Archives par étiquette : secret de famille

Le vertige des falaises – Gilles PARIS

Dans ce nouveau roman, Gilles Paris nous plonge dans un univers totalement différent de ses précédents livres.

L’histoire se déroule sur l’île, jamais nommée, proche du Continent dont nous ignorerons le nom. Plus beaucoup d’habitants sur cette île.

Près des falaises se dresse une maison d’architecte toute de verre et d’acier où vivent Olivia, la grand mère et son aide Prudence ; la mère atteinte d’un cancer en phase terminale Rose ; et la jeune Marnie, rousse et pleine de vie.

Des personnages croisent la route de chacune, tantôt vrais, tantôt imaginés.

Un peu de suspens entoure la mort des deux hommes de la maison.

J’ai aimé les différentes voix s’exprimant dans le roman, donnant un éclairage différent aux différents drames que vit la famille. Et découvrir que Marnie était toujours au courant de tout.

Et malgré le drame qu’a vécu jour après jour Olivia, perce dans ces pages un hymne à l’amour familial sous toutes ses formes.

Merci, Monsieur Gilles Paris. Après Courgette, j’ai aimé suivre Marnie et sa famille le temps de ma lecture.

L’image que je retiendrai :

Celle de Marnie en bord de falaises, cherchant à défier les éléments.

Je remercie les Editions Plon pour l’envoi de ce roman en avant-première.

Plon, 6 avril 2017, 256 pages

L'autre fille – Annie ERNAUX

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NIL, 3 mars 2011, 77 pages

Présentation de l’éditeur :

Yvetot, un dimanche d’août 1950. Annie a dix ans, elle joue dehors, au soleil, sur le chemin caillouteux de la rue de l’École. Sa mère sort de l’épicerie pour discuter avec une cliente, à quelques mètres d’elle. La conversation des deux femmes est parfaitement audible et les bribes d’une confidence inouïe se gravent à jamais dans la mémoire d’Annie.

Avant sa naissance, ses parents avaient eu une autre fille. Elle est morte à l’âge de six ans de la diphtérie. Plus jamais Annie n’entendra un mot de la bouche de ses parents sur cette sœur inconnue. Elle ne leur posera jamais non plus une seule question.

Mais même le silence contribue à forger un récit qui donne des contours à cette petite fille morte. Car forcément, elle joue un rôle dans l’identité de l’auteur. Les quelques mots, terribles, prononcés par la mère ; des photographies, une tombe, des objets, des murmures, un livret de famille : ainsi se construit, dans le réel et dans l’imaginaire, la fiction de cette  » aînée  » pour celle à qui l’on ne dit rien.

Reste à savoir si la seconde fille, Annie, est autorisée à devenir ce qu’elle devient par la mort de la première. Le premier trio familial n’a disparu que pour se reformer à l’identique, l’histoire et les enfances se répètent de manière saisissante, mais une distance infranchissable sépare ces deux filles.

C’est en évaluant très exactement cette distance que l’auteur trouve le sens du mystère qui lui a été confié un dimanche de ses dix ans.

Mon avis :

Comment gérer émotionnellement la mort de son enfant de 10 ans ? Les parents d’Annie ont fait le choix de refondre leur famille à l’identique, cachant au second enfant l’existence (et la mort) du premier.

Dans sa lettre à sa soeur défunte, l’auteure nous parle de ses parents, de son rapport à eux. Un rapport forcément compliqué et silencieux.

Une très belle lettre pour pardonner le secret de famille échappée un dimanche.

L’image que je retiendrai :

Celle du lit dans lequel dort Annie et dans lequel avait dormi sa soeur avant elle.

Une citation :

« Lutter contre la longue vie des morts. » (p.77)

Pardonnable, impardonnable – Valérie TONG CUONG

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JC Lattès, 7 janvier 2015, 300 pages

Présentation de l’éditeur :

Un après-midi d’été, Milo, douze ans, fonce à vélo sur une route de campagne. L’ivresse de la descente, un virage, et c’est la chute.

Tandis que l’enfant se bat pour sa vie, c’est toute sa famille qui vole en éclats. Milo était censé réviser ses cours d’histoire. Que faisait-il sur cette route ? Chacun cherche le coupable, mais personne n’est innocent.

Mon avis :

Un huis-clos familial où chacun se rejette la pierre, tentent de se dédouaner, mais effectuant également une introspection, révélant ainsi leurs secrets.

Qu’ils ont humains, ces personnages que Valérie Tong Cuong nous donne à voir, se débattant dans leur vie : la grand-mère qui fait face coute que coute ; le père en prise avec la boisson ; la mère avec un premier enfant mort-né ; et la tante, énigmatique, la tante.

Pourtant, ils m’ont aussi agacé à vouloir rejetter la faute sur les autres, toujours, tout le temps.

Et même si la fin est quelque peu hollywoodienne où tout le monde est pardonné, ils n’en ressortent pas tous indemne.

Une lecture intéressante par les portraits qu’elle brosse et les ravages du mensonge et des non-dits.

L’image que je retiendrai :

Celle de la robe à damier de la tante, que Milo, son neveu, l’avait pressé d’acheter.

Miniaturiste – Jessie BURTON

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Gallimard, 26 mars 2015, 512 pages

Résumé de l’éditeur :

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa soeur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur.

En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets.

Mon avis :

Un récit étrange, à la limite du fantastique dans une Amsterdam comme on la connait peu.

J’ai découvert un monde protestant fermé sur lui-même et anti-papiste à l’excès. Une ville qui interdit le sucre sous toutes ses formes et qui pourtant en produit et en exporte. Un bourgmestre qui traque les homosexuels tout en se régalant des récits de leurs extravagances.

J’ai aimé chercher les secrets du frère et de la soeur avec Nella, sans me douter une seconde du pot aux roses final.

Il m’aurait plu de rencontrer Johannes, homme en avance sur son temps, si doux avec sa femme.

J’ai eu plus de mal avec la psychologie des personnages, comme Nella a eu du mal à comprendre sa servante à la langue bien pendue.

Une lecture qui m’a plongée au coeur du 17e siècle hollandais.

L’image que je retiendrai :

Celle du perroquet de Nella qui s’envole pas la fenêtre un froid matin d’hiver et qui sera remplacé par une miniature.

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