnage qui m’a dérangé, vraiment.

Quant au reste du roman, je l’ai trouvé trop journalistique, mais c’est le reproche que je fais habituellement à l’auteur : des faits, encore des faits, des descriptions de faits, un brin d’humour, rarement. Et puis c’est tout. Un peu court tout de même.

J’ai toutefois aimé la phrase du père qu’il aime répéter : « Dans une cellule, il y a un mur de trop« , sans doute le quatrième ?…..

L’image que je retiendrai :

Celle de la mère dormant sur le palier après être allée écouter Les Compagnons de la Chanson, ce que son mari refusait qu’elle fasse.

Un monde flamboyant – Siri HUSTVEDT

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Actes Sud, 3 septembre 2014, 448 pages

Résumé de l’éditeur :

Après sa disparition, une artiste plasticienne, Harriet Burden (dite Harry), méconnue de son vivant, fait l’objet d’une enquête menée par un professeur d’esthétique auprès de tous ceux qui, de près ou de loin, l’ont côtoyée de son vivant.

Mon avis :

Que ce roman est verbeux, que cette lecture a été érintante.

Alors oui, il est question d’énormément de sujets dans ce pavé : la place des femmes dans la création artistique et leur non-reconnaissance ; des trucs et astuces dans une création ; des masques et de leurs fonctions ; de la difficile identité homme / femme et même du mythe de Pygmalion.

Mais surtout, il y a la colère et la rage du personnage principal. Pour ces raisons, je ne l’ai pas trouvée flamboyante.

L’écriture chorale de ce roman est un procédé intéressant pour tenter de tourner autour du personnage de Harry. Mais cela reste un procédé.

Une lecture qui ne m’a donc pas bouleversée.

L’image que je retiendrai :

Celle du personnage du Baromètre dont la vie dépend des hautes et basses pressions.