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Trop humain – Anne DELAFLOTTE MEHDEVI

De l’auteure, j’avais aimé Le livre des heures et adoré La relieuse du gué.

Je retrouve sa plume avec plaisir et suis étonnée qu’elle situe son récit dans un futur proche dans lequel les humains peuvent acheter des AVE, des Assistant de Vie Electronique pour les aider.

J’ai aimé Suzie qui tient la Maison du Bal, hôtel-restaurant qui ne sert plus que 12 repas les midis. J’ai aimé qu’elle raconte à l’AVE nommé Tchap ses parents, sa vie et le cruel décès de sa mère à la Libération.

J’ai aimé que les souvenirs de Suzie soient épars, qu’ils viennent en fonction de ce qu’elle a envie de raconter à ce moment.

J’ai aimé Tchap, ainsi nommé en hommage à Capek, écrivain tchèque inventeur du mot « robot ». Et puis, « a good chap » en anglais veut dire un bon gars.

J’ai aimé la conjugaison du verbe corréler : Tchap doit corréler les informations que lui donne Suzie.

J’ai aimé les leitmotivs : Suzie adore cuisiner les oeufs que lui donnent ses poules ; les veillées pendant lesquels Suzie raconte ses souvenirs ; le champ de foire en face du restaurant de Suzie.

J’ai aimé que Tchap devienne plus humains que les hommes, lui qui pouvait dire sans se tromper l’humeur de Michel ou si la boulangère avait assez dormi. Les hommes eux, ne veulent que du pain frais.

J’ai eu de la peine pour Michel qui ressasse sans cesse ce qu’on fait ses parents contre la mère de Suzie. Ce souvenir reste vivace pour lui, au point que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

J’ai aimé que Marius cherche sa place dans le village puis force la porte de Suzie, devenue trop fragile pour continuer de servir en salle.

J’ai aimé cette salle de bal qui renait au fur et à mesure du roman.

J’ai aimé le mot de l’auteure en fin de roman : il ne reste que la mémoire forcément défaillante, celle qui oublie des détails. Et parfois, c’est mieux.

Un bémol : certains débuts de paragraphes qui commencent avec le nom du personnage qui va parler. Puis à la ligne le dialogue commence. Un procédé assez déroutant mais qui évite les « Suzie dit – Tchap répond… »

Quelques citations :

un royaume doué d’extraterritorialité, « fiction juridique » dit le dictionnaire Petit Robert.

L’enjeu suprême sera toujours d’être aimé par un semblable ou d’abuser un semblable. Nos relations avec les AVE se placent à un autre niveau.

Même de l’invention de la roue, une forme parfaite, on s’est démerdé pour faire un instrument de torture !

L’image que je retiendrai :

Celle des veillées de Suzie et Tchap, seuls dans la salle de bal vide.

Lu sur Liselotte grâce aux Editions Buchet-Chastel que je remercie pour leur confiance et à Netgalley.

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