Archives par étiquette : vie moderne

Une femme au téléphone – Carole FIVES

Je découvre avec ce roman prêté par une amie la plume de l’auteure.

La mise en scène est originale : nous n’avons pas les dialogues en entier, juste ceux de la mère ; nous n’entendons pas la voix de sa fille.

Nous devinons donc que cette femme d’une soixantaine d’années a eu deux enfants : la fille à qui elle parle, et un garçon qui a lui-même une petite Valentine ; une vieille amie Colette ; elle est atteinte d’un cancer ; fait une rechute dépressive ; et cherche désespérément un homme après son divorce d’avec le père de ses enfants.

L’occasion pour l’auteur de nous parler des différents sites de rencontres que la mère fréquente assidûment sans trouver l’âme soeur.

J’ai aimé suivre les sautes d’humeur de cette mère représentative de sa génération (même si je n’aurai pas aimé être à la place de sa fille – Maman, je t’aime, ne change pas !).

L’image que je retiendrai :

Celle du pseudo de la mère : toujours en rapport avec son chinchilla.

L’arbalète – Gallimard, 12 janvier 2017, 112 pages

Sous le compost – Nicolas MALESKI

Ah, les joies d’être père au foyer : s’occuper de trois filles qui vont à l’école maternelle ; faire pousser ses légumes et s’occuper du jardin ; préparer le repas pour sa femme qui ne rentre pas avant 21h ; allez boire des coups au bistro avec les copains et faire, de temps en temps, du vélo avec eux….

Jusqu’au jour où arrive une lettre anonyme annonçant au narrateur que sa femme le trompe. Sa vie sexuelle devient alors débridée.

J’ai aimé lire les passages qui parlent du jardin, du potager et des récoltes ; moins ceux sur les parties de jambes en l’air.

Une petite intrigue en fin de roman, mais pas assez pour me faire oublier certaines longueurs.

L’image que je retiendrai :

Celle de la piscine d’eau froide de sa maîtresse dans laquelle plonge délicieusement le narrateur (et la maîtresse, et la piscine).

Fleuve éditions, 12 janvier 2017, 288 pages

Chanson douce – Leïla SLIMANI

Pas de mystère, on sait dès les premières lignes que la nounou a tué les enfants. Reste à découvrir, au long des 180 pages comment et pourquoi le drame se met en place.

Un coup moderne parisien : monsieur n’a pas d’horaire et madame, qui recommence à travailler, privilégie sa carrière.

Et puis la nounou est efficace : elle récure tout du sol au plafond, mitonne des petits plats, et les enfants l’adorent.

Mais petit à petit, la nounou installe son emprise sur l’appartement. Le couple s’en rend compte, mais leur tranquillité d’esprit et leur confort de vie ont raison de leur méfiance.

Et puis, au fil des chapitres, on découvre le passé de la nounou, à peine brossé, mais très révélateur.

Le style est sec et sans fioritures, et la psychologie à peine esquissée. Je ne peux donc pas dire que ce Prix Goncourt me restera en mémoire pour sa langue et son histoire.

Néanmoins, j’ai passé un bon moment de lecture.

L’image que je retiendrai :

Celle des chaussures de la nounou, qu’elle astique consciencieusement.

Lu sur Liselotte

La baleine thébaïde – Pierre RAUFAST

Thébaïde ? Vous avez dit thébaïde ?

Cette baleine ne serait-elle pas plutôt endémique ?

Trêve de perlocutions, car ce roman n’est pas verbeux.

Encore une fois, j’ai aimé les histoires racontées dans ce roman : l’aventure du baleinier et de ses hommes ; la start-up de Richeville (est-ce son prénom ?) ; son histoire d’amour avec la libraire et son Front de Libération des Crabes.

J’ai aimé les baleines high-tech à la façon des Nabaztag (le nôtre trône toujours sur le frigo, inactif).

Des clins d’oeil à ses précédents romans, que j’ai attendu, cherché et trouvé.

Bref, une belle après-midi de lecture.

Ecrivez-nous encore des histoires, Monsieur Raufast, j’adore voyager avec vous.

L’image que je retiendrai :

Celle de la baleine jouet high-tech que toute la Californie a dans sa piscine. Je ne regarderai plus un jouet de façon innocente, maintenant.

