Archives par étiquette : homosexualité

« Arrête avec tes mensonges » – Philippe BESSON

Les rabâchages des mamans ont du bon : il ne faut pas se mentir, et surtout à soi-même.

Le narrateur (l’auteur ?) nous raconte son Grand Amour de jeunesse, Thomas. Thomas qui ne veut pas avouer ni s’avouer qu’il préfère les garçons. C’est un taiseux, Thomas, issu d’une famille d’agriculteurs, et dont la maman est espagnole.

Mais Thomas est tombé amoureux du narrateur et, le temps d’une petite année scolaire, ils se rencontrent en cachette.

Presque 20 ans plus tard, le narrateur découvre, par l’entremise du fils de Thomas, que ce dernier ne l’a pas oublié. Au hasard d’une rencontre, le fils comprend qui est son père. Ce qui n’empêchera pas sa fin tragique.

Ce livre m’a ému : cet amour adolescent si fort ; le poids du secret ; les deux vies si dissemblables.

L’auteur et sa maman ont raison : il faut arrêter avec nos mensonges, ce serait sinon trop tragique.

L’image que je retiendrai :

Celle des deux amants à l’abri de la pluie discutant en attendant une accalmie.

Julliard, 5 janvier 2017, 198 pages

A la recherche du temps perdu – Sodome et Gomorrhe – Marcel PROUST

Lu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

Sodome, c’est M. de Charles et Gomorrhe Albertine. Entre ces deux figures, chacune étant le centre d’une tragi-comédie dont le spectateur ne fait que percevoir les échos mêlés, le héros du livre, celui qui parle à la première personne, poursuit son voyage à la recherche du temps perdu.

Mon avis :

Bon sang ! Monsieur de Charlus est homosexuel ! Le narrateur, et le lecteur, le découvrent de concert.

Albertine l’est-elle aussi ? Le narrateur ne peut trancher.

Beaucoup de « téléphonage » dans cet opus. L’instrument se démocratise.

De retour à Balbec, le narrateur se souvient de sa grand-mère, dont il apprend qu’elle était déjà fort malade lors de son précédent séjour.

En compagnie des invités des Verdurin, il prend le beau train d’une heure trente-cinq.

Les pages sur les généalogies des noms de villes sont un peu longues, mais cela change des généalogies des personnages. Quelques pages également sur le nom de certaines rues parisiennes.

Le narrateur relève par ailleurs les erreurs de langue, empruntées si souvent à l’anglais, mais qui ne nous choquent plus maintenant.

Les souvenirs du narrateur suivent les arrêts du train de la côte de Balbec. Mais il souffre de jalousie quand, dans ce même train, Albertine n’est pas avec lui dans le même compartiment.

Albertine, qui est cause de la fin de l’amitié entre le narrateur et son ami d’enfance Bloch. Ce premier se découvre snob (sans blague !)

Pour le narrateur, certains hommes sont de Sodome, et certaines femmes (dont Albertine ?) de Gomorrhe.

Quelques citations :

« Car aux troubles de la mémoire sont liés les intermittences du cœur. »

« Car comme les morts n’existent plus qu’en nous, c’est nous même que nous frappons sans relâche quand nous nous obstinons à nous souvenir des coups que nous leur avons assénés. »

« La médecine, faute de guérir, s’occupe à changer le sens des verbes et des pronoms. »

Je suis en vie et tu ne m’entends pas – Daniel ARSAND

jesuisenvieActes Sud Editions, 2 mars 2016, 270 pages

Présentation de l’éditeur :

Quand l’Allemand Klaus Hirschkuh débarque à la gare de Leipzig, ce jour de novembre 1945, c’est une ville détruite qu’il redécouvre pas à pas. Le jeune homme qui marche dans ces décombres est lui-même en morceaux. Il vient de passer quatre ans à Buchenwald. Parce qu’il est homosexuel. A bout de forces, il est une ombre, un fantôme. Scandaleusement vivant pourtant. Et il n’a pas fini d’expier.

Un garçon ordinaire, une différence ordinaire, une simple vie, un trajet : Klaus s’exile en France et y traverse une moitié de siècle – le travail, l’amitié, l’amour, l’espoir et les déceptions, les chagrins et la joie – pour s’entendre chasser, à l’aube des années 1990, d’une cérémonie du souvenir dans la province française aux cris de « les pédés aux fours ! ».

Survivre : un miracle et une responsabilité dont la réalisation n’a pas à être spectaculaire mais qui relève d’un combat intime, tenace, insurmontable parfois, solitaire souvent, et toujours sans répit. Le roman de Daniel Arsand invente la langue digne de ce combat à poursuivre, mélange rigoureux et explosif de sécheresse, de rage et de lumière. Je suis en vie et tu ne m’entends pas est un texte crucial, qu’on voudrait confier personnellement à chacun de ses lecteurs, comme un viatique, un talisman, à la fois miracle et responsabilité.

Mon avis :

coup-de-coeur

J’ai bien failli buter sur la langue, âpre, vive, douloureuse. Mais j’ai finalement décidé de me laisser bercer par elle et de découvrir l’histoire de Klaus.

Une histoire hantée par la déportation pendant 4 ans à Buchenwald. Des flashes lui reviennent de ces temps obscures, même à la fin de sa vie, dans un autre pays.

Une vie de combat pour cacher son homosexualité après la guerre, puis pour faire reconnaître la déportation des homosexuels dans les camps, et leur droit à recevoir réparation.

Une violence toujours présente, parfois armée, parfois au grand jour. Une violence malheureusement éternelle contre des « pédés » haïs  pour quelque obscure raison.

Un roman qui m’a laissé KO-debout. Un coup de coeur.

L’image que je retiendrai :

Celle des deux amours de Klaus : Heinz et Julien. Que de belles pages écrites sur ces amours défendues.

Les débutantes – J. Courtney SULLIVAN

debutantes

Le livre de poche, 2 mai 2013, 552 pages

Résumé de l’éditeur :

«Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonnes et emménagé à l’étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New Yorker et de Vogue.»

Elles se sont connues et aimées à l’université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d’adulte les ont séparées, jusqu’à la disparition de l’une d’entre elles. Face aux déceptions de l’existence, rien n’est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s’en rendre compte.

Mon avis :

Si j’ai eu un peu de mal au début avec ce roman, j’avoue que j’ai quitté à regret le quatuor. En effet, le récit commence lorsque les 4 filles emménagent dans leur chambre universitaire de première année. Et la première partie du roman nous décrit ce qui s’est passé pendant cette année, et un peu, par petites touches, les années suivantes. Rien de bien passionnant, des histoires de filles.

Puis, la seconde partie démarre enfin, et je me suis sentie à l’aise dans le roman.

Il est question d’amitié, mais aussi, énormément, de féminisme. L’auteure nous rappelle que c’est un combat de chaque jour.

Si j’ai moins aimé cette lecture que celle de « Maine », j’ai passé tout de même une seconde partie de roman fort agréable.

L’image que je retiendrai :

Celle des étudiantes des Smith grossissant toutes à cause d’une cafétéria proposant des plats trop riches.

Haine – Anne HOLT

haine

Points, 20 octobre 2011, 517 pages

Résumé de l’éditeur :

A Oslo, l’insouciance de Noël s’évapore au fil de découvertes macabres : le cadavre décomposé d’un prostitué kurde, une personnalité locale poignardée, un artiste agressé dans son atelier… L’enquête mène Stubo et sa femme Vik vers les extrémistes s’opposant aux minorités.

Alors que la haine se répand comme la neige recouvrant la ville, comment prouver que ces groupes concrétisent leurs convictions ?

Mon avis :

Un polar norvégien, ça change ! Et puis celle qui découvre le pot aux roses est une chercheuse en criminalité qui travaille de chez elle, très éloignée du policier typique.

Un polar dense, avec de nombreux personnages dont le lien entre eux ne se perçoit qu’en toute fin de volume, pour certains.

Et c’est ce procédé qui nous attache au livre : chercher quels rapports existent entre les protagonistes.

Je ne les ai pas tous devinés, mais j’ai aimé chercher jusqu’au bout.

Une intrigue sur fond d’homosexualité qui, si elle est reconnue par le code pénal de la Norvège n’est pas une option acceptable par toute la population du pays.

Une auteure qui sait être efficace.

L’image que je retiendrai :

Celle de Lukas enfermé dans le grenier de ses parents et qui s’en échappe sous une pluie battante juste au moment où l’enquêteur arrive.