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Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin MIHULEAC

Voici une famille de Juifs américains, les Bernstein, qui a réussi à Washington DC dans les années 1990 grâce au commerce en gros de vêtements vintage. Persuadés que tout, désormais, des habits aux idées en passant par les sentiments, est plus ou moins de « seconde main », ils s’efforcent de ne voir dans le passé qu’une valeur ajoutée.

Soixante ans plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique, les Oxenberg achèvent de se hisser parmi la bonne société de la ville de Iasi, dans l’étrange royaume de Roumanie. Jacques Oxenberg, dont on vante « les doigts beethovéniens », est le meilleur obstétricien de la région. Il vient d’offrir une auto à son épouse, laquelle lui a donné deux beaux enfants. Un gramophone égaye les soirées de leur jolie maison, mais dehors… les voix rauques de la haine commencent à gronder.

Nous suivons la famille de Jacques Oxenberg qui n’échappe pas au pogrom du 27 juin 1941 dans la petite ville roumaine de Iasi. Ce furent des pages difficiles à lire.

Chaque chapitre alterne avec le récit de l’arrivée de Suzi dans la famille Bernstein depuis sa Roumanie natale. Elle se marie avec l’un des fils, Ben, et est chargé de développer le commerce avec son pays d’origine. Mais sa belle-mère Dora reste une énigme.

Heureusement, son beau-père Joe se prend d’amitié pour Suzy et lui raconte parfois ses souvenirs.

L’histoire de Suzy adopte un ton décalé parfois drôle. Grâce à elle, le commerce des vêtements de seconde main, pardon il faut dire vintage, n’a plus de secret pour nous.

Les chapitres sur la famille Oxenberg sont plus dramatiques. Et même si j’ai fini par me douter de l’identité de la belle-mère Dora, j’ai lu ce roman jusqu’au bout, qui révèle encore des surprises jusqu’à la dernière ligne.

J’ai parfois été gêné dans ma lecture par le ton antisémite de l’époque et par la volonté de Suzy de trouver des Juifs de talent partout. C’était trop vouloir ramener chaque grand homme à sa religion.

J’ai aimé les leitmotiv de la narration : les canards jaunes au bec orange de Golda – l’importance des talons de chaussures où certains cachent leur trésor – les machines à coudre Singer (prononcer à l’allemande comme un chanteur) – l’importance de la story pour vendre tout et n’importe quoi.

Deux familles qui me resteront longtemps en mémoire.

Quelques citations :

Pour ouvrir une boutique de nos jours, tu dois connaître par coeur les histoires d’antioxydants. Les histoires d’antioxydants se vendent bien. Le vin rouge, le thé roïbos, les condiments, n’importe quoi. C’est comme ça que tu vendras n’importe quelle connerie. p.150

On ne peut pas emmener son pays à la semelle de ses chaussures. Mais il reste toujours quelque chose dans le talon. (p.292)

L’image que je retiendrai :

Celle des corps nus qui jonchent les rues de la ville, et que voit Golda qui deviendra une excellente couturière.

Les éditions Noir sur Blanc, 20 août 2020, 304 pages

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