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Memorial Drive – Natasha TRETHEWEY (RL 2021)

Le 5 juin 1985, Gwendolyn est assassinée par son ex-mari, Joel, dit  » Big Joe « .

Plus de trente ans après ce drame qui a changé sa vie, Natasha Trethewey, sa fille, affronte enfin sa part d’ombre en se penchant sur le destin de sa mère.

Tout commence par un mariage interdit entre une femme noire et un homme blanc dans le Mississippi. Suivront une rupture, un déménagement puis une seconde union avec un vétéran du Vietnam.

À chaque fois, Gwendolyn pense conquérir une liberté nouvelle. Mais la tâche semble impossible.

Ce livre de non-fiction est donc un hommage à la mère de l’auteure, morte tuée de deux balles par son second conjoint. Mais l’auteure prend le partie de nous parler de sa naissance puis de son enfance.

Elle est en effet née d’une mère noire américaine et d’un père blanc canadien dans un état qui ne reconnaissait pas les mariages inter-raciaux. Elle est d’ailleurs traitée de zèbres par les enfants du quartier qui ne savent pas la classer blanche ou noire.

Mais c’est surtout le second mari violent qui pose problème au duo mère/fille.

Rien de bien nouveau sous le soleil du Mississippi, malheureusement.

J’ai été effarée de lire certaines retranscriptions de conversations téléphoniques entre la mère et le second mari qui menace ouvertement de la tuer tout en l’accusant. Lunaire !

Et personne n’a protégé cette femme qui s’est battue pour s’en sortir tout en protégeant ses enfants….

De belles réflexions profondes sur le traumatisme parsèment le livre.

Quelques citations :

Ces peurs (être jetée en prison en étant innocente ; être internée en étant saine d’esprit ou être enterrée vivante) exprimaient l’impuissance, la vulnérabilité face à des forces sur lesquelles je n’avais aucune prise. (p.94)

Si le traumatisme fragment le moi, alors que veut dire garder le contrôle de soi ? (p.95)

En anglais, to be beside oneself signifie que l’émotion qui nous submerge, comme le chagrin ou la peur, est si intense qu’on a l’impression d’être hors de son corps. Les chercheurs en théorie cognitive suggèrent que parler du traumatisme ou le mettre par écrit peut aider à guérir la déchirure ouverte par l’événement dans le tissu du moi. (p.115)

L’image que je retiendrai :

Celle des bloc-notes jaunes que l’auteure et sa mère utilisent tout le temps.

L’Olivier, 19 août 2021, 224 pages

Lu pour le Club lecture de ma librairie préférée

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