Un cheval entre dans un bar – David GROSSMAN

Un des précédent roman de l’auteur Une femme fuyant l’annonce m’était tombé des mains. Mais ce titre-ci, allègrement sponsorisé par France Culture à sa sortie en 2015 ne cessait de m’intriguer.

Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovalé G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle, un homme qu’il a convié à son one man show (ils se sont connus à l’école), le juge Avishaï Lazar, écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste.

Mais peu à peu le discours part en vrille et se délite sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovalé met à nu la déchirure de son existence. La scène devient alors le théâtre de la vraie vie.

Cela aurait pu être le récit d’un one man show comme il en existe tant. Sauf que l’on devine que quelque chose de particulier lie le spectateur convoqué et l’artiste.

Difficile de parler de ce roman poignant où l’on assiste à l’émergence d’un souvenir marquant, celui d’un choix impossible au milieu de blagues réclamées par le public.

Ce choix que doit faire le jeune Dovalé qui doit se rendre à l’enterrement d’un de ses parents, mais il ne sait pas si il s’agit de sa mère ou de son père ; et bien évidemment, il a une préférence.

Son récit de cette journée particulière s’entrecoupe de souvenirs : il était un enfant bizarre préférant marcher sur les mains pour ne pas récolter de claques de ses camarades. Car ses parents étaient un peu à part dans la cité.

C’est également le récit d’une amitié ratée entre le spectateur et l’artiste dans leur jeunesse.

Un roman fort, exigeant, au titre énigmatique car jamais on ne saura la chute de la blague, mais quelle importance.

L’image que je retiendrai :

Celle du fauteuil rouge dans lequel se repose Dovalé pendant son spectacle.

Une citation :

« Il est écrit qu’Adam a connu Eve, pas qu’il l’avait comprise ». (p.102)

Le Seuil, 3 septembre 2015, 240 pages

10 commentaires sur “Un cheval entre dans un bar – David GROSSMAN

  1. J’avais aimé « Une femme fuyant l’annonce » même s’il était très exigeant. J’avais lu des extraits de celui-ci dans le magazine Lire et il me tentait beaucoup.

    1. Je n’étais pas arrivé à entrer dans le roman Une femme fuyant l’annonce. Au contraire de celui-ci, même si il m’a fait grincer des dents.

    1. Même si ma première lecture de cet auteur fut un abandon, j’ai réussi à lire celui-ci jusqu’au bout (et je me dis que le matraquage publicitaire peut avoir du bon…)

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