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La septième croix – Anna SEGHERS

Sept Allemands opposants au nazisme se sont enfuis d’un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver.

Un seul des sept, Georg Heisler, aidé par les efforts tâtonnants de ses amis de jeunesse, parvient à passer en Hollande grâce à l’organisation rudimentaire de la résistance et à la solidarité ouvrière mondiale. La septième croix qui l’attend au camp de concentration reste vide.

Et c’est la brèche qui laisse un passage à d’immenses espoirs. Ce roman, dont l’action se déroule en Rhénanie, constitue une somme des expériences vécues par divers acteurs de toutes les classes de toute la société allemande des années 1930.

Dans ce roman de l’Allemagne nazie écrit pendant son exil en France, Anna Seghers dresse une fresque polyphonique et dépeint une société dans laquelle le national-socialisme révèle en chacun les aspects profonds de son être : héroïsme insoupçonné d’un tel, lâcheté de tel autre, ou simple peur existentielle et fragilité face à un système conçu pour broyer toute résistance visant non seulement l’individu mais sa famille, ses proches.

Solidarité, inconscience, constance ou reniement de l’idéal, toute une palette des comportements humains est présente.

Un espoir subsiste :  » Nous avons tous ressenti comment les événements extérieurs peuvent changer l’âme d’un être humain, de manière profonde et terrible. Mais nous avons également ressenti qu’au plus profond de nous il y avait aussi quelque chose d’insaisissable et d’inviolable.  » (Anna SEGHERS)

J’ai aimé suivre Georg depuis son évasion jusqu’à sa montée sur le bateau qui l’emmènera loin de son pays ; sa blessure à la main qui a failli lui être fatale ; sa faim, son manque de sommeil ; sa maitresse qui lui tourne le dos ; ses anciens amis qui risquent gros pour lui.

J’ai aimé la vie ordinaire qui continue : la veste du jeune Helwig, les pendants d’oreilles en corail rouge d’Elli, les brioches à la vapeur de Liesel, la tarte aux pommes grande comme la table de la cuisine des Marnet…

J’ai senti l’omniprésence de la surveillance dans une ville ordinaire : difficile d’échapper à ses voisins.

Au milieu de cette vie ordinaire surgit l’extra-ordinaire : un prisonnier politique échappé.

Qu’aurions-nous fait ? Quels risques aurions-nous pris, ou pas ?

L’image que je retiendrai :

Celle de la septième croix restée vide devant la piste de danse du camp, comme un espoir.

Anne-Marie Métailié, 23 janvier 2020, 448 pages

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