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Enfant de salaud – Sorj CHALANDON

Tous les articles lus étaient dithyrambiques à propos du dernier livre de Sorj CHALANDON. J’ai fini par me laisser convaincre, et je sors de ma lecture pas franchement convaincue (comme d’hab, me direz-vous).

 

OK : l’auteur a mêler la Grande Histoire (celle du Procès de Klaus Barbie) à sa petite histoire de famille dans ce roman alors que dans les faits, il y a plus de 20 ans d’écart et une discussion qui n’a jamais eu lieu (magie de l’écriture).

 

Mais j’ai trouvé le personnage du fils peu en colère contre son père à qui il veut faire cracher le morceau. Comme si l’auteur avait pu enfin passer à autre chose. Mais alors pourquoi écrire ce roman si il n’y a plus de colère ?

 

Et puis l’impuissance de l’enfant a été rédhibitoire : il SAIT que son père est un menteur pathologique. Alors pourquoi tenter avec ses pauvres preuves de lui faire dire la vérité ? Il est pas psy, et même eux, je suis pas certaines qu’ils y arriveraient quand le patient est rétif.

 

Plutôt qu’un enfant de salaud, je me suis dit que M. Chalandon était plutôt un enfant de menteur. Parce qu’au fond, en refermant ce roman, on ne sait pas vraiment ce qu’à fait le père. S’est-il vraiment engagé avec les nazis ou a-t-il été un simple opportuniste évitant la mitraille ?

 

Parce que nous sommes nombreux dans ce cas, en France, à être des enfants de salaud. En ce qui concerne ma petite personne, je suis doublement une petite-fille de salaud par mon grand-père paternel qui a résisté longtemps à l’appel de la résistance ; par mon grand-père maternel qui est parti au STO (volontaire ou contraint ? quelle importance, il en est revenu malade).

 

Ils ne sont pas nombreux, les enfants de Héros.

 

Mais j’ai aimé ces anonymes qui ont aidé quelques juifs à passer sous les radars. Pas tout le temps, peut-être qu’une seule fois. Sans s’en vanter. Juste en ce laissant porter par le moment.

 

Bref, cette lecture a remué bien des questions.

 

J’ai toutefois aimé les leitmotivs du récit : « Ils sont cons les gens, hein ? » que répète le père ; l’orage qui plane et éclate sur la ville ; un père attentif à ce que les choses aient de la gueule ; le mot « pomme » tracé sur une ardoise à Izieu.

 

Quelques citations :

 

Un jeune coq de 22 ans, dressé face à l’aigle germain qui leur explique que non, finalement, tout ça n’est pas une bonne idée ? Et d’ailleurs je suis malade. Je veux rentrer en France et retourner vivre chez ma mère-grand, dans la Loire.

 

Cinq fois déserteur, de cinq armées différentes, te voilà reparti sur les routes.

 

L’image que je retiendrai :

Celle des verres de bière que père et fils vont boire à la sortie du tribunal presque chaque soir. Mensonge ou vérité ?

 

Lu sur Liselotte

32 commentaires

  • aifelle

    Je ne suis pas tentée par ce livre ; j’ai écouté l’auteur à la Grande Librairie et dans les medias et je n’ai pas compris sa position par rapport à son père. La manière dont il le décrit fait penser à un menteur pathologique, à un pauvre type, et il n’en fera jamais un héros .. je n’ai pas compris ce besoin.

    • killing79

      Il n’a jamais voulu en faire un héros. Mais dans ce livre et dans « Profession du père », l’auteur veut justement montrer que malgré leurs énormes défauts, on est attaché à ses parents et on ne peut pas lutter contre!
      J’essaye de défendre ce livre parce que je suis fan de l’auteur !
      Mais les goûts et les couleurs…

    • Alex-Mot-a-Mots

      A la fin de ma lecture, je me suis posée les mêmes questions que toi : pourquoi dire de son père que c’est un salaud alors que c’est un menteur empêtré dans ses mensonges ?

  • Anthony+Les+Livres+de+K79

    Je ne te parle plus! C’est de mes auteurs préférés ! Ce livre est à lire en complément de « Profession du père « . L’impuissance du fils par rapport à son père retranscrit parfaitementla famille en général. On est obligé de s’attacher à des gens qu’on ne choisit pas.

  • Eve-Yeshé

    j’ai aimé la construction du livre, la petite histoire dans la grande… Et toutes les questions qu’on se pose, ce que l’on aurait fait ou pas…
    Il n’est plus dans la colère, il veut comprendre et espère toujours que son père lui dira un jour la vérité mais c’est impossible vu le profil psy du père 🙂

    • Alex-Mot-a-Mots

      Tu as raison, mais j’ai senti (j’interprète mal sans doute) que l’auteur/fils était déçu de ne pouvoir connaître la vérité. Mais qui peut dire qu’il connait toute la vérité, même sur ses parents ? Je l’ai trouvé un peu enfantin sur ce coup-là.

      • Eve-Yeshé

        il sait qu’il n’a plus rien à attendre mais il aurait peut-être bien aimé garder un peu l’espoir que son père soit moins pourri;
        un peu moins pourri que Barbie au moins
        qu’est-ce qu’on ferait avec un père pareil? c’est dur de perdre toutes ses illusions donc s’il lui en reste un tout petit peu 🙂

        • Alex-Mot-a-Mots

          Oui, mais son père n’arrive pas à la cheville de Barbie, il a juste porté l’uniforme, d’après ce que j’ai compris. Il n’a pas combattu et encore moins torturé.

          • Eve-Yeshé

            on ne le saura jamais vraiment il s’est contenté de « maltraiter » son fils le grand-père ne semble pas avoir de doute
            je trouve qu’il est surtout minable menteur professionnel

  • Didi

    Coucou Alex,
    peut être l’auteur devrait se sortir de tous ses ressentiments vis à vis de son père. Je trouve ce thème récurrent un peu pesant.
    J’ai néanmoins adoré Mon traitre et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon
    Bisous

    • Alex-Mot-a-Mots

      Comme toi, je préfère les premiers vrais romans de l’auteur. Dans ses écrits plus récents, je trouve trop de pathos et pas assez de détachement.

  • jostein59

    Il est vrai que la figure du père le hante et qu’il serait bon de passer à autre chose. Sa tentative avec Une joie féroce ne fut pas un succès. On regrette tous les romans sur les conflits en Irlande du Nord ou le merveilleux quatrième mur. Ici il a mêlé ses deux sources d’inspiration : ses mémoires de journaliste ( couverture du procès de Klaus Barbie) et sa relation personnelle avec son père. Et bien sûr il y a un lien entre les deux. Et il me semble que l’auteur en tire un très beau roman.

    • Alex-Mot-a-Mots

      Je préfère ses premiers vrais romans. Ces histoires de famille qu’il raconte ne me semblent pas encore digérés. Et c’est dommage.

  • kathel

    J’ai eu une réaction ambivalente aussi à Profession du père… mais pour moi, il reste l’auteur du formidable Quatrième mur, et donc, je lui passe (presque) tout.

  • Hedwige

    Merci Alex, je n’ai pas lu et ne compte pas lire ce roman mais ta façon d’en parler me paraît très judicieuse
    (de toutes façons je suis réticente face à ces bouquins du genre ‘moi et mon papa » )

  • Philisine Cave

    J’ai bien aimé ce livre parce que j’ai adhéré à la fois au discours et à la quête de l’auteur. J’ai aimé cette authenticité des sentiments dans la fiction

  • manou

    En principe j’aime bien cet auteur puisque j’ai déjà présenté 5 de ses romans sur mon blog ! Mais je ne me suis pas précipitée sur celui-ci, parce que j’ai lu trop d’avis mitigé justement, un peu comme le tien. Du coup je laisse passer le temps…de toute façon il est encore très demandé à la médiathèque alors, j’attendrai ! Merci pour ta sincérité

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