Alma Editeur, 5 janvier 2017, 218 pages

Dans les prairies étoilées – Marie-Sabine ROGER

Encore une belle galerie de personnages dans ce nouveau roman de Marie-Sabine Roger.

J’ai aimé découvrir Prune l’originale qui invente des noms charmants aux objets de brocante qu’elle tente de vendre.

J’ai aimé le dessinateur de BD et accessoirement de bestiaire si peu sûr de lui.

Leurs deux chats si opposés : l’un est une carpette qui ronronne, l’autre ne cherche qu’à griffer.

J’ai aimé leur maison à retaper sans eau chaude.

J’ai aimé l’amitié avec Laurent, qui décède. Laurent qui a une passion pour les whiskies.

J’ai aimé l’Oncle et la Tante Foune qui n’en fait qu’à sa tête.

Et bien sûr, Marie-Sabine Roger nous parle d’amour.

Comme le narrateur, j’ai regretté que ce livre se finisse trop vite, je serai bien resté encore un peu.

L’image que je retiendrai :

Celle de la Tante Foune et du Cousin Matthias fouillant l’appartement de Laurent à la recherche d’un testament qu’ils ne respecteront pas.

Rouergue, 4 mai 2016, 256 pages

Le sanglier – Myriam CHIROUSSE

Buchet Chastel, 25 août 2016, 180 pages

Présentation de l’éditeur :

Christian et Carole vivent dans une vieille bicoque délabrée et isolée. Une fois par mois, ces néo-ruraux, vivant « loin de tout » sur le Plateau, prennent la voiture pour faire leurs courses dans la zone commerciale la plus proche.

A partir d’un rien, ce jour-là, tout part de travers. De la maison au centre commercial, avec des haltes dans un restaurant chinois et chez la grand-mère, puis une expédition nocturne finale vers un distributeur automatique, Carole et Christian traversent les orages et les affres d’une odyssée ordinaire, sans grandeur ni victoire.

Pour qui sait regarder, au cours d’une journée de ce genre, il se passe mille choses qui en disent long sur nos vies : des instants de rien du tout, presque des flashs, mais qui contiennent nos fêlures toutes entières. Ce qui nous hante nous accompagne toujours.

Mon avis :

Ces petits riens qui font la vie de tous les jours : les courses aux enseignes et à la mise en scène prometteuses ; les publicités des banques ; les restaurants chinois qui proposent tous les mêmes plats….

Tout est uniforme dans cette ville qui ressemble à tant d’autres.

Mais les personnages, eux, ont du caractère : lui est un taiseux, elle un peu tête en l’air.

Une lecture belle et pas déprimante sur la ville qui nous entoure et où l’animalité a disparu.

L’image que je retiendrai :

Celle de la dentition de Christian, en référence au titre du roman.

Merci Antigone pour cette très belle idée de lecture.

Lithium – Aurélien GOUGAUD

lithiumAlbin Michel, 17 août 2016, 189 pages

Présentation de l’éditeur :

Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.

Dans un texte crépusculaire, Aurélien Gougaud entremêle leurs voix, leurs errances, leur soif de vivre, touchant au plus près la vérité d’une génération en quête de repères. Un premier roman d’une surprenante maturité, qui révèle le talent d’un jeune auteur de vingt-cinq ans.

Mon avis :

Je ne m’attendais à rien en ouvrant ce roman : je savais juste qu’il allait être question d’Elle et de Lui.

Et puis quel titre énigmatique : de quel élément chimique parle-t-on ? le lithium qui compose les piles ou celui qui soigne les troubles bipolaires ?

Alternativement, à chaque chapitre, on suit les personnages dans leur quotidien sur une semaine, sans que ce soit jamais lassant.

Le style est enlevé, rapide, sans être rédhibitoire.

Les vies se croisent, parfois pour longtemps, parfois pas.

L’auteur ausculte la société de consommation par le petit bout de la lorgnette (celui d’une centrale d’appels qui ne recule devant rien) ; les relations au travail (la toute puissance du boss) ; les jeunes adultes et leur rapport à la vie et au travail.

Même si les personnages principaux n’appartient pas à ma génération (je n’ai plus 25 ans….), j’ai aimé les suivre dans ce roman le temps d’une après-midi.

Quelle belle découverte !

L’image que je retiendrai :

Celle de la personne âgée souffrant d’Alzheimer et qui se fait poser un parquet neuf deux fois par an à des tarifs prohibitifs.