Archives par étiquette : immigration

Marx et la poupée – Maryam MADJIDI

La double culture, est-ce une chance ? L’auteure répond clairement non et nous décrit les difficultés, pour une enfant de 8 ans, d’être arrachée à sa terre natale pour la France dont elle ne connaît rien.

Tout n’était pas rose dans son pays : ses parents, fervents communistes, l’obligeaient à donner ses jouets à d’autres enfants. Des amis de ses parents, certains ont disparu dans les geôles du pouvoir.

Voulant s’intégrer en France, elle refuse de parler, de lire et d’écrire le persan. Mais un voyage en Iran pour retrouver sa famille bouleverse ses repères.

S’agit-il d’un roman ? Plutôt de fragments de vies mis parfois en poésie.

L’image que je retiendrai :

Celle des parents qui, avant de fuir en exil, enterrent dans le jardin les oeuvres de Marx et des grands penseurs communistes.

Le Nouvel Attila, 12 janvier 2017, 201 pages

Le gang des rêves – Luca Di FULVIO

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Slatkine, 2 juin 2016, 720 pages

Présentation de l’éditeur :

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…

L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.

Mon avis :

Ce pavé nous offre une véritable plongée dans le New-York des immigrés des années folles : chaque communauté dans un quartier ; les gangs qui rackettent les commerçants ; les enfants qui tentent de grandir dans les rues glaciales en hiver et fournaises en été.

Etrangement, chaque communauté revendique son appartenance : Italiens, Irlandais, noirs ou Juifs, aucun ne se reconnaît Américain.

Christmas, le héros du roman, arrivera-t-il à échapper au destin des jeunes de son quartier ? C’est un garçon qui n’a pas la langue dans sa poche et un culot monstre. Un jour, il croise la route de Ruth, jeune fille juive de très bonne famille.

Mais derrière ce couple à la Roméo et Juliette se cache une ombre sombre, Bill, qui a violé Ruth et continue de la poursuivre.

Le roman nous emmène également à Hollywood, nous montrant l’envers du décor.

Il nous plonge dans une autre époque : celle où les hommes battaient femmes et enfants ; les femmes étaient toutes des grues (sauf ma mère). Cela n’a cessé de me gêner aux entournures tout le long de ma lecture. Cette époque semble définitivement révolue (quoique…)

Attention, une fois que vous plongez dans ces pages, vous ne pourrez plus en ressortir sans en connaître la fin (un peu convenue, mais je pardonne à l’auteur qui m’a enchanté plus de 700 pages).

L’image que je retiendrai :

Celle du gang des Diamonds Dogs qui n’existe pas, et qui pourtant existera tout au long du roman.

Je remercie infiniment les Editions Slatkine pour l’envoi de ce roman qui a su attendre son heure dans ma PAL. Oui, M. Bovet, ce roman m’a plu.

Un autre roman de cette maison d’édition m’attend dans ma PAL pour cet été, chic !

Debout payé – GAUZ

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Nouvel Attila, 28 août 2014, 172 pages

Résumé de l’éditeur :

Debout-Payéest le roman familial d’Ossiri, étudiant ivoirien sans papier atterri en France dans les années 1990 pour démarrer une carrière de vigile. C’est l’histoire d’un immigré, de l’enfer qu’il vit pour se loger et pour travailler, et du regard qu’il pose sur notre pays. C’est aussi un chant en l’honneur d’une famille où, de père en fils, on devient vigile à Paris, et plus globalement en l’honneur de la communauté africaine, avec ses travers et sa générosité.

Gauz distingue trois époques mythiques du métier de vigile, et aussi des relations entre la France et l’Afrique : l’âge de bronze dans les années 1960 (la Françafrique triomphante), l’âge d’or dans les années 1990, et l’âge de plomb, après les événements du 11-Septembre.

Cette épopée est ponctuée par des interludes : les choses vues, entendues et pensées lorsque Gauz travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-élysées.

Mon avis :

Est-ce vraiment un roman ? Oui et non.

Le livre s’ouvre sur les aphorismes dont les journalistes de tous poils se sont fait des gorges chaudes : les anecdotes d’un vigile.

Mais le livre est aussi plus profond qui propose, après ce premier chapitre, une fiction sur le thème de l’immigration africaine à Paris. L’auteur nous fait enfin entendre sa vraie voix.

C’est celle que j’ai préférée, nous décrivant un milieu métissé et pluri-culturel.

Un ouvrage plus descriptif que proposant une véritable analyse de fond. Mais une lecture que j’ai appréciée.

L’image que je retiendrai :

Celle des multiples costumes de la « communauté africaine » : chaque population a sa propre façon de s’habiller classe.

Quelques citations :

« D’un centre commercial à autre. Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir en vacances à Paris pour faire des emplettes aux Champs-Elysées, l’avenue-centre-commercial. Le pétrole fait voyager loin mais rétrécit l’horizon. » (p.48)

« Ossiri se disait qu’on ne pouvait pas faire confiance à un chien que son maître avait baptisé Joseph en l’honneur de Staline, Mobutu et Kabila, trois dictateurs partageant le même prénom et un certain sens de la cruauté. » (p.75)

Merci Véronique de m’avoir donné envie de découvrir cet ouvrage